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Seydi Gassama

Les rapports d’Amnesty international sur la situation des droits de l’Homme au Sénégal se suivent et se ressemblent. Dans son dernier document rendu public hier, l’organisation de défense des droits humains y dénonce encore l’impunité, la répression, le non-respect de la liberté de manifester, les bavures policières, les conditions carcérales jugées inhumaines.

Au Sénégal les droits de l’Homme sont toujours violés. Dans son dernier rapport, Amnesty International constate que bien que «l’Etat ait  posé des actes pour protéger les droits de l’enfant et les droits des communautés affectées par l’exploitation minière, presque toutes les préoccupations soulevées au cours des 10 dernières années demeurent». Selon le secrétaire exécutif de la section sénégalaise de cette organisation, «la Constitution adoptée par référendum en mars 2016 n’a pas apporté les changements attendus en matière d’indépendance de la justice et de protection des droits humains». Dans le rapport annuel présenté hier, Amnesty international souligne que durant l’année 2016, il a été relevé des décès en détention et des recours excessifs à la force. D’après Seydi Gassama, «au moins 6 personnes sont mortes en détention». Dressant ce tableau sombre, le défenseur des droits Humains a évoqué le cas d’Elimane Touré mort dans les locaux du commissariat du Port de Dakar lundi dernier. A en croire Seydi Gassama depuis un an, la thèse du suicide est devenue la justification de la police et de la gendarmerie en cas de décès en détention. Selon lui, ceci ne doit pas les mettre hors de cause, parce qu’en cas de détention ces services doivent veiller sur les détenus. «Si la personne se suicide la responsabilité de la police et de la gendarmerie est engagée», a-t-il fulminé.  M. Gassama a aussi par la même occasion regretté, la mort du jeune homme orpailleur, Yamadou Sagna «tué par balle par un douanier à Kobokhoto, dans la région de Kédougou».

Conditions carcérales jugées inhumaines
Concernant l’impunité, Amnesty souligne dans son rapport qu’après «de longues procédures judiciaires, des avancées ont été réalisées dans quatre affaires relatives à des homicides illégaux commis par les forces de sécurité». Toutefois l’organisation s’est désolée du fait qu’aucun «responsable hiérarchique n’a eu à rendre des comptes pour n’avoir pas empêché des recours excessifs à la force, et personne n’a été traduit en justice pour des dizaines d’autres cas de torture, d’homicides illégaux et de morts en détention survenus depuis 2007». Dans la même veine, les conditions carcérales jugées inhumaines ont aussi été déplorées. Selon le directeur exécutif d’Amnesty Sénégal, «les prisons sont toujours surpeuplées, la maison d’arrêt de Rebeuss à Dakar compte environ 2090 détenus pour une capacité d’accueil maximal de 1600 personnes». « Dans beaucoup d’autres prisons, les détenus n’avaient pas accès aux toilettes la nuit, les cellules étant dépourvues de toilettes, ils devaient faire leurs besoins dans des seaux en présence des codétenus», a-t-il fustigé.
Dans son rapport, cette organisation de défense des droits humains est aussi revenue sur le non-respect de la liberté  d’expression au Sénégal. Dans son document Amnesty international informe qu’en 2016 «les autorités ont interdit plusieurs manifestations pacifiques d’organisations de la société civile et de partis politiques et arrêté des manifestants». «En octobre les forces de sécurité ont utilisé du gaz lacrymogène pour disperser une manifestation pacifique organisée par l’opposition», a-t-on rappelé. Selon Amnesty international, il a été aussi noté que la liberté d’expression et d’opinion  n’est pas toujours respectée. En guise d’exemple, Seydi Gassama soutient que «des journalistes ont subi des actes d’intimidation et de harcèlement de la part de l’Etat dans le but de les faire taire, ou de les empêcher de relayer des critiques contre le gouvernement». «Le gouvernement a continué à réprimer les lanceurs d’alerte et tous ceux qui exprimaient une opinion dissidente au sein de l’Administration. Un membre de la société civile qui demandait des comptes et la transparence dans la gestion des affaires de l’Etat a subi un harcèlement judiciaire qui visait de toute évidence à le dissuader de faire son travail», a-t-il regretté.

Un Code minier protecteur des droits
S’il y a un point sur lequel Amnesty international s’est réjoui dans son rapport, c’est le nouveau Code  minier. Pour M. Gassama, ce code est plus protecteur des droits économiques et sociaux, culturels et environnementaux des communautés impactées par l’exploitation minière. «Une part des revenus issus de l’exploitation minière reviendra exclusivement aux collectivités locales où sont situées les périmètres miniers », s’est-il félicité. Toutefois d’un autre côté, le secrétaire exécutif d’Amnesty Sénégal soutient qu’il urge «de protéger et d’encadrer l’orpaillage qui est une pratique ancienne au Sénégal oriental et de mettre en place les comptoirs d’achat de l’or pour sécuriser les transactions liées à ce minerai».
dkane@lequotidien.sn

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