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Depuis mai 2016, le landerneau politique sénégalais est marqué par des discussions sur l’amélioration du processus électoral, en perspective des Légis­latives du 30 juillet prochain, certes, mais surtout de la prochaine Présidentielle de 2019. Depuis cette date, que de désaccords et de rendez-vous manqués entre le pouvoir en place et les acteurs politiques ! La dernière controverse sur la révision de l’article L.78 du Code électoral, à la suite du «consensus» du 30 juin dernier relatif à la procédure du vote face aux 47 listes en lice, en est la dernière illustration.
Pourtant, cette «question des cinq bulletins» ne concerne que les modalités pratiques de vote le jour du scrutin, tandis que le véritable problème est ailleurs. A quelques semaines du scrutin, le nombre de cartes en souffrance étant trop élevé pour pouvoir être épongé, la Coalition «As­semblée bi ñu bëgg» a publié, le mercredi 4 juillet dernier, une lettre ouverte au président de la République où elle suggérait l’idée d’accepter le principe d’autoriser le vote sur présentation du récépissé d’inscription sur les listes électorales, en même temps que l’ancienne carte nationale d’identité.
Après que des voix se sont élevées au sein de l’Hémicycle, lors de l’examen du projet de loi modificatif de cet article L.78, pour marquer, dans le sillage des propositions de la Coalition «Assemblée bi ñu bëgg», la nécessité de la réouverture d’un dialogue direct entre le gouvernement et les acteurs politiques, l’information vient d’être livrée selon laquelle il aurait été décidé de proroger la  durée de validité des précédentes cartes d’identité numérisées, jusqu’au mois de septembre prochain. Si cette information est vérifiée,  l’on se peut se demander si cette prorogation ne traduit pas une volonté de l’Etat de contourner les lenteurs liées à la confection et à la délivrance des cartes biométriques Cedeao, en envisageant la possibilité d’autoriser les électeurs n’ayant pas reçu à date leur carte d’électeur, à voter sur présentation de leur récépissé d’inscription sur les listes électorales, en même temps que leur ancienne carte nationale d’identité.
Cependant, au sein de l’opinion publique, l’on a vite fait d’en conclure à une probable autorisation d’utilisation de ces anciennes cartes d’identité lors du vote, en se demandant, au pa­s­sage, «quid des jeunes venant juste d’atteindre l’âge de voter, ainsi que des citoyens ayant perdu leurs pièces d’identité et s’en étant fait confectionner d’autres ?», etc.
Que l’on se comprenne bien. Au nom d’un principe légal élémentaire, l’on ne vote pas avec une carte d’identité, mais avec une carte d’électeur et c’est pourquoi, lorsque l’on n’est pas en âge de voter, l’on ne peut bénéficier d’une carte d’électeur, même si l’on dispose d’une carte d’identité. De la même manière, toutes les personnes en âge de voter, mais qui ne se sont pas inscrites sur les nouvelles listes électorales, ne sauraient être autorisées à exercer un vote dont ils ne disposent pas du droit, quand bien même la validité de leurs cartes d’identité aurait été prorogée. Pour qu’elles soient autorisées à voter, il aurait fallu qu’elles aient été inscrites au préalable sur les nouvelles listes électorales, à l’image de celles qui se sont bien inscrites et qui disposent dûment d’un récépissé d’inscription. C’est pourquoi, en l’absence de la nouvelle carte d’électeur biométrique Cedeao, l’autorisation de voter ne pourrait concerner que l’utilisation des récépissés d’inscription accompagnés d’une carte d’identité en cours de validité, tel que cela a été proposé par la Coalition «Assemblée bi ñu bëg­g».
Maintenant, il reste à la classe politique de ce pays de faire preuve de responsabilité, en «remisant» les querelles politiciennes dans les placards pour relever, tous ensemble, le défi électoral en cours et montrer à la face du monde la maturité de la démocratie sénégalaise. Il s’agit, par-dessus les calculs partisans et autres postures d’entêtement, de permettre à tout électeur régulièrement inscrit, d’avoir la possibilité d’exercer son droit de vote le 30 juillet 2017. Et pour assurer l’exercice de ce droit constitutionnel, il ne tient qu’au gouvernement et aux acteurs politiques de s’asseoir à la table de discussions, pour étudier, dans le cadre d’une concertation directe, ouverte et apaisée, les voies et moyens devant permettre de mener à bonne fin le processus en cours de confection/distribution de cartes et, in fine, la tenue à due date des élections législatives.
En tout état de cause, de notre point de vue personnel, si une telle issue n’était pas trouvée, l’éventualité d’un report des élections à une date ultérieure ne serait pas à écarter, le temps de finaliser les opérations résiduelles en cours. Le respect de l’ordre constitutionnel est à ce prix, un prix à l’évidence plus élevé que celui du respect du calendrier républicain.

Mohamed SALL SAO
Tête de liste de la Coalition «Assemblée bi ñu bëgg»

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