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Au Sénégal, une fille sur trois est mariée avant l’âge de 18 ans. Plan international, qui lançait hier son 16e rapport annuel sur la situation des jeunes filles, note que la situation est beaucoup plus inquiétante en milieu rural avec un taux de mariage d’enfants de 49% contre 17% en ville.

Au Sénégal, une fille sur trois est mariée avant l’âge de 18 ans. Dans son 16e rapport sur la situation des jeunes filles, Plan international note que sur la période 2005-2015, «12% des enfants âgées de 15 ans ont été mariées là ou celles de 18 ans étaient de 33%». La situation est beaucoup plus inquiétante en milieu rural avec un taux de mariage d’enfants de 49% contre 17% en ville. Dans la foulée, les grossesses précoces sont tout aussi importantes. Selon la directrice de la Famille, Mme Coumba Thiam Ngom, en 2015, « 971 cas de grossesses ont été recensés au Sénégal concernant la tranche d’âge des 12-19 ans». Et ces grossesses interviennent principalement entre les classes de 6e et 3e, soit un taux de 71,9% et de 28,1% entre la Seconde et la Terminale, précise Plan international. La répartition géographique montre également que la région de Sedhiou arrive en tête avec un pourcentage de 30%, suivie de Ziguinchor 19%, là ou dans le reste du pays on est à des taux variant entre 5,4 et 2%. «Les chiffres sont très alarmants et ça ne concerne pas seulement les mariages d’enfants, mais aussi les mutilations génitales féminines et les violences basées sur le genre», insiste Mme Ngom. La directrice de la Famille, qui ne cache pas son indignation devant ces unions avec le plus souvent des hommes âgés de 20 à 30 ans de plus, en appelle à la mobilisation de tous, mais surtout des mères de famille elles-mêmes. «Les filles sont marginalisées et invisibles. Elles sont mises à l’écart et ce phénomène s’observe d’abord dans nos maisons. Ce qui veut dire que les mères de famille sont interpellées en premier lieu», souligne Mme Ngom. «Aujourd’hui, notre combat c’est que les mères et les pères de famille, les tantes et toutes les personnes qui peuvent influer pour que le droit des enfants soit respecté, particulièrement l’égalité et l’équité des filles, nous les portons comme des partenaires», ajoute la directrice de Plan Sénégal Mme Oumy Lakh Sall, qui interpelle dans la foulée les jeunes filles elles-mêmes en les invitant à faire preuve de leadership. Mais comme le souligne le Pr Andrée Marie Diagne, il faudra auparavant lever les freins qui empêchent les filles de devenir des leaders, principalement la tradition et les coutumes.
Comme chaque année, la publication du rapport sur la situation des jeunes filles intervient à quelques jours de la célébration de la Journée internationale de la jeune fille prévue le 11 octobre prochain. Pour ce 16e rapport, des jeunes filles d’Espagne, d’Ou­ganda et de Colombie ont raconté les discriminations auxquelles elles étaient confrontées. «Plus que compiler et analyser des données de recherche sur la discrimination à l’égard des filles dans le monde et dans le monde en développement en particulier, la violence contre les filles, le mariage forcé des enfants, la pauvreté endémique et bien d’autres choses, Plan international a développé la campagne ‘’Parce que je suis une fille’’ comme une initiative continue pour lancer des projets visant à remédier aux défis auxquels sont confrontées les filles», explique la directrice de Plan Sénégal. Si le Sénégal a ratifié nombre de conventions relatives aux droits des enfants, des défis se posent encore. Et les recommandations du rapport, à savoir la mobilisation des gouvernements, accorder plus de visibilité aux filles, devraient aider à résoudre ces problèmes.
mamewoury@lequotidien.sn

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