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Le Sénégal est encore loin d’intégrer le cercle des pays émergents. Après quatre années de mise en œuvre, le Plan Sénégal émergent (Pse) révèle que la transformation structurelle de l’économie qui en est le premier axe reste faiblement enclenchée.

L’usage immodéré du concept d’émergence par les dirigeants du pays ne signifie pas pour autant que le Sénégal est prêt à accéder à ce cénacle. Il en est même loin. C’est en effet ce qui ressort du rapport diagnostic réalisé par la Direction générale de la planification et des politiques économiques (Dgppe) du ministère de l’Economie, des finances et du plan. Réalisé dans le cadre du processus de formulation de la deuxième phase du Plan Sénégal émergent (Pse) sur la période 2019-2023, le document révèle que «malgré des taux de croissance relativement élevés durant la première phase de mise en œuvre du Pse, la transformation structurelle de l’économie reste faiblement enclenchée». Selon les planificateurs de la Dgppe, l’on assiste à une faible migration de l’emploi intersectoriel. «Sur la période 2014-2018, l’emploi a migré du secteur primaire au secteur tertiaire sans passer par le secteur secondaire», note le document. De 37% sur la période 2009-2013, l’emploi dans le secteur tertiaire est passé à 41% dans la période de mise en œuvre du Pse, entre 2014 et 2018. Dans le même temps, le secteur secondaire baissait d’un point. L’impasse faite sur le secteur secondaire dans le processus de croissance a eu pour résultat un renforcement du secteur tertiaire avec comme corolaire un exode rural accru et une urbanisation difficile à maîtriser. «La migration vers le tertiaire est liée en partie à la faible productivité du secteur primaire fortement affecté par les effets du changement climatique qui engendrent notamment la salinisation des terres, l’acidification des nappes phréatiques, le dérèglement des saisons et l’érosion côtière», note la Dgppe.
La situation de l’emploi laisse également à désirer dans la mesure où le taux de chômage se situait en moyenne à 15,63% en 2017 avec un secteur agricole qui est toujours le principal pourvoyeur d’emplois avec 48% des travailleurs, suivi du secteur des services avec 40%. De même, si le taux de pauvreté a quelque peu baissé en passant de 55,2% en 2001 à 42% en 2014, le nombre de pauvres, lui, a augmenté. Par ailleurs, la productivité reste trop faible «pour être à la base d’une croissance forte et soutenue». «La décomposition de la croissance sur la période 1995-2018 indique que la Productivité totale des facteurs (Ptf) a rarement dépassé 1,5%. ( …) Or, celle-ci doit jouer un rôle déterminant pour maintenir de façon durable une croissance au-dessus de la cible des 7%», note la Dgppe.

Des efforts restent à faire
Réussir le pari de l’émergence nécessite des efforts plus soutenus, reconnaît le directeur de la Planification et des politiques économiques, Pierre Ndiaye, qui présidait hier l’atelier organisé par son département dans le cadre du processus de formulation de la 2e phase du Pse. Toutefois, des secteurs considérés comme porteurs de croissance demeurent encore fragiles. En effet, note la Dgppe, la prédominance du secteur des services avec près de 61% du total de la valeur ajoutée cache quelques faiblesses. Le sous-secteur des postes et des télécommunications, moteur traditionnel de la croissance, ressort comme un «sous-secteur à croissance faible». Selon la Dgppe, cette faiblesse découle du manque de diversification des usages, le coût élevé d’internet et le manque d’infrastructures qui limite les effets d’entraînement du numérique sur la croissance des secteurs.

Des avancées significatives
Mais selon Pierre Ndiaye, «des avancées très significatives» ont tout de même été notées durant cette première phase avec plus de 6% de croissance sur trois années consécutives. Seulement, des défis importants devront être relevés et c’est l’objectif principal de l’atelier de trois jours qui vise à définir les secteurs sur lesquels il convient de mettre l’accent dans la phase II du Pse. Selon M. Ndiaye, en termes de contrainte, il y a surtout celles liées au capital humain. A ce titre, le secteur de l’éducation présente plusieurs manquements dans sa gouvernance. Il en est de même de l’élargissement de l’assiette fiscale qui n’enregistre que peu de progrès. «Il y a des efforts à faire dans la simplification et la sensibilisation pour que les gens paient les impôts», souligne le Dgppe. Par ailleurs, la société civile relève des problèmes liés à la gouvernance et à la justice.
mamewoury@lequotidien.sn

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