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A partir d’une étude documentaire, qui rassemble et présente toutes les informations publiques disponibles concernant l’exploitation sexuelle des enfants, la Conafe et son partenaire l’Ecpat international montrent l’ampleur de cet abus au Sénégal. Le document présenté hier renseigne que les filles domestiques, les enfants talibés et les filles victimes de mariage forcé sont plus exposés à l’exploitation sexuelle.

Le rapport réalisé par Ecpat international, en collaboration avec la Coalition nationale des associations et Ong en faveur de l’enfant (Conafe), montre que les filles domestiques à Dakar ou vers le Maghreb et le Moyen-Orient, les enfants talibés sont les plus exposés à l’exploitation sexuelle. Le document présenté hier aux autorités en charge de la question de la protection de l’enfant revient sur le contexte de l’exploitation sexuelle de ces couches de la population. Les auteurs du document renseignent que «la pauvreté chronique favorise l’exploitation des enfants à des fins de prostitution au Sénégal». Ils renseignent que «des filles âgées de 15 à 18 ans, issues de zones rurales et péri-urbaines, sont contraintes de recourir à la prostitution dans les villes et les zones touristiques pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs familles». Il a été constaté également que «cette exploitation est aussi fréquente dans les sites d’orpaillage à Kédougou». En outre, précise le document, «pour accéder à un niveau de vie supérieur, certaines filles de 13 à 18 ans participent à leur propre exploitation en pratiquant le Mbaran» qui consiste à avoir «plusieurs partenaires sexuels réguliers en contrepartie d’argent et de cadeaux».

«Internet et les réseaux sociaux utilisés dans l’exploitation sexuelle des enfants»
Outre ces pratiques qui favorisent l’exploitation sexuelle, les auteurs du rapport informent que «l’internet et les réseaux sociaux sont dorénavant utilisés». Cela dans le but «de recruter des jeunes filles à Dakar pour la production de matériels d’abus et pour le racolage de clients dans le cadre de la prostitution». Poursuivant leurs explications, ils soulignent que «l’expansion d’internet a aussi un impact sur le déroulement des mariages précoces». Ainsi, renseignent-t-ils, «en 2015, le comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes avait noté avec préoccupation que des filles étaient victimes de mariage forcé via internet». A cela s’ajoute le fait que «des filles répondent elles-mêmes à des annonces postées sur des sites internet proposant des mariages avec des personnes résidant à l’étranger». Une fois sur place, précise le document, «elles peuvent être victimes d’abus sexuels ou contraintes à la prostitution ». Montrant l’ampleur de l’utilisation de l’internet sur cette question, les auteurs du rapport soutiennent qu’il est «devenu courant que des intermédiaires ou des touristes agissant comme des prédateurs sexuels entrent en contact avec des enfants par le biais d’internet».

«L’adoption de projets de lois renforçant les droits des enfants est en suspens»
Reconnaissent que le Sénégal a ratifié les principales conventions internationales et a élaboré un large corpus législatif protégeant les enfants contre l’exploitation sexuelle, les organisations qui luttent contre l’exploitation des enfants constate que «l’adoption de projets de lois renforçant les droits des enfants est en suspens». Ces projets concernent «l’élaboration d’un code de l’enfant, la création d’un Défenseur des enfants et le statut des écoles coraniques». Il y a aussi l’absence de plan national contre l’exploitation sexuelle des enfants. Il est noté aussi que «les services publics de protection de l’enfant ne couvrent pas l’ensemble du territoire et n’ont pas les ressources financières et le personnel suffisant pour héberger et accompagner tous les enfants victimes». Autre point souligné dans le document, c’est «la faible application des lois punissant les auteurs d’exploitation sexuelle comme la loi n°2005-06 sur la traite des personnes». Pour mettre fin à l’exploitation sexuelle des enfants, les organisations recommandent à l’Etat du Sénégal «d’harmoniser les textes nationaux avec les dispositions juridiques internationales de protection de l’enfant». Il s’agit «particulièrement de celles de la charte africaine sur les droits et du bien-être de l’enfant et la convention internationale des droits de l’enfant». Autre demande formulée, c’est de «renforcer la mise en œuvre d’initiatives régionales et internationales y compris de coopération policière pour lutter contre la traite des enfants, notamment dans le cadre de la communauté économique des Etat de l’Afrique de l’Ouest et des accords bilatéraux». Les organisations recommandent aussi la ratification de «la convention n°189 de l’Organisation internationale du travail sur les travailleuses et les travailleurs domestiques et de suivre la recommandation associée n°201 invitant les Etats parties à établir des mécanismes de suivi des conditions de vie et de travail des travailleurs domestiques ayant moins de 18 ans et plus que l’âge légal minimum d’admission à l’emploi». Au niveau national, le Sénégal «doit adopter et mettre en œuvre la nouvelle mouture du code de l’enfant». Il doit aussi en faire de même pour «l’avant-projet sur la création d’un défenseur des enfants». C’est également ce qui est recommandé pour «le projet de loi sur le statut des écoles coraniques en veillant à ce qu’il comprenne une interdiction explicite de la mendicité forcée».

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