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Evoquant la situation dramatique de nos 13 concitoyens vivant actuellement à Wuhan, une ville chinoise en prise avec le coronavirus, cette terrible maladie qui fait trembler le géant chinois et met le monde entier en émoi, le Président Macky Sall, dans un langage de vérité, dépouillé de toutes fioritures, a dit que «le Sénégal n’a pas les moyens de rapatrier ses 13 concitoyens, bloqués à Wuhan. Cela nécessiterait un vol spécial muni d’un équipage adéquat. Ce vol ne serait autorisé à faire escale nulle part ailleurs qu’au pays de destination finale. Une fois sur place, il faudrait leur aménager un site d’accueil spécialisé où ils resteraient en quarantaine pendant au moins deux semaines».
A signaler qu’au-delà de cette déclaration, le Président Macky Sall a donné instruction pour qu’un appui de 1 000 dollars soit alloué à chacun des 13 Sénégalais de Wuhan.
Suite à ces propos responsables et conformes à l’esprit et la lettre des recommandations islamiques et du bon sens, beaucoup de nos compatriotes ont réagi spontanément pour verser dans un discours émotif, teinté d’une bonne dose de politique politicienne, sans aucun rapport avec l’objectivité et la réalité.
Dans un hadith authentique, le Prophète de l’islam, (Paix et salut sur lui), avait recommandé dans une telle situation : «Si vous apprenez l’existence de la peste en un lieu, n’y entrez point ! Et si la peste apparaît dans un lieu où vous vous trouvez, n’en sortez point !», rapporté par al-Boukhári et Mouslim.
Ce hadith, brandi chaque fois que de besoin pour illustrer l’antériorité de la médecine préventive, préconisée par le messager d’Allah, (Paix et salut sur lui), confirme pourtant la justesse des propos du Président Macky Sall.
Nous sommes cependant dans un pays où la perception que les gens ont de l’opposition est : «De s’opposer à tout ce que dit ou fait l’adversaire.»
Le danger d’une telle perception est indiscutable, car la vérité et le mensonge, comme le bon et le mauvais, y cessent d’être des paramètres référentiels permettant d’orienter le discours et l’action, conformément à la direction qu’indique la boussole de la morale et de l’éthique.
J’ai lu hier «un ultimatum» et «un appel à une collecte (douteuse) de fonds», lancés séparément par deux ex-prétendants à la candidature présidentielle, concernant le rapatriement de nos concitoyens, retenus à Wuhan.
A bien analyser leurs propos, l’on se rend compte qu’ils ne maîtrisent pas leur sujet, puisqu’ils assimilent le rapatriement des 13 Sénégalais – piégés dans une ville, située au centre de la Chine, dans la province de Hubéi, en proie à une épidémie depuis le 23 janvier dernier – au déplacement d’une équipe de football ou de basketball,  pour aller livrer un match, quelque part dans le monde.
Ceux qui parlent de rapatriement avec tant d’émotion et de passion mesurent-ils vraiment ce que la propagation du coronavirus pourrait coûter à notre pays et à ses populations qui ne possèdent pas les mêmes moyens de riposte que les Chinois, capables de construire un hôpital en dix jours ?
Avec toute la compassion qu’on pourrait nourrir à l’égard de nos compatriotes se trouvant à Wuhan, épicentre de la maladie, la lucidité recommande de traiter ce dossier fort délicat avec un esprit de responsabilité et de prévenance.
Le rapatriement des Sénégalais de Wuhan ne consiste pas seulement à affréter un appareil qui va parcourir, sans escale, plus de 11 mille 847 km, en plus de 14h de vol, mais il faudrait bien que cet appareil dédié soit presque médicalisé.
Ce n’est pas tout, à leur retour au pays de la Téranga, il faudrait prémunir les Sénégalais sur place contre tout risque de contamination éventuelle.
Deux bateaux de croisière Diamond Princess, battant pavillon japonais, ont été arraisonnés à Hong-Kong il y a quelques jours et les 3 700 passagers qu’ils transportaient interdits de quitter les bateaux et furent mis en quarantaine pour 14 jours d’observation.
Le langage de la vérité et de responsabilité du Président Sall ne peut choquer que ceux qui font de la politique de l’autruche et de langue de bois, une stratégie de communication.
Des fois, on a l’impression que certains Sénégalais préfèrent ceux qui les trompent à ceux qui leur disent la vérité.
Il est heureux que le Président Macky Sall ne soit pas de cette espèce.
Mamadou Bamba NDIAYE 
Ancien ministre des Affaires religieuses
ndiabamba1949@gmail.com 

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