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Le menu du dialogue politique est riche, mais il y a encore deux plats importants qui ne figurent pas au menu : la rationalisation des partis politiques et le scrutin majoritaire pour les Législatives ou «raw gaddu».

Combien étaient-ils jeudi dernier à la rencontre sur le démarrage du dialogue politique ? Sans doute près 300 représentants de partis politiques. Rien que cette image d’une salle de classe à effectif pléthorique devrait rappeler aux acteurs d’ajouter ce point aux termes de référence. Jusqu’ici en tout cas, on n’en a pas entendu parler et c’est comme si le statu quo arrangeait tout le monde. Pourtant, la rationalisation des partis politiques était l’un des 15 points soumis au Référendum de 2016. «La modernisation du rôle des partis politiques dans le système démocratique» est le premier d’ailleurs dans l’exposé des motifs du paquet de réformes soumis au Peuple. Devant même «le renforcement des droits de l’opposition et de son chef», un point qui sera aussi discuté entre les acteurs. C’est que la question était devenue tellement préoccupante que le ministre conseiller du chef de l’Etat de l’époque, Ismaïla Madior Fall, utilisait un vocabulaire sanitaire pour la thérapie. «Tout le monde s’accorde sur la pathologie révélée par le diagnostic du système de partis politiques du Sénégal : la fragmentation de celui-ci qui nuit à l’efficacité et à la légitimité de l’action politique. Cependant, personne n’a osé jusque-là envisager la mise en œuvre de solutions pour la traiter. Le projet de révision envisage cette perspective salutaire pour la démocratie sénégalaise. Une vraie démocratie suppose le bon fonctionnement de ses partis politiques, c’est-à-dire des forces politiques organisées et durables, groupant des citoyens de même tendance politique, disposant d’une assise à la fois nationale et locale, dont le but est de conquérir et d’exercer le pouvoir politique en recherchant le soutien populaire», disait-il. Et c’est là le problème : des partis qui ne participent à aucune élection, fut-elle locale. Les Assises nationales et la Commission nationale de réforme des institutions avaient retenu cette rationalisation des partis politiques et leur financement. Et l’on se souvient de la surprise de Amadou Makhtar Mbow qui n’avait pu identifier des sièges et adresses de partis pour leur remettre leurs convocations. Mais depuis le Référendum, on parle plus de statut de l’opposition et autres que de cette nécessaire révolution. Il est vrai que la question est délicate puisqu’il s’agirait de dissoudre des partis, pour la plupart des lilliputiens. Voilà pourquoi les critères devraient faire l’objet de concertations entre les différentes parties prenantes à ce dialogue. Depuis 2016, la Constitution dispose que «les partis politiques sont également tenus de respecter strictement les règles de bonne gouvernance associative sous peine de sanctions susceptibles de conduire à la suspension et à la dissolution. (…) Les règles de constitution, de suspension et de dissolution des partis politiques, les conditions dans lesquelles ceux-ci exercent leurs activités et bénéficient d’un financement public sont déterminées par la loi». Rien que l’application des sanctions prévues participerait à une élimination naturelle.

«Raw gaddu»
Pour ces concertations, il est question aussi d’échanger sur le mode de scrutin de l’élection du maire. Certains souhaitent qu’il soit élu directement et non qu’il soit désigné par des conseillers municipaux. Voilà qui devrait rappeler le mode de scrutin majoritaire pour les Législatives appelé «raw gaddu», c’est-à-dire tout rafler. C’est un système qui fait souvent l’affaire des partis ou coalitions au pouvoir. Et tous s’en accommodent. Sous Wade, l’opposition, aujourd’hui au pouvoir, avait dénoncé cette formule. L’opposition d’aujourd’hui réclame à son tour sa suppression. C’est un point sur lequel majorité, opposition et non-alignés peuvent discuter. L’urgence des questions strictement liées aux prochaines Locales pour éviter de tomber sur le mur du protocole de la Cedeao ne doit pas renvoyer cette question aux calendes… législatives. Sinon, il y aura encore d’autres concertations après les Locales.

hamath@lequotidien.sn

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