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Presqu’un peu plus d’un an, jour pour jour, après la publication du fameux rapport de l’Ofnac sur la corruption au Sénégal qui avait soulevé des vagues de contestation, de dénonciation et d’indignation pour avoir indexé la police, la gendarmerie et la santé comme étant les secteurs les plus corrompus du pays, voilà que Transparency international, dans son rapport 2018, vient d’en rajouter une énorme couche en citant le gouvernement, l’Assemblée nationale et les religieux comme étant aussi des entités très corrompues.
Ben… N’en jetez plus ! La coupe est pleine… Elle déborde même.
Sans refléter la vérité vraie pour parler comme l’autre, ce rapport a tout de même le mérite de montrer qu’au Sénégal la corruption est endémique et gangrène presque tous les secteurs de la vie économique, sociale, politique, religieuse et j’en passe. Ce que tout le monde sait d’ailleurs pour le vivre quotidiennement et à tous les niveaux.
La question qu’il faut se poser est : Comment en est-on arrivé là ? Sommes-nous génétiquement des corrompus ?
La réponse coule de source : Non… On nous a rendus corruptibles et le principal responsable de cet état de fait n’est pas à chercher bien loin. C’est le Blanc. Oui le Blanc…
En effet, nos ancêtres, nos grands-parents, nos parents avaient un code de conduite social basé sur la sacralité de la parole donnée et de l’honneur. Ils respectaient scrupuleusement leurs engagements pris et se faisaient un point d’honneur pour ne pas être pris en défaillance dans une affaire scellée avec les autres. Tout sur la base de la dignité et de la confiance non écrite. Ils fuyaient l’opprobre sous toutes ses formes pour des manquements allégués.
Il aura fallu que le Blanc arrive et amène dans ses bagages le papier et la signature pour authentifier un engagement pour que le ver de la corruption infeste nos sociétés.
Mon grand-père disait : «Bou Toubab-bi gnewer, baner signel fi, ci la ndioublang dioudou» traduction non certifiée «C’est quand le Blanc a amené des papiers pour dire Signez ici que la roublardise et la corruption sont nées dans nos sociétés». Clair et net…
C’est d’ailleurs cette même politique de corruption des mœurs adossée à des violences inouïes que le Blanc a toujours utilisée pour prendre aux Indiens d’Amérique leurs vastes territoires, aux Africains leurs frères et leurs richesses, aux Amérindiens du Brésil leur immense forêt, aux Aborigènes australiens leurs terres, etc.
C’est encore et toujours cette même politique de corruption des élites africaines qui est mise en branle par les grandes puissances prédatrices du monde pour spolier autant que faire se peut les immenses ressources minières, gazières, pétrolières et forestières d’Afrique. L’interview de l’ancien président de Total, Loïk Le Floch-Prigent, sur M6 et qui circule sur le net est très illustrative de ces pratiques de corruption, de spoliation et de vol éhonté des richesses pétrolières du Congo, de l’Angola et autres… La corruption y est érigée en un véritable bréviaire de gestion économique, financière et politique…pour les Africains.
Le système capitaliste a développé et mis en œuvre la corruption pour parvenir à ses buts : s’accaparer à moindre frais les richesses des plus faibles. Et elle (corruption) prospérera tant que les grands Etats capitalistes, émergents et autres continueront dans leur logique de concurrence et de domination du monde par l’accumulation des richesses à leur seul profit.
La corruption revêt des formes plurielles qu’on voudrait dénommer autrement, mais qui n’en demeurent pas moins de la corruption.
En Afrique, on dira abruptement et crûment : corruption. Ailleurs, chez les autres qui nous taxent de corrompus, on parlera de lobbying. Quel doux nom pour qualifier une démarche qui n’est ni plus ni moins que de la corruption ! Aussi vrai que quand l’enfant «pète» et que le papa se soulage. C’est tout simplement de la flatulence. Et malgré toute la précaution sémantique, c’est toujours faire du vent… Am deet ? (N’est-ce pas ?)
Toute forme d’action, de démarche ou d’entreprise menée dans l’optique d’atteindre des objectifs spécifiques en contournant ou en détournant les règles de droit ou de justice est de la corruption.
Il serait illusoire de vouloir citer dans cet article toutes les formes de corruption tant elles sont nombreuses et diverses.
La corruption, comme ses corollaires que sont la concussion, la fraude et le vol, vit, sévit et s’invite partout à travers le monde. Cela ne nous dédouane pas. Loin s’en faut.
Mais je trouve simplement que cela devient trop commode de toujours nous indexer, nous Sénégalais et Africains, de nous incriminer et nous laisser culpabiliser à mort par les autres particulièrement par ceux-là mêmes qui nous ont inoculé le virus de la corruption.
Alors que nos bakchichs et autres «Nouyo mouride ou tidiane» ne sont que des roupies de sansonnet devant les énormes sommes des lobbyers qui se chiffrent en milliards de dollars et souvent en milliers de vies humaines. Les affaires Mani Pulite en Italie, Watergate aux Usa dans les années 80, Petrobras au Brésil, Fifa-Qatar, Madoff aux Usa, Bygmalion en France, Pana­maGate, Iaaf en cours et tant d’autres, sont assez illustratives des pratiques corruptrices dans le monde. Pour dire simplement que la corruption n’épargne aucun pays ni aucun Peuple.
Dès lors que le phénomène est multiforme et endémique à tous les niveaux, il serait illusoire de chercher à l’éradiquer. Et puis, le peut-on vraiment et surtout le veut-on réellement ?
Car à part les pays nordiques (Suède-Norvège-Finlande-Danemark) qui ont réussi à véritablement graver dans les gènes de leurs citoyens la phobie viscérale de la corruption – du moins pour ce qu’il nous a été donné de voir – tous les autres grands pays sont des corrupteurs par essence.
La corruption est consubstantielle au grand capitalisme, à l’expansion économique, militaire et à la domination politique. C’est pourquoi il n’est pas étonnant de constater qu’à part les condamnations de façade, rien n’est fait et ne sera fait pour véritablement mettre fin à cette pratique corrosive qu’est la corruption. Les rapports n’y feront rien. Tout au plus, vont-ils inciter les pays corrupteurs à davantage affiner leurs méthodes dolosives en la matière.
Concernant notre pays, il s’agit surtout de savoir comment gérer la corruption pour la rendre moins destructrice. Et dans cette perspective, les actions à notre (petit) avis, doivent porter – entre autres – sur les nominations aux postes de haute responsabilité dans les structures étatiques, publiques, parapubliques et autres qui, en dehors des accointances politiques, devraient plus obéir à la règle de la concurrence ouverte et aux contrats de performance valant engagement.
Ensuite, il faudra totalement libérer les corps de contrôle (Ige-Ofnac-Igf-Centif-Cour des comptes etc.) et les laisser mener à leur guise leurs missions d’enquête, de vérification et d’audit pour faire éclater la vérité sur la gestion des comptes publics. Et surtout il faudra donner suite à leurs recommandations. Et dans les cas avérés de corruption, des sanctions doivent être prises sans état d’âme. Il s’agira aussi de créer les conditions qui vont permettre au corrompu d’accepter – ou d’avoir le courage – de dénoncer et de démasquer le corrupteur pour dissuader cette pratique.
Segura l’a fait avec la mallette de Maître Wade. C’est sûr que depuis, beaucoup y ont regardé par deux fois avant d’engager une quelconque action de corruption.
Ce changement de paradigme permettra de réduire significativement les pratiques de corruption qui gangrènent tous les secteurs de notre vie.
Enfin, il s’agira de parfaire l’éducation civique, morale et religieuse de tout un chacun pour nous inoculer à doses homéopathiques l’antidote de la corruption.
Mais au regard de l’ampleur de la gangrène, pourra-t-on réussir cette gageure ?
Ben… Comme «il n’est point besoin d’espérer pour entreprendre…» ! Gardons donc espoir que inchallah notre pays changera et les Sénégalais avec… inchallah !
Que Dieu nous garde et garde le Sénégal !

Guimba KONATE
Dakar
guimba.konate@gmail.com

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