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La pression monte, la clameur se répand partout comme une traînée de poudre, les foyers de tensions s’intensifient et le «prince» semble de plus en plus seul, dans une solitude gênante, laissé à lui-même, dans une tempête causée par un ennemi invisible qui a fini de mettre à nu les limites de nos dirigeants, pour ne pas dire ceux qui ont en charge la gestion de l’Etat et la mise en œuvre des politiques gouvernementales, sous l’œil éclairé d’un commandant en chef solitaire en mode dit «fast track». C’est le 17 novembre 2019 que la terre a commencé à trembler alors qu’apparaissait dans la ville de Wuhan, en Chine, ce «maudit» virus répondant au nom de coronavirus (Covid-19).
Le premier cas est apparu en Afrique du nord, plus exactement à la date du 14 février 2020, en Egypte, avant que le Sénégal n’enregistre son premier cas le 2 mars 2020, devenant ainsi le quatrième pays africain à avoir confirmé le virus. Ce, même si le cas était importé. Par voie de conséquence, une batterie de mesures a été prise par les plus hautes autorités du pays pour contenir et couper la chaîne de transmission de la pandémie. Cela s’est matérialisé par l’Etat d’urgence assorti d’un couvre-feu de 20h à 6h du matin, décrété le 23 mars 2020, alors que le pays venait d’enregistrer 26 cas. Si cette mesure a été saluée au départ par une écrasante majorité des populations, encouragées en cela par les mesures d’accompagnement annoncées à cet effet, il n’en demeure pas moins que dans la mise en œuvre des directives du «prince», des couacs ont été notés.
Les hommes en charge de la mise en œuvre de la ligne tracée par ce dernier ont fait preuve de manque d’imagination et d’anticipation notoire, accompagné d’une incompétence inexcusable en matière de gestion de crise sanitaire comme celle en cours. Pourtant, ce n’est pas la clairvoyance, la vision et les orientations qui ont manqué au «prince», il a juste manqué de bras et d’hommes capables de mener à bien sa vision éclairée et humaniste visant à préserver sa population comme le ferait tout bon père de famille. La gestion chaotique, conjuguée au tâtonnement et à l’incohérence dans la prise des mesures restrictives sans une lueur de mesure d’accompagnement pour soulager les populations et certains secteurs de l’économie, ont fini par mettre les populations hors d’elles, pour les voir envahir les rues, défiant les Forces de l’ordre à leurs risques et périls.
Plus de deux mois après la déclaration du 23 mars, le Président Macky Sall s’adresse à la Nation le 11 mai 2020 dans un message d’espoir et de soulagement pour d’aucuns et pour d’autres insensé par rapports aux mesures prises précédemment. Dans cette allocution, le président de la République a annoncé des mesures fortes comme, dit-il, «d’assouplissement des conditions de l’Etat d’urgence» en revoyant l’horaire du couvre-feu, passant de 21h à 5h du matin, le réaménagement des heures de bureau, l’ouverture des marchés hebdomadaires alors que la circulation n’est pas levée, la réouverture des lieux de culte, la reprise des chemins de l’école pour le 2 juin entre autres mesures pour accompagner les secteurs impactés.
Au même moment, le Sénégal affichait à son compteur 1 886 cas positifs, dont 715 guéris et 19 décédés, 1 151 malades sous traitement dans les structures sanitaires et 7 182 contacts suivis par les services de santé. Au regard de ce tableau peu rassurant et au défilé quotidien auquel les Sénégalais sont habitués depuis l’apparition de la pandémie, par la situation journalière du Covid-19 devant le petit écran, certains n’avaient pas tort d’émettre des réserves et de juger impertinentes les décisions qui ont été prises, puisque ne s’inscrivant pas dans une logique de continuité. La logique voudrait que l’on poursuive pour ne pas dire de corser les mesures déjà prises pour atteindre l’objectif de départ qui a guidé l’installation de l’Etat d’urgence assorti d’un couvre-feu.
Suffisant pour parler de rétropédalage ou reculade pour certains là où d’autres, plus alarmistes, appréhendaient un dessein inavoué de l’Etat d’assouplir l’Etat d’urgence pour permettre une immunisation collective de la population. En tout état de cause, cette déclaration a soulevé l’ire des populations et éveillé la curiosité des uns et des autres. Quoique dans son discours, le président de la République a bel et bien mentionné : «J’ai donné instruction au gouvernement de définir et mettre en œuvre une stratégie adaptée à nos réalités économiques, sociales et culturelles.»
Hélas ! Ce gouvernement sur lequel il a compté pour mettre en œuvre cette stratégie a brillé par son incompétence et son manque d’ingéniosité. La distribution des vivres aux populations a été un fiasco total, alors qu’il a été proposé une possibilité plus simple ; le cash-transfert qui a fait son effet dans d’autres cieux, la délivrance des autorisations de circuler a été un véritable casse-tête pour les demandeurs, la gestion du transport a été lamentable et des chauffeurs véreux se sont faufilés entre les mailles et augmenter le tarif du transport avec impunité, alors que le ministre des Transports terrestre avait donné des gages pour la fabrication de masques barrières, le ministère de la Formation professionnelle a montré ses limites et son manque d’imagination pour créer une économie inclusive et partagée par la promotion de l’expertise locale et la mise en place d’un dispositif performant de fabrication, l’ouverture des classes prévue le 2 juin dernier a été un flop total avec un ministre de l’Education dépassé par les évènements.
C’est le même cas qui prévaut dans le secteur de l’enseignement supérieur avec un ministre contre-exemplaire qui n’arrive même pas à respecter les mesures barrières édictées par les professionnels de la santé et le gouvernement auquel il appartient. Quel manque de respect ! C’est à se demander qui pour venir en aide au «prince» pour la matérialisation de sa vision ? Déboussolées et n’arrivant plus à savoir où donner de la tête, les populations sont sorties pour s’adresser au «prince» à leur manière.
D’abord, les transporteurs ont pris d’assaut la voirie pour exiger la reprise de leurs activités et décrier la gestion opaque du fonds qui devait servir à assouplir leurs conditions d’existence en cette période, avant que les jeunes ne prennent la relève dans plusieurs villes pour exiger la levée du couvre-feu et la reprise des activités. Cela a eu comme effet la prise de conscience du grand chef qui a fait preuve de sagesse en décidant de la levée des mesures de restriction lors du Conseil des ministres qui s’est tenu le mercredi 3 juin 2020.
Pour cette fois, 24h suffiront pour que les ministres de la Santé, de l’Intérieur, des Transports, de la Culture se succèdent devant le petit écran pour exprimer chacun sa feuille de route dans l’exécution des directives reçues. Opération de charme ou pas, en tout cas, on aura compris que la souffrance des populations ne découlait pas de la volonté du «prince», mais plutôt de ceux qui avaient en charge de mener à bien ses orientations. Dès lors, les restrictions seront levées, les activités vont reprendre et le couvre-feu passera des 23h à 5h du matin. Mais cette mesure est prise au moment où le pays a enregistré 4 021 cas positifs dont 2 162 guéris, 45 décès, 1 évacué et 1 813 en traitement.
Du 11 mai au 4 juin, le Sénégal a enregistré 2 135 cas. C’est dire que la situation va crescendo et qu’avec ces nouvelles mesures, on risque de connaître une flambée de cas et une explosion de nos structures sanitaires qui étouffent déjà. La situation est grave et les populations doivent redoubler d’efforts et de vigilance au risque d’assister au pire. Quoiqu’il faille aussi tirer les conséquences de la gestion calamiteuse de cette crise depuis le début de la pandémie par des ministres «incompétents», «incapables». Lorsqu’on admet publiquement son échec, on devrait avoir le courage et la sagesse de rendre le tablier, mais qui ensuite pour sauver le «prince» ?
Moussa Seydou DIALLO
Journaliste et Auteur
ms_diallo@outlook.com

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