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Selon des indiscrétions calculées, manœuvres en coulisse et autres ballons de sonde, il serait envisagé dans certains cercles du pouvoir de reporter sine die le scrutin législatif du 30 juillet prochain. Si tel est bien le cas, la Coalition Ndawi askan wi/­Alternative du Peuple, qui présente la liste Pencum nawle conduite par Ousmane Sonko, tient à réitérer solennellement, à toutes fins utiles, sa position de principe : il est hors de question qu’elle accepte la moindre perturbation supplémentaire du calendrier électoral républicain, fixé par la Constitution.
Il convient en effet de rappeler que l’ensemble du processus électoral en cours a été caractérisé par des décisions non concertées, autoritaires et partisanes du ministre de l’Intérieur, militant actif du Parti-Etat-Apr et exécutant zélé des volontés de son chef. Depuis la refonte partielle ou totale du fichier des électeurs jusqu’au découpage des circonscriptions des Séné­galais de l’extérieur qui vont, pour la première fois, élire des députés de la diaspora, en passant par le maintien d’un mode de scrutin inique ou le décalage en plein hivernage de la date du vote, l’essentiel des règles du jeu électoral a été défini unilatéralement par l’une des parties en compétition. Et cela, en dépit des revendications légitimes de l’opposition patriotique et démocratique pour une gestion neutre, impartiale et consensuelle de chaque étape-clé de ce processus, (notamment l’audit du nouveau fichier électoral), dont aucune n’a été sérieusement prise en compte par un chef de l’Etat usant alternativement de la force et de la ruse…
Le dernier exemple illustrant cette ligne de conduite aura été l’adoption en procédure d’urgence, par une Assemblée nationale aux ordres (et avec la complicité active d’une Commission électorale nationale autonome irresponsable), d’une modification de l’article L78 du Code électoral ayant pour effet de violer le secret du scrutin.
De même, est-il besoin de rappeler la contre-proposition de notre coalition qui préconisait, face à la pléthore de listes, le recours au bulletin unique, pourtant en vigueur dans la plupart des pays africains qui aurait permis, de surcroît, d’épargner environ une demi-douzaine de milliards de francs Cfa ?
Mais il y a plus grave. Il s’agit de l’inexplicable retard constaté tant dans la confection que dans la distribution des nouvelles cartes d’identité biométriques (Cedeao), qui tiennent lieu aussi de cartes d’électeur. Si l’on y ajoute la délivrance sélective et fantaisiste de ces cartes ainsi que les innombrables erreurs matérielles non corrigées qu’elles comportent, (déplorées par nos concitoyens à l’intérieur comme à l’extérieur du pays), il est permis de se demander si nous ne faisons pas face à une tentative préméditée et délibérée de sabotage du prochain scrutin, cautionnée par les absences et le silence coupables de la Cena.
Et voici qu’à l’avant-veille du scrutin, le Conseil constitutionnel valide la tentative du chef du parti-Etat de colmater l’incurie de son Administration en autorisant le vote par récépissé, feignant d’oublier le funeste précédent des «ordonnances» de 1993 ou la circulaire de la Cour suprême permettant le vote sans carte d’identité à la veille des élections présidentielle et législative couplées de 1983. Un oukase de plus qui vient confirmer l’ancienneté de la magistrature couchée au Sénégal.
Comment s’étonner, dans ces conditions, de l’actuelle montée des périls, avec la multiplication de violences d’intensité croissante, tant verbales que physiques, dans un contexte de généralisation de la corruption qui dilapide l’argent public ?
Tout le monde sait que la violence armée et l’achat des consciences, au même titre que l’instrumentalisation politicienne des autorités administratives ou judiciaires, sont incompatibles avec la libre expression du suffrage universel direct. Or, ce sont les mêmes individus qui y ont recours aujourd’hui comme hier, ces incorrigibles professionnels de la politique du coup de force et/ou du coup fourré, tels qu’on a pu les voir l’œuvre lors du référendum constitutionnel biaisé de 2016 ou des présidentielles de 2007 et 2012. A cette différence près, toutefois, que les citoyens debout ne tolèrent plus désormais la réédition de pareils passages en force. Et ni la rétention des cartes d’électeur en ville et le bourrage d’urnes à la campagne ni l’intimidation répressive, (d’autant que militaires et paramilitaires vont voter le même jour que les civils), ni même le blocage des réseaux hertzien, mobile et internet le jour j, ne suffiront à les sauver d’une déroute politique et morale d’ores et déjà avérée.
C’est pourquoi la coalition Naw tient à adresser une mise en garde solennelle au chef de l’actuel Parti-Etat, le Président Macky Sall, pour l’inviter à respecter la date du scrutin législatif qu’il a lui-même choisie de façon discrétionnaire, mais aussi et surtout à prendre toutes les mesures requises pour que tout citoyen régulièrement inscrit puisse disposer à temps de sa carte d’identité biométrique afin de pouvoir s’acquitter tranquillement de son devoir civique.
Tout manquement à cette obligation constitutionnelle risquerait de provoquer de graves troubles engageant sa responsabilité personnelle. La seule voie raisonnable pour garantir la sécurité des personnes et des biens sur l’ensemble du territoire national et créer les conditions de paix, de stabilité et de sérénité indispensables à une fin de campagne électorale paisible, focalisée sur le débat programmatique contradictoire, prélude à un scrutin paisible, est précisément de permettre à tous nos concitoyens l’exercice effectif de leur droit souverain d’élire les députés de leur choix. Toute autre option serait suicidaire et menacerait la paix civile dans le pays et entraînerait des conséquences catastrophiques pour l’ensemble de l’Afrique de l’Ou­est.
Durant l’époque esclavagiste et coloniale, les Africains ont été ouvertement privés du droit de vote. Depuis les indépendances formelles, l’exercice réel de ce droit leur est toujours dénié par la violence ou la tromperie, orchestrée par les minorités prédatrices, locales et transnationales qui usurpent le pouvoir d’E­tat. C’est la fin de cette ère dévastatrice qui s’amorce partout en Afrique, car seuls les impérialistes, anciens ou nouveaux, et leurs proconsuls indigènes nourrissent une peur bleue de la libre expression d’un suffrage régulier, libre, transparent et sincère. Tandis que les Peuples africains n’ont rien à y perdre et tout à y gagner. C’est donc à nous de défendre notre bon droit et nos intérêts vitaux. Nul ne peut le faire à notre place.
Dialo DIOP
Porte-parole de la coalition
Ndawi Askan Wi/Alternative du Peuple

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