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Après de longues semaines de débats, de conciliabules, la diaspora a décidé de saisir la Cour suprême pour lever la mesure prise par le gouvernement d’interdire le rapatriement des corps des Sénégalais décédés du Covid-19. Elle va donner son avis ce jeudi.

C’est une bataille qui mêle émotion et endurance. Las de courir après les autorités depuis le 9 avril 2020, le Collectif pour le rapatriement des Sénégalais décédés de Covid-19 à l’étranger, présent dans plus de 30 pays, a décidé de donner une autre tournure à son combat : il a saisi la Cour suprême pour la levée de la mesure prise par l’Etat du Sénégal interdisant ce rapatriement. C’est le dernier acte posé par les Sénégalais de la diaspora qui ont du mal à avaler cette pilule. «Par différents canaux et à titre gracieux, le Collectif a demandé aux autorités compétentes l’annulation de cette décision qui remet en cause le droit fondamental des familles d’enterrer leurs morts au Sénégal. Une nouvelle correspondance, datée du 19 avril 2020, sollicitait une dérogation auprès du même ministre afin que les compatriotes déjà décédés du Covid-19 puissent être transportés au Sénégal, en attendant la levée totale de la mesure. Face au silence des autorités saisies, le Collectif s’est directement adressé au président de la République dans une correspondance à la fois ouverte et protocolaire en date du 29 avril 2020», expliquent-ils.
Malgré l’avis favorable des médecins qui écarte tout risque dans le transport des corps du lieu de décès vers le Sénégal, le Collectif s’est heurté à l’intransigeance de l’Etat sur cette question. «Toutes ces tentatives sont restées vaines, à telle enseigne qu’à ce jour plusieurs corps de nos compatriotes demeurent bloqués dans des morgues pour une durée encore indéterminée, renforçant chaque jour un peu plus l’angoisse, la souffrance et l’attente interminable des familles», renchérit le Collectif.
Cette requête en référé-liberté, déposée hier devant la Cour suprême, donne à la juridiction supérieure 48 heures pour se prononcer. C’est-à-dire le verdict est attendu demain qui permettrait de soulager les requérants dont la
démarche de la Cour suprême vise l’obtention, le plus rapidement possible, de toute mesure propre à sauvegarder les libertés fondamentales des Sénégalais ainsi violées et l’effectivité du droit de rapatriement des corps des Sénégalais décédés du Covid-19, dans le respect des protocoles d’hygiène applicables.
Me Assane Dioma Ndiaye, qui fait partie du pool des avocats, explique la portée de cet acte : «En la matière, la Cour suprême, à travers sa loi organique, permet à tout citoyen qui estime que son droit fondamental a été violé de pouvoir la saisir afin qu’elle ordonne d’abord la cessation de cette violation, mais surtout qu’elle enjoigne à cette personne morale de droit publique, qui est en l’occurrence l’Etat, de prendre toute mesure nécessaire. En l’espèce, ces familles estiment que le droit à une sépulture éternelle est fondamental. Il s’agit de respecter leurs libertés et convictions religieuses. Et si ces corps étaient enterrés à l’extérieur dans des conditions qui ne sont pas pérennes dans le cadre de constructions qui ne sont pas éternelles, cela porterait gravement atteinte à leurs droits, et les installerait dans une psychose affective éternelle, dans une instabilité psychologique.» Il rajoute : «C’est une question extrêmement importante pour ces familles. D’autant que tous les spécialistes consultés nous disent qu’il est possible, à partir d’un protocole funéraire déterminé, de rapatrier ces corps au Sénégal sans que cela ne pose un dommage anormal et spécial aux populations.»

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