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La météo politique gambienne qui a soufflé un vent d’alternance devrait souffler un parfum de salubrité dans ses relations avec le Sénégal. Un axe rythmé de conflits durant le règne de Yahya Jammeh.

Défiance, arrogance, mépris… Puissant homme fort de Banjul, Yahya Jammeh n’a presque jamais considéré ses différents homologues sénégalais comme des alter égo. «D’Abdou Diouf à Macky Sall, ils m’ont tous combattu. Mais, je ne suis pas leur égal. Macky Sall me combat parce qu’il n’est pas indépendant. Jusqu’à présent, il est sous la coupe de François Hollande», déclarait-il. A l’actuel Président sénégalais, il raillait : «Je me demande comment le Sénégal peut élire quelqu’un comme Macky Sall. Cherchez un président qui croit en Dieu et qui n’est pas à la solde des Occidentaux. Je vais l’aider à développer le Sénégal. Malheureusement, Macky Sall est le 3e président du Sénégal avec qui je ne peux pas travailler.» Le prédécesseur de Macky Sall à la tête du Sénégal a en également eu pour son grade : «Wade, dans sa politique de provocation, a toujours rabaissé la Gambie et son leadership.» Quid de Abdou Diouf ? Yahya Jammeh met un peu d’eau dans son vin : «On est toujours des amis. Je l’appelle grand frère, il m’appelle serigne bi.»
Aujourd’hui, son départ avec l’élection surprise de Adama Barrow dessine une nouvelle cartographie des relations diplomatiques sénégambiennes. Depuis la prise de pouvoir de Yahya Jammeh survenue lors d’un coup d’Etat, le 22 juillet 1994, l’axe diplomatique Dakar-Banjul n’a jamais été un long fleuve tranquille. Dakar a toujours (et continue de) soupçonné et dénoncé tout-bas les accointances entre Banjul et les rebelles de la Casamance dans cette crise qui secoue le Sud du Sénégal depuis décembre 1982. De Abdou Diouf à Abdoulaye Wade en passant par Macky Sall, le régime gambien n’a jamais cherché à aider sérieusement le Sénégal à trouver des solutions à cette crise. Avec cette première alternance, les autorités sénégalaises ne manqueront pas d’entrevoir l’avenir en grand. Quelque part, même si (bien entendu), les officiels ne le diront pas, le régime de Dakar n’a pas à trop se plaindre  du départ de Jammeh. Durant son règne, le désormais ex Président gambien prenait un malin plaisir à engager son pays dans une voie de confrontation avec le Sénégal.
La dernière en date est intervenue au mois de février dernier lorsque de façon unilatérale, il décide de fixer le passage des camions sénégalais à 400 mille francs Cfa en remplacement des 4 000, prix initial. Une décision qui avait provoqué l’ire du pouvoir de Macky Sall qui à son tour, ferme ses frontières. Asphyxié, le gouvernement gambien recule, souffle le dégel et s’invite à la table des négociations avec Dakar au mois de mai. Il aboutira à la levée du blocus de la Transgambienne. Cependant, d’autres questions économiques dans le cadre de la coopération sont en suspens. Il s’agit et surtout de la réalisation du Pont de Farafegny.
Mais avant cette crise, d’autres ont été beaucoup plus graves. Ainsi, le coup d’Etat manqué du Colonel Ndure Cham, avait fini par aboutir au rappel à Dakar de l’ambassadeur Diouga Ndiaye. Tout simplement parce que le Sénégal, ayant donné asile au commanditaire du coup, était considéré comme le pays instigateur du putsch manqué. Cela avait notablement refroidi les relations entre les deux pays.
On ne parle pas ici des éruptions épisodiques, avec des ressortissants du Sénégal se faisant rosser pour être allé célébrer un peu trop fort la victoire de leur équipe nationale de football à Banjul, ou des crises nées des immixtions de la Gambie dans les affaires sénégalaises, notamment avec la transformation de la Gambie en base arrière de la rébellion casamançaise, au grand dam des autorités du Sénégal. Toutes choses dont le Sénégal espère voir la fin, avec l’arrivée de Amadou Barrow à State House à Banjul.
bgdiop@lequotidien.sn

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