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Le maire de Guédiawaye a été hier «l’hôte» de Aar li ñu bokk. Pour sa première manifestation décentralisée, la plateforme a tiré sur Aliou Sall dont l’audition à la Dic, mercredi, n’est qu’une «vaste escroquerie».

Aar li ñu bokk était à Guédiawaye hier, pour réclamer justice dans l’affaire des contrats pétroliers attribués à Frank Timis. Une mobilisation en demie teinte pour ce rassemblement au stade Amadou Barry. Ce département, fief de Aliou Sall, maire de la ville, a été, pour l’occasion, «bunkerisé» par des éléments de la police dès les premières heures de la journée. Et à 16 heures, la Plateforme Aar li ñu bokk était prête à lancer le concert de dénonciations de la gestion des contrats pétroliers de façon générale et de la démarche de la justice dans l’enquête sur les révélations de la Bbc. Sur les lieux, un camion et 4 pick-up remplis d’élément du Groupe­ment mobile d’intervention (Gmi), armés de grenades lacrymogènes pour parer à toute éventualité. Vers la mairie, juste au rond-point qui mène vers les deux voies de Sahm Notaire, des Forces de l’ordre jalonnent la route. Même décor au rond-point du marché Jeudi. Vers 18h, les politiciens se sont arrachés le micro pour indiquer aux organisateurs la fin de la manifestation, du reste autorisée. La foule s’est dispersée sans aucun débordement.

«L’audition de Aliou Sall est une vaste escroquerie»
Place au «procès» contre le frère du président de la République. «Le fait de venir à Guédiawaye est un double plaisir, symbole de ce que nous refusons : le deux poids deux mesures. Que ce soit des proches du président de la République ou ses parents, la lutte pour la bonne gouvernance et une gestion démocratique va continuer à se mener», a dit Guy Marius Sagna. Dans cette foule parsemée, par moments se distinguent des manifestants en «gilets orange». «La dernière fois, c’était des gilets jaunes. Mais c’est ça aussi la lutte, et chacun vient avec sa touche particulière», justifie-t-on. L’au­dition de Aliou Sall mercredi, puis de son oncle Abdoulaye Thimbo hier, était aussi au menu de ce rassemblement de Aar li ñu bokk. «Une vaste comédie, une vaste escroquerie juridique», selon les manifestants qui estiment que «si le procureur de la République est sincère dans sa démarche, il n’a qu’à prendre en compte les rapports de l’Ofnac et de l’Ige qui sont le résultat d’enquête approfondie».

«Notre pression a abouti à la démission de Alioune Sall de la Cdc»
Cette manifestation a révélé aussi des divergences entre les mouvements citoyens et les politiciens. «Ce n’est pas un rassemblement pour donner une visibilité aux partis politiques. C’est un rassemblement pour s’indigner par rapport à une situation qui est là. Nous nous rassemblons pour que justice soit faite. Dans une démocratie, quand les choses ne sont pas claires, il faut laisser faire les citoyens», a rappelé Malal Tall alias «Fou Malade». Le responsable de mouvement Y’en a marre d’ajouter : «Nous nous mobilisons pour faire pression sur l’Etat. Et cette pression commence à donner ses résultats puisqu’elle a abouti à la démission de Alioune Sall de la Cdc. Il est en train d’être entendu et c’est tout ce que nous demandons.» Voilà une mise au point qui n’a pas plu à la responsable du Pds de Gounass. «Abdoulaye Wade l’avait dit. Ce n’est pas une nouvelle accusation dans ce pays. Il avait parlé et tout le monde disait que c’était pour l’intérêt de son fils. Macky Sall est difficile à raisonner, mais il ne peut pas nous empêcher de manifester. On ne va pas brûler le Sénégal puisque c’est nous qui l’avons bâti, mais nous allons manifester», a souligné Woré Sarr.

Plusieurs leaders de l’opposition absents
Il est vrai que, comme l’a indiqué Moctar Sourang, ce combat n’est pas celui de Aar li ñu bokk, mais de tous les citoyens. Seulement, même les leaders de l’opposition n’ont pas été nombreux hier. Le coordonnateur du Front de résistance nationale (Frn) s’en est rendu compte, même s’il a tenté de le minimiser. «Dans un pays, on a besoin d’avoir des contre-pouvoirs, des partis forts de l’opposition, des syndicats forts parce que, comme disait l’autre, le pouvoir rend fou. Je représente tous ces leaders-là qui ne sont pas là. On est dans un front politique. Donc quand je suis là, tout le monde est là. Et ils sont tous pour ce combat que nous menons depuis 2014», a-t-il dit.

Mamadou Lamine Diallo : «Macky est en train de saboter»
En revanche, Mamadou Lamine Diallo, lui, est bien là. Le leader de Tekki a annoncé que la mobilisation va se poursuivre dans les autres villes du pays comme Rufisque, Pikine, Ziguinchor, Kolda, etc. En effet, cette lutte, estime-t-il, est celle du pays et du Peuple. «La jeunesse est debout et l’a montré aujourd’hui. Macky Sall a mis en rapport Aliou Sall à Frank Timis. Il a donné à Frank le numéro 10 et à Aliou le numéro 7 pour leur dire que ce sont eux nos avant-centres dans l’Equipe nationale. Macky est en train de saboter. Donc, on n’a plus besoin de lui au Sénégal», a conclu le député du groupe Liberté et démocratie.

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