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Une forte incidence de la pauvreté, une qualité des services problématique, des restrictions sur le droit de marche, voilà quelques-unes des conclusions du rapport d’évaluation de la gouvernance du Sénégal dans le cadre du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (Maep).

Dans le cadre du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (Maep), le Sénégal s’est volontairement soumis à l’examen des autres pays membres. A l’issue de cet exercice, le rapport d’évaluation de la gouvernance du pays a été partagé hier au cours d’un atelier par la Commission nationale de gouvernance (Cng). Selon les conclusions de ce rapport, malgré de nombreuses avancées, des défis restent à relever. «Le rapport, tel qu’il a été présenté à Addis Abeba, est tout de même globalement positif, mais avec un certain nombre de défis à relever», relève le Pr Babacar Guèye, président de la Commission nationale de la gouvernance (Cng) mise en place pour administrer le processus d’évaluation. Parmi les points négatifs figure le peu d’impact des réformes économiques et sociales. La Cng qui a organisé des consultations citoyennes dans les 14 régions du pays estime, en effet, que le Produit intérieur brut (Pib) ne permet pas pour l’instant un recul de la pauvreté. «Une série de chocs enregistrés au cours des dernières années est venue freiner davantage les progrès, ce qui fait que l’incidence de la pauvreté n’a baissé que de 1,8 point de pourcentage entre 2006 et 2011, alors que le nombre absolu de pauvres, lui, augmentait pour atteindre 6,3 millions en 2011.» De plus, les inégalités sociales, si elles sont modérées, restent impactées par les disparités géographiques. «Les disparités géographiques restent cependant très prononcées : deux habitants sur trois vivent dans la pauvreté dans les zones rurales, et en particulier dans le Sud du pays, contre un sur quatre à Dakar», souligne le rapport.
Dans le domaine des services publics, le rapport note des lenteurs administratives pour l’obtention de documents dans différents secteurs. «Dans le secteur de la santé, on se plaint de la qualité de l’accès et de l’insuffisance du personnel médical qualifié. Dans le secteur de l’éducation, la qualité des services est également décriée, le réseau routier n’est pas suffisamment maillé. Des zones restent enclavées, et cela pose un problème lorsqu’il s’agit d’une évacuation sanitaire en urgence», indique le rapport qui recommande l’opérationnalisation de l’Office national de lutte contre la corruption (Ofnac).
Sur le plan de la gouvernance démocratique, le Sénégal est invité à faire des efforts, notamment en termes de restrictions sur le droit de marche. «Il est fréquent de voir une autorité administrative refuser l’autorisation de marche à des citoyens, bien que le droit de marche soit prévu par la Constitution. Les motifs souvent avancés ont trait aux risques de trouble à l’ordre public», relève toujours le document. En ce qui concerne la prestation des services publics, le rapport établit que «l’efficacité et la qualité des services sont problématiques».

Un plan d’action élaboré
Dans le cadre de l’exercice d’évaluation par les pairs, la Cng a recruté quatre instituts techniques de recherche qui ont mené des études thématiques. Il s’agit d’Afrobarometer pour la démocratie et la gouvernance politique, du Centre de recherche en économie appliquée (Crea) de l’Université Cheikh Anta Diop pour la gouvernance et la gestion économique et du Groupe interdisciplinaire de recherche en sciences sociales (Gris) de l’Université Alioune Diop de Bambey pour la gouvernance d’entreprise. Le processus a abouti à l’élaboration d’un rapport qui a été présenté au dernier forum des chefs d’Etat et de gouvernement du Maep en janvier dernier. Aujourd’hui, la Cng a élaboré un plan d’action pour le suivi des recommandations du rapport. Selon le Pr Guèye, il s’agit de toutes les actions «qui peuvent contribuer à améliorer la gouvernance dans les 4 domaines ciblés».
mamewoury@lequotidien.sn

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