PARTAGER

La 9e édition du «Rendez-vous des créateurs de mode», organisé par Kadior art, en partenariat avec les Manufactures sénégalaises des arts décoratifs (Msad) de Thiès, a été clôturée ce week-end par un message fort lancé par le créateur de mode, Khalifa Dramé. L’artiste, qui a présenté une dizaine de collections avec une décoration à base de morceaux de calebasse, sensibilise sur le danger environnemental lié au plastique et propose la calebasse comme alternative.

Faire de la calebasse une alternative au plastique pour lutter contre les changements climatiques, c’est le vœu exprimé à Thiès, par l’acteur culturel designer, Khalifa Dramé. Il présentait, à Thiès, une dizaine de collections avec une décoration à base de morceaux de calebasse, ce week-end, lors de la 9e édition du «Rendez-vous des créateurs de mode», organisé par Kadior art, en partenariat avec les Manufactures sénégalaises des arts décoratifs (Msad) de Thiès. Selon l’artiste qui travaille depuis pratiquement 30 ans sur la calebasse, «la composition de ce produit est naturel et donc il est forcément écologique. Il peut servir aujourd’hui à remplacer le plastique non biodégradable puisque ce plastique on l’utilise pour mettre des choses. La calebasse est un contenant si on le présente dans un bon design». L’initiateur du festival «Kom-Kom» de Ziguinchor insiste surtout sur les bienfaits de l’utilisation de ce produit parce qu’alerte-t-il, «le monde est parti sur un pied qui peut constituer un danger pour nous». La preuve, explique le designer, «les experts dans le domaine de l’environnement surtout du changement climatique disent que  «2°c de plus et les conséquences risquent d’être terribles». Et dans ce que nous consommons il y a tellement de plastique. Tout le monde crie sur les changements climatiques. Et ce qui se passe même dans les pays européens dans ces 72 h avec des pics jusqu’à 45°, est inquiétant, parce que cela ne c’était jamais produit. Et en Afrique ça commence et les conséquences vont vraiment frapper si on ne change pas nos mentalités et nos manières de faire». Ainsi et de préconiser l’artiste Khalifa Dramé, «aujourd’hui, chaque Nation doit partir de ses potentialités, de son patrimoine pour proposer un produit. Au Sénégal, pour remplacer les 80 mille tonnes de déchets plastiques qui sont déversées chaque année, on peut faire recours à la calebasse», a conseillé l’artiste, qui ajoute : «On peut faire des meubles, des fauteuils, des chaises, des lits, de même que tout ce que la femme utilise dans sa cuisine, le panier, le bol, les tasses et les assiettes, tout on peut le faire en calebasse.» Puisque, note-t-il, «c’est le premier récipient que Dieu a offert à l’homme pour tous ses besoins. Ce produit a été découvert 12 mille ans avant Jésus Christ et continue encore d’exister dans notre patrimoine culturel».
Pour preuve, dit Khalifa Dramé, «il n’y a pas de mariage encore moins de baptême sans calebasse en Afrique. Il n’y a même pas de décès en Afrique sans la calebasse. Dans tous les lieux culturels on retrouve la calebasse. Cela veut dire que c’est un produit de notre patrimoine culturel». Pour lui, en plus d’être une alternative au plastique, elle peut contribuer à atténuer l’impact de la chaleur sur le tissu. «Nous pensons que la calebasse peut atténuer les dangers de la chaleur sur notre corps quand nous portons des tee-shirts qui ne sont pas en coton. Parce que dans la tradition africaine on dit que la calebasse protège. En liant donc ce mode, ce tissu à la calebasse nous faisons déjà référence à notre patrimoine culturel». Pour dire, selon le créateur de mode, «nous, nous cherchons d’abord à protéger l’homme, c’est pourquoi nous associons la calebasse dans nos productions. Mais aussi c’est pour alerter sur ce danger climatique. La calebasse est un produit écologique. Et en essayant de travailler beaucoup plus loin dans cette composition chimique de la calebasse, on peut en tirer des choses». Et de se demander : «Pourquoi ne pas pouvoir liquéfier la calebasse ?» D’autant que poursuit-il, «ceux qui travaillent dans l’énergie sont d’accord que la calebasse a des aspects énergétiques et peut contribuer à atténuer l’effet de la chaleur. Et les deux tests que j’ai faits sur la calebasse dans une université américaine ont montré que la calebasse conserve mieux la glace qu’une autre matière». Ainsi à travers sa collection, l’artiste qui a visité 33 pays africains, et qui est allé jusqu’en Inde et en Australie pour faire des recherches sur la calebasse, essaie de «redonner de la valeur à ce produit utile mais souvent négligé et pourtant qui donne beaucoup d’opportunités à notre vie et notre existence. Puisqu’il soigne une vingtaine de maladies dont l’hypertension et le diabète». Toutefois, ce travail n’est pas très aisé car selon lui, pour avoir un morceau de tissu de calebasse, c’est pratiquement 4 jours de collage. C’est comme du perlage, mais encore un peu beaucoup plus compliqué.

Khalifa Dramé sur Culture de la calebasse
«90% de la calebasse que nous utilisons dans nos collections nous viennent du Mali. C’est à peu près 3 à 4 millions de calebasses par an. On ne cultive pas la calebasse au Sénégal. On le cultivait vers Fouta et Ziguinchor mais depuis l’apparition du plastique les gens ont arrêté de la cultiver. Et si on multipliait le chiffre de 3 millions de calebasses introduits au Sénégal par an juste par 1000 F Cfa, on aurait 3 milliards de F Cfa. On pouvait cultiver ça ici. Cela aiderait 3 mille jeunes à être des agriculteurs de la calebasse et ainsi à avoir un métier, même que la production rizicole ne peut leur donner. Puisqu’un ha de calebasse est plus rentable qu’un ha de riz.»
nfniang@lequotidien.sn

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here