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Dans un rapport rendu public hier sur le thème «Les défis et enjeux sécuritaires dans l’espace sahélo-saharien», la Fondation Friedrich Ebert Stiftung (Fes) attire l’attention des pouvoirs publics sur l’islam confrérique au Sénégal.

Le Sénégal est un îlot de paix dans une sous-région agitée par la menace terroriste. Bien qu’elle soit imminente, le pays reste jusque-là l’un des rares à échapper à des attaques djihadistes. Et ce, pour combien de temps ? L’islam confrérique, pratiqué chez nous, et aussi la démocratie sénégalaise constitueraient de solides remparts. Mais la diversité de confréries religieuses et l’existence de plus de 250 partis politiques peuvent menacer cet équilibre. «Ce patrimoine peut être source de conflit du fait des convictions assimilant l’appartenance religieuse à celle politique», avance le document. Insistant sur l’héritage religieux et culturel du pays, les auteurs du rapport estiment que «ce patrimoine forgé par sa multitude de partis politiques ainsi qu’une diversité de confréries religieuses peut être source de conflit». Pourquoi ? «En effet, l’appartenance religieuse constitue pour la majeure partie des Sénégalais une identité qu’il faut souvent défendre contre toutes attaques et insinuations quelconques, créant de temps à autres des tensions sociales. De plus, la multiplicité de partis politiques crée un amalgame de préférences avec des revers qui peuvent être un danger pour le pays. Cette structure religieuse et politique est à la fois un atout pour faire de cet Etat un hub de la sous-région et une source palpable de conflit pouvant à tout moment fragiliser le territoire.» Le rapport consolidé des études-pays sur le thème «Les défis et enjeux sécuritaires dans l’espace sahélo-saharien», publié par le bureau Paix et sécurité du centre de compétence Afrique subsaharienne de la Fondation Friedrich Ebert Stiftung (Fes) a été rendu public hier. Le document étudie les situations au Mali, en Algérie, au Burkina Faso, en Mauritanie, au Maroc, en Tunisie, au Tchad, en Lybie et aussi au Sénégal.
Parlant de la situation sécuritaire au Sénégal, notamment les défis et menaces, le rapport attire l’attention des pouvoirs publics sur les dangers qui guettent le pays à 94% musulmans. Le rapport dévoile : «Le radicalisme religieux se fraie de plus en plus un chemin au Sénégal. La montée du salafisme avec la proximité de la Mauritanie est un problème à prendre en compte. Un nombre considérable d’individus affiliés à des leaders qui se réclament de familles religieuses ou confrériques se fait de plus en plus noter sur le territoire.» Selon toujours l’étude, «la cybercriminalité est une menace réelle à la population. S’ensuit l’insécurité maritime qui, pour un pays comme le Sénégal, bordé à l’Ouest par l’Océan Atlantique, est une fenêtre ouverte et pour laquelle la moindre inattention pourrait causer un drame. Le trafic d’êtres humains, de drogue, de tabac et autres herbes et stupéfiants devient recrudescent».
La corruption généralisée, la circulation illicite des armes légères et de petit calibre constituent, selon le rapport présenté par  le Mauritanien Isselmou Abdel Kader, des phénomènes qui contribuent à exacerber la situation sécuritaire du Sénégal. Mais aussi la porosité des frontières et le conflit casamançais pas encore résolu contribuent à la «vulnérabilité» du Sénégal. La sécurité sur le plan économique, alimentaire, environnemental, sanitaire, politique et social a été évoquée de manière générale. Sur l’aspect social, les autorités sont averties sur un fait. Il explique : «Le flux d’étudiants étrangers qui intègrent le milieu professionnel après leurs études s’ajoutant à un flot considérable d’étudiants sénégalais à la recherche d’emplois contribue à exacerber les frustrations observées au niveau du marché du travail où la précarité de l’offre rend impérieuse une réforme du système scolaire et universitaire», prévient le rapport.
Pour relever le défi du terrorisme et du crime organisé, des recommandations ont été faites. Il s’agit, entre autres, du renforcement des capacités des armées et des forces de sécurité, de la cohésion sociale et de l’unité nationale, s’abstenir de payer des rançons aux ravisseurs, contrôler l’enseignement privé religieux en éliminant les programmes appelant à la violence et à la haine. Mais aussi l’implication de la société civile, des universitaires, des instituts de recherche, des institutions religieuses, des communautés religieuses et ethniques dans la lutte contre le terrorisme.

msakine@lequotidien.sn

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