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La charrue avant les bœufs ! C’est en tout cas la politique adoptée par la Coordination des inspecteurs d’académie du Sénégal. Son président, Gana Sène, a proposé un réaménagement de l’année scolaire et du calendrier des examens et concours au moment où des syndicats d’enseignants refusent de lever le mot d’ordre. Aussi, les examens du Bac et du Bfem ne sont reculés que de deux semaines alors que les élèves ont perdu plus de trois mois de grève.

La Coordination des inspecteurs du Sénégal a proposé hier un réaménagement de l’année scolaire et du calendrier des examens et concours. Ainsi, la date du Baccalauréat général est reppoussée au 17 juillet 2018, le Baccalauréat technique à partir du 2 juillet. Quant au démarrage de l’examen du Bfem, il est fixé au 24 juillet prochain. Celui du Cfee et le concours d’entrée en sixième auront lieu les 26 et 27 juin 2018. Les évaluations du premier et second semestre également vont connaître des changements de dates. Les établissements du moyen qui n’ont pas encore composé vont pouvoir le faire jusqu’au 11 mai. L’évalua­tion du second semestre est prévue du 2 au 10 juillet prochain.
Pour le secondaire, les évaluations du second semestre pour les classes de seconde et de première se feront au 18 au 22 juillet, presqu’au moment du démarrage du Bac général fixé au 17 juillet. Une vraie cacophonie ! Des informations rendues publi­ques par Gana Sène, inspecteur de l’académie de Dakar, par ailleurs président de la Coordination des inspecteurs du Sénégal.

Le Bac décalé de deux semaines alors que les élèves ont perdu 3 mois de cours
Ce réaménagement pose un double problème. D’abord, il ne prend pas en compte le nombre de jours perdus. Faut-il le rappeler, les enseignants membres du G6 ont commencé à observer la grève dans la dernière semaine du mois de janvier, plus précisément le 22 janvier 2018. La Fédération des enseignants du Sénégal (Feder) a commencé à dérouler son premier plan d’actions (72 heures de grève) avant les fêtes de Noël. Et depuis lors, les mouvements de grève n’ont pas cessé. On est à trois mois de grève non-stop et, durant ces moments, chaque semaine les élèves perdent au moins 3 voire 4 jours. Le calcul est vite fait, soit à peu près 30 jours de perdus.
Le second problème de ce réaménagement est que le mot d’ordre de grève n’est pas encore levé. Par conséquent, il n’y a pas encore une reprise normale des enseignements-apprentissages. Comment peut-on proposer un réaménagement en n’ayant pas pris en compte les heures de cours perdues ? Pis, comment peut-on aussi réaménager le calendrier alors que la grève, source de tous les maux, continue ?

«On n’a pas encore atteint le seuil critique»
Gana Sène estime que cela est faisable. Il soutient devant la presse que «la situation n’a pas encore atteint le seuil critique» surtout, précise-t-il, «comparée aux années 2012 et 2016». L’inspecteur d’académie de Dakar, qui semble minimiser l’impact de cette grève, indique que «la plupart des lycées et collèges ont à 80% entièrement fait les compositions». Il ajoute que c’est «juste les conseils de classe qui ne sont pas encore tenus dans bon nombre d’établissements».
Pour les enseignements au niveau du moyen et du secondaire, Gana Sène reconnaît une situation stable dans bon nombre de classes d’examen, même si «elle mérite une attention particulière». Répondant aux questions des journalistes sur le mouvement de grève des syndicats d’enseignants toujours en cours, Amadou Moctar Ndiaye, directeur des Examens et concours, soutient : «Si la grève continue, nous aviserons.»
En marge du réaménagement du calendrier de l’année scolaire et des examens, les inspecteurs ont aussi proposé l’organisation de cours de rattrapage et de renforcement dans les établissements scolaires fortement touchés par la grève, sans pour autant préciser les modalités qui, d’après Gana Sène, seront définies par les inspections d’académie et les inspections de l’éducation et de la formation. Là aussi, on imagine mal des cours de rattrapage et de renforcement sans l’implication des enseignants. Puisque ce sont eux qui vont les dispenser. Ne fallait-il pas mettre fin à cette grève et essayer avec tous les enseignants de discuter d’un plan de sortie de crise ou d’un réaménagement de l’année scolaire et du calendrier des examens ? Cette option semble plus réalisable surtout qu’en ce moment élèves et parents d’élèves sont plus qu’angoissés. Une situation qui risque de dégénérer dans la mesure où les élèves de plus en plus désœuvrés investissent la rue et usent de la violence pour réclamer la reprise des cours.
ndieng@lequotidien.sn

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