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Selon la déclaration de Mexico sur les politiques culturelles arrêtée lors de la conférence mondiale sur les politiques culturelles, tenue à Mexico City, du 26 juillet  au 6 août 1982 : «La culture, dans son sens le plus large, est considérée comme l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances.»
Pour le premier Président du Sénégal, la culture autant que l’économie est très importante pour le bien-être social, d’où la nécessité pour chaque pays d’élaborer une politique culturelle cohérente, en fonction de ses réalités culturelles propres. Donc parler de politique culturelle au Sénégal, revient nécessairement à parler de Senghor, car, pour lui, la culture est perçue comme condition première et moyen de développement politico-économique, social et politique. Pour lui, l’apport du monde noir à la Civilisation de l’Universel est fondamental. Après l’accession du Sénégal à l’indépendance, nous assistons à la création du ministère en charge de la Culture,  il a été aussi mis en place différentes politiques en charge du développement de la culture. Le premier Festival mondial des arts nègres, le Musée dynamique, les Manufactures sénégalaises des arts décoratifs, sans parler du Théâtre national Daniel Sorano, ainsi que la création de l’Ecole nationale des arts constituent entre autres les prémices d’une nouvelle politique culturelle. Nous pouvons penser que pour Senghor, il est vital pour l’homme, non seulement de s’instruire et de se former, mais aussi de se livrer à la création d’œuvres de beauté.
Abdou Diouf, sous l’impulsion des plans d’ajustement structurel, a vu la réduction drastique du budget du ministère de la Culture. Certains services ont été fusionnés ; de manière significative le potentiel humain et structurel d’encadrement et de promotion de l’action culturelle a diminué. Et pourtant, c’est pendant cette période que la Charte culturelle a été élaborée (1983-1988), ainsi que la décentralisation de l’action culturelle, avec la loi de 96-06, du 26 mars 1996. Cependant, la construction de centres culturels régionaux résultera d’une planification consolidée pour couvrir l’ensemble du territoire, ce qui  a permis, même après le départ de Diouf,  la construction des centres de Ziguinchor et Fatick. De 1994 à 1999 le budget de la Culture n’a jamais atteint les 2 milliards. Sous Diouf donc, nous pouvons noter que la Culture était agonisante et que le legs de Senghor n’a pas été bien porté (ceci est mon point de vue personnel).
Abdoulaye Wade, quoi que l’on puisse dire, s’est investi pour la Culture.  Sous ce dernier, nous  assistons à la construction d’infrastructures culturelles, nous pouvons citer par exemple: le Monument de la renaissance africaine, la Place du souvenir africain, les sept merveilles (finalement ne verront le jour que le Grand Théâtre et le Musée des civilisations noires). A cela s’ajoute aussi le Programme national de développement culturel (Pndc) en 2004. Avec Wade toujours, le budget du ministère de la Culture a été revu à la hausse. Ainsi avec l’organisation du 3ème Fesman, le budget a même atteint 17 milliards, mais la question que nous devons poser est la suivante : les milliards du Fesman ont-ils produit un impact durable sur le développement de la culture au Sénégal ?  Cependant, lorsqu’il s’agit d’évaluer l’importance du budget, il convient aussi de déterminer le pourcentage de ces allocations budgétaires par rapport au budget global de l’Etat. Après seulement, on sera plus outillé pour donner un jugement beaucoup plus objectif.
Cependant avec le Président Wade, nous avons connu une instabilité tant au niveau des nominations (10 ministres en 12 ans) mais aussi, le changement de nomenclature du ministère, ce qui est synonyme d’éternel recommencement.
Les quatre premières années du Président Macky Sall ont été très peu senties dans le domaine de la culture, 3 ministres en 4 ans, erreur de casting peut-être ?
Le président Sall arrive ou moment où le rayonnement de la culture sénégalaise à l’étranger est en déclin depuis belle lurette :
Absence de personnels qualifiés (conseillers aux affaires culturelles et animateurs culturels) dans les ambassades et consulats,
Manque de programme ou projet de formation pour le renforcement des capacités des agents du ministère malgré des initiatives personnelles et individuelles çà et là,
Manque d’infrastructures culturelles adéquates, mais aussi de dotations de matériel  dans les régions,
Caducité des textes régissant le statut particulier des cadres des fonctionnaires de la Culture,
Nonobstant tout cela, nous avons constaté récemment, un regain d’intérêt du président de la République pour la culture. Beaucoup de directives ou d’instructions ont été données lors du Conseil des ministres, concernant notamment : «la construction rapidement d’une Ecole nationale dédiée aux Arts et métiers», et dont nous attendons la réalisation.  Le clin d’œil donné aussi à la culture lors de la célébration du cinquantenaire du Fesman qu’il a présidé au détriment du Salon international des mines qui pourtant se tenait au même moment et au même endroit. L’augmentation du Fopica à 1 milliard, la résurrection du Grand prix du président de la République pour les Arts, de même que les Rencontres cinématographiques de Dakar (Recidak), le Fond de développement pour les cultures urbaines…
Nous pensons enfin que pour une bonne politique culturelle il faut:
une ouverture à celle-ci au plus grand nombre. Cette démocratisation de l’action culturelle doit systématiquement être érigée au rang d’objectif majeur pour chaque nouvel locataire de l’avenue Roume.
favoriser les expositions internationales, faire connaitre les artistes à l’étranger pour un dialogue fécond des civilisations, aider ponctuellement à la production d’œuvres complexe, soutenir les galeries et services dans leur mission d’accompagnement des jeunes artistes.
Un redémarrage des journées ou semaines sénégalaises à l’étranger.
Organiser et accompagner le secteur privé culturel sous toutes ses formes.
Un discours politique ayant une portée culturelle et économique.
Que la place de la culture dans les programmes politiques ou les programmes de déclaration de politique générale soit au premier plan ainsi que les discours à la Nation prononcés chaque 31 décembre et que celui-ci soit suivi d’exécution,
Un rôle plus déterminant de la culture dans le plan Sénégal émergent.
Replacer les centres culturels régionaux au cœur du dispositif administratif en conférant aux directeurs de centre leur rôle de premier conseiller aux gouverneurs de région comme le voulait le Président poète et enfin,
Récupérer le matériel de sonorisation et de lumière légué par le Fesman pour créer un service logistique et technique moderne, apte et capable d’assurer toutes les grandes manifestations culturelles de l’Etat, au-delà du ministère de la Culture.
Abdoulaye GAYE
Doctorant Histoires et Civilisations (Crh)
Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (Ehess)
Paris- France
abgaiye@hotmail.com

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