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L’observation du jeûne durant le mois de ramadan fait partie des obligations rituelles que l’islam impose aux croyants. C’est une obligation pour tous ceux qui sont en âge de jeûner d’observer la diète durant quelques heures. Il y a évidemment un âge pour se plier à l’obligation d’observer le jeûne. Beaucoup de hadiths rapportés enseignent qu’il n’y a pas d’obligations pour le jeune musulman avant la puberté : «Le qalam est levé pour trois personnes : celui qui dort jusqu’à ce qu’il se réveille, le jeune enfant jusqu’à ce qu’il atteigne la puberté et le fou jusqu’à ce qu’il recouvre la raison» (Rapporté par Abou Daoud).
L’enfant impubère n’est pas dans l’obligation de jeûner. C’est une sunna pour lui dont il tirera les récompenses s’il la pratique et dont il ne sera pas blâmé s’il ne l’accomplit pas. Cela dit, certains savants recommandent l’âge de 7 ans et d’autres privilégient l’âge de 10 ans. A partir de cette fourchette, il est intéressant d’inviter l’enfant à jeûner pour qu’il s’habitue et se familiarise progressivement. Il est important pour les parents de provoquer l’émulation. Qu’il sente que ce mois est un mois de joie et de gaieté pour que cela lui procure l’envie lui aussi de participer à cet élan collectif, et lui donne l’envie d’accompagner les autres membres de la famille et de la communauté. D’ailleurs, les responsabilités parentales du musulman, dont le travail éducatif, sont rappelées dans les religions révélées, dont le christianisme et l’islam où l’enfant constitue une richesse, une merveille de Dieu : le comportement adopté à l’égard de celui-ci correspond à une certaine conception, celle que l’on se fait de sa dignité. Les parents doivent être fiers de leur progéniture ; ils doivent les protéger, les éduquer, sans oublier qu’ils auront à rendre compte : l’homme est responsable de sa famille et il sera interrogé sur cette responsabilité  (al-Bukhârî, Muslim).
Ce qui compte aussi, ce n’est pas le nombre d’enfants mais leur valeur, leur sagesse rappelle l’Abbé Léon Diouf, vicaire épiscopal à l’église catholique du Sénégal. D’ailleurs, dans un document de l’Unicef, intitulé les droits de l’Enfant et la Bible, on cite les versets 1 à 3 du chapitre 16 : «Ne désire pas une nombreuse descendance de propres à rien…Oui, mieux vaut un seul que mille, et mourir sans enfants qu’avoir des fils impies…».
Il ne s’agit pas seulement de respecter l’enfant en tant que créature de Dieu. Ce qu’il faut encore, c’est le rencontrer, lui, Jésus, dans l’enfant, puisque rappelle-t-on encore, dans ce document, que Jésus, prenant un petit enfant, le plaça au milieu de ses apôtres et, l’ayant embrassé, il leur dit : «Quiconque accueille un petit enfant comme celui-ci à cause de mon nom, c’est moi qu’il accueille ; et quiconque m’accueille , ce n’est pas moi qu’il accueille, mais celui qui m’a envoyé.» (Unicef, 2000).
Dans la religion musulmane, l’islam prend soin de toutes les créatures, même des animaux. Et Dieu a, de surcroît, porté sa préférence sur le fils d’Adam et d’Eve pour en faire son vicaire, voire son lieutenant sur terre.
Il s’y ajoute que dans l’échelon familial, «la charia islamique accorde au plus faible -l’enfant- des droits. Il lui accorde une attention particulière avant sa naissance, ce qui constitue l’un de ses premiers droits» (Unicef, 2000).
On comprend ainsi pourquoi le prophète Mohamed (Psl) aimait les enfants, leur portait une attention particulière : même en ses moments les plus précieux, aux heures de prières, il les portait sur ses épaules. La tradition raconte que, parfois, en passant par une rue, il rencontrait des enfants qui jouaient, leur montrait autant d’importance qu’aux adultes et les honorait.
Il les saluait, en disant «as-salamou’alaykoum» (Que la paix soit sur vous !). Ces derniers lui répondaient à leur tour : «Wa ‘alaykoum as-salam, o messager de Dieu» (que la paix soit également sur vous !). Le messager de Dieu (la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) avait de la considération pour les enfants. Chaque fois qu’il promettait quelque chose à l’un d’eux en disant : «je te donnerai ceci ou cela tel jour», Il tenait absolument et à temps sa promesse, comme s’il avait signé un engagement avec une grande personne.
Par ailleurs, c’est du rôle des parents que de préparer leurs enfants à la vie du futur musulman, de leur ordonner de jeûner, par exemple, afin de les y habituer et d’enraciner en eux les bases. D’ailleurs, selon certains exégètes et spécialistes, on ne doit pas interdire le jeûne à l’enfant par compassion, car la miséricorde pour l’enfant est de lui ordonner les rites de l’islam et de l’habituer à les mettre en pratique… Par contre, si le jeûne est trop difficile pour les enfants ou s’il leur nuit, dans ce cas, on ne les contraint pas. Seulement, même si nos enfants ne sont pas contraints à observer le jeûne, ils sont privés de nourriture suffisante durant le mois de ramadan qui ne leur profite pas du tout.
Privés des trois repas habituels, les plus chanceux se contentent de repas froids, de restes qui sont souvent mal conservés, parce que le seul plat consistant de la soirée est servi tardivement dans certains ménages.
Qu’on l’appelle, «Ndogou», «Mbeusteun», ou «Kheud», en wolof, les enfants ne le prennent pas chaud, parce que déjà au lit aux heures de service.
Ceux qui, à l’heure de la rupture du jeûne, s’invitent à la table, sont écartés tout bonnement ou sont les derniers servis. Attendez que ceux qui ont jeûné finissent de manger, leur rétorque-t-on souvent. Ils ont, ainsi, entre trois (3) et douze (12) ans, c’est-à-dire pas en âge d’observer le jeûne, mais obligés de subir toute la rigueur du mois béni de ramadan.
Ces grands oubliés de notre communauté, toujours les derniers servis, ne sont pas vraiment gâtés. On peut tous constater qu’à l’occasion des cérémonies familiales, baptêmes, mariages, etc., ils mangent en dernier et souvent très mal : regroupés autour d’un bol, ils sont parfois dix (10) à se disputer le peu de nourriture qu’on leur sert. Les gros morceaux, les plats biens garnis sont toujours servis aux hôtes adultes qui mangent tranquillement, devisant sous le regard envieux d’enfants, tels une meute affamée pressée de se ruer sur le moindre plat qu’on jette à leurs pieds. Pourtant, ils ont plus besoin de cet apport nutritionnel : en âge de grandir, toute dénutrition à cette période de la vie peut donc être particulièrement préjudiciable et affecter inévitablement la croissance, le bien-être de nos enfants.
Bira SALL
Professeur de Philosophie au Lycée Ababacar Sy
Chercheur en Education, Spécialiste Développement Petite Enfance – Doctorant en psychologie de l’enfant
Université Jean Jaurès (Toulouse 2)
salbira@yahoo.fr

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