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Depuis 2007, année durant laquelle il a entamé sa carrière, You Bou Mc s’accroche au rap. S’il tarde à proposer un premier album, faute de moyens, le jeune natif de la banlieue dakaroise ne manque pourtant pas d’idées. Aux côtés d’autres artistes handicapés, il s’est aussi engagé dans la sensibilisation contre le Covid-19.

La lutte contre le coronavirus est l’affaire de tous. Les artistes se sentent concernés au premier chef. Plusieurs d’entre eux ont fait des productions dans ce sens. Et parmi eux, des rappeurs comme You Bou Mc. La particularité de ce jeune rappeur est qu’il est en situation de mobilité réduite. Après ses quelques singles comme Sen Mague Laa (Je suis votre grand frère pour conscientiser sur l’importance que revêt le droit d’aînesse), Seet Bi Niowna (la mariée est venue) et un son dédié au lutteur Eumeu Sène, You Bou Mc donne  la priorité au combat contre le Covid-19. Il dit avoir répondu à l’appel de la Patrie pour aider à extirper cette pandémie de notre existence. Sur sa chaise roulante, habillé d’une blouse blanche comme un toubib, You Bou Mc débite des beats contre le coronavirus, qui est le titre de son single. «Ce n’est pas la première fois qu’une pandémie envahit notre existence. Il y avait eu la peste. On m’a raconté que mes grands-parents y avaient perdu la vie. Maintenant on parle de la pandémie du coronavirus. Nous en sommes témoins, je considère que c’est un message que Dieu lance pour montrer que c’est Lui qui détient la force. Nous avons besoin de nous unir pour vaincre le coronavirus avec l’aide de Dieu dont j’implore le pardon», indique-t-il. You Bou Mc fait partie du collectif des artistes handicapés qui vont produire un son pour sensibiliser sur le Covid-19. «On va passer à l’enregistrement au studio du rappeur Zip Ha», annonce You Bou Mc. «C’est notre contribution dans la lutte contre le Covid. C’est une initiative que nous artistes handicapés avons eue, de faire ce son. Nous serons plus d’une dizaine d’artistes à le composer», déclare le jeune artiste qui lance un appel pour que ces personnes handicapées soient reçues par le ministre de la Santé, Abdoulaye Diouf Sarr. «Nous sollicitons l’appui des autorités et des bonnes volontés. Nous sommes en situation de mobilité réduite, nous nous battons pour notre survie», ajoute You Bou Mc. Le chanteur non voyant, Alé Dieng, fera partie de ceux qui chanteront cet hymne contre le Covid-19.
Dans son clip, il a choisi de porter la blouse blanche pour rendre un «hommage appuyé» aux médecins du monde et plus particulièrement  ceux du Sénégal.  Les considérant comme des «soldats», il soutient que ceux qui composent le personnel de santé méritent toute notre reconnaissance pour le travail qu’ils sont en train d’abattre pour sauver les victimes du Covid-19. «Je profite de la tribune qui m’est offerte pour appeler les gens à plus de vigilance pour contenir le Covid 19», déclare le jeune artiste qui a engagé la guerre contre Covid-19 pour l’empêcher de poursuivre sa sale besogne avec son lot de morts partout où il est passé comme c’est le cas aux Etats-Unis, en Italie, France et même au Sénégal avec six  morts. Sa mobilité réduite ne constitue pas un handicap pour lui. Mais il s’en sert pour être plus fort que jamais. You Bou Mc se bat pour se tracer un sillon dans le show-biz malgré le fait qu’il ait arrêté ses études en classe de Cm2. Issu d’une famille modeste, l’artiste n’a pas eu la chance d’avoir le soutien nécessaire pour poursuivre ses études aussi longtemps qu’il l’avait souhaité. Pour le jeune rappeur, la perte de l’usage de ses jambes a été un épisode très dur de sa vie qu’il a réussi à surmonter tout de même en se montrant fataliste. «Dieu décide ce qui est mieux pour nous. Je mets ce handicap sur le compte de la volonté du Tout Puissant. Il était dit quelque part, que je n’y échapperais pas.  Je suis devenue une personne handicapée après une piqûre ratée qui m’a été administrée à l’hôpital. Cela m’a causé une infection qui m’a valu de me retrouver dans cette situation.  Je me suis dit  qu’il fallait que je me batte pour subvenir à mes besoins. Le rap est l’une des voies d’y parvenir. C’est ce qui explique que je suis artiste rappeur», déclare You Bou Mc.

Un premier album qui tarde
Son seul investissement ne suffit pas pour faire émerger une carrière vierge  d’un premier album. Il dit disposer d’un répertoire fourni pour pouvoir en sortir. Ce qui lui fait défaut, c’est l’absence de partenaire et de sponsors pour l’accompagner à réaliser son rêve. «Il y a beaucoup d’artistes qui ont enregistré des albums. Le problème est qu’ils n’ont pas assez de moyens pour booster leurs productions. Cela demande qu’on fasse des spectacles, une campagne de promotion qui exigent  des moyens. Si on n’a pas soutien, je ne pense pas qu’on puisse réaliser cela», souligne ce jeune artiste qui dit que si les choses s’étaient passées normalement, il en serait à son troisième album à l’heure actuelle après 13 ans de carrière. «On ne cesse de me réclamer ce premier. J’ai beaucoup de chansons que j’ai déjà enregistrées. Dieu m’a doté d’une inspiration qui fait que la plupart de mes chansons, je les  compose comme ça sans pour autant recourir à l’écriture», argumente You Bou Mc qui dit être aussi victime de «manque de considération de la part de  certains animateurs»  à qui il reproche de «minimiser» son talent du fait de son handicap à l’inverse des chaînes de télévision qui commencent à diffuser certains de ses clips.
You Bou Mc est un artiste qui n’est content que quand il donne le meilleur de lui-même.  «Je travaille dur pour faire des productions de qualité. J’essaie toujours de repousser mes limites pour atteindre le haut niveau», s’enorgueillit-il. Pourquoi You Bou Mc comme nom d’artiste ? Notre interlocuteur de dire qu’il s’est choisi ce sobriquet pour se construire une certaine identité parce que n’étant pas le seul artiste portant le nom de You. Celui qui se définit comme un Maître de cérémonie (Mc) a commencé à flirter avec le monde du Rap en 2007, influencé certainement par feu Pacotille qui se trouve être sa référence et qu’il a rencontré en Gambie lors d’un concert. «Pacotille a bercé ma jeunesse. C’était un artiste dont les chansons  sont pleines de sens. Ce sont des textes  bien élaborés, loin de ce que les jeunes chanteurs ont l’habitude de nous proposer», dit ce célibataire né en 1989 à Guédiawaye.

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