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Un Comité régional de développement consacré à la mortalité maternelle s’est tenu le vendredi passé à la gouvernance. Le nombre de décès notés en 2016 est de 115, une hausse par rapport à celui de 2015 qui était de 90 cas recensés. Un plan régional est envisagé pour faire reculer la mortalité maternelle.

La situation sanitaire dans la région de Diourbel est alarmante. C’est parce que dans cette circonscription administrative, aucun centre de santé ne dispose de bloc chirurgical. Les infrastructures sanitaires de même que le personnel sont en deçà des normes fixées par l’Organisation mondiale de la santé (Oms) ; d’où l’appel lancé par le médecin-chef de la région médicale de Diourbel à l’endroit des décideurs pour «augmenter le nombre de spécialistes et des infrastructures sanitaires». D’ailleurs, ce déficit impacte négativement la prise en charge des femmes en état de reproduction. En 2016, il a été relevé 115 cas de mortalité maternelle. L’hypertension artérielle et les complications constituent la première cause de décès des femmes avec 41%. Elle est suivie de l’hémorragie avec 24%. Les femmes qui décèdent le plus sont celles dont la tranche d’âge est comprise entre 15 et 19 ans.
Interpellé sur cette recrudescence de la mortalité maternelle, le médecin-chef de la region médicale explique : «C’est que la région ne dispose pas suffisamment d’infrastructures en termes d’hôpitaux, de centres de santé, de services d’accueil. Mais ce qu’il faut encore retenir, même ce que nous avons n’est pas bien utilisé. Les femmes ne viennent pas faire leur Cpn, une bonne partie accouche à domicile, les programmes de planification familiale ne sont pas bien utilisés. En 2016, on a eu 115 décès notifiés dans les structures de santé de la région. Evidemment, il y a des décès qui surviennent dans les maisons, les villages et qui ne sont pas peut-être connus des personnels de santé. Ceux qui sont connus sont au nombre de 115. Et il faut dire que c’est très élevé parce que dans les régions limitrophes, on n’a pas ce nombre. Une région qui est à côté de nous qui a peut-être 70 et 80 et l’année passée on était à 90 décès maternels, en 2014 à 75. Tout cela semble montrer qu’il y a une progression de ces décès.» Expliquant cette mortalité maternelle, Dr Mboup note : «Ce qui l’explique, c’est beaucoup de choses. On a l’habitude de dire dans le jargon médical que les femmes décèdent parce qu’il y en a trop. Il y a des grossesses trop précoces avec les jeunes filles qui posent toujours des problèmes, l’adolescence des jeunes filles. Les grossesses trop rapprochées, si on ne fait pas la Pf, moins de deux ans tu peux avoir une grossesse. Les grossesses trop tardives aussi. Souvent dans nos communautés, nos mamans font plus de six enfants. Plus on a d’enfants plus le risque de mortalité est élevé. L’autre chose, c’est le retard de référence au niveau des structures de santé. Une femme enceinte qui a une grossesse compliquée doit rapidement venir au niveau des structures. Mais on sait que nos femmes n’ont pas souvent la possibilité de prendre une décision de leur propre santé. Ensuite, il y a des problèmes de transport au niveau communautaire qui font qu’elles arrivent tardivement dans les structures de santé. Ensuite, il faut le déplorer, quand elles viennent au niveau des structures de santé, il va y avoir des retards de prise en charge ou bien des défauts de prise en charge. Tout ça, ce sont des causes et des facteurs de mortalité maternelle.» Il n’y a pas que seulement le déficit en infrastructure et personnel qui est pointé du doigt. Il y a aussi l’accueil des patientes. Dr Mamadou Dieng, médecin-chef du district sanitaire de Touba, est en colère contre certaines pratiques : «Il y a des problèmes au niveau des services de santé. Il faut qu’ils soient mieux outillés. Des fois, des patientes sont renvoyées avant même qu’elles ne descendent de l’ambulance qui les transporte. Il arrive que la malade fasse le tour des hôpitaux. Il y a aussi des pratiques à dénoncer. Il faut revoir aussi la capacité d’accueil des structures. L’accueil et le comportement des agents de santé nécessitent des corrections. Dans le système, il n’y a pas de sanctions. Ce qui ne facilite pas la remédiation à certaines choses.» Le médecin insiste : «Il y a des gens qui sabotent en disant que le planning familial vise à diminuer la population. Or, tel n’est pas le cas. Il faut aussi que les badiénu gox parlent de planning familial et que les gens donnent du sang pour sauver des vies.» Face à tous ces manquements notés, qu’est-ce qu’il faut faire ? «Je pense qu’il y a un important travail de sensibilisation à faire pour inciter ces femmes à venir. Evidemment dans les structures de santé, il faut qu’on y réfléchisse. Si on prend l’exemple de Touba, une grande ville qui fait plus d’un million d’habitants, avec un seul centre de santé ça pose problème. La solution c’est de voir comment multiplier les centres de santé au niveau de la ville pour prendre en charge les besoins des populations. Il y a des stratégies qui relèvent de l’Etat. C’est tout ce qui est renforcement de structures de santé, le personnel, l’équipement. Mais ce que nous voulons, c’est de voir au niveau des communautés comment on peut faire pour que les femmes soient surveillées quand elles sont en grossesse, soient référées à temps pour qu’on puisse les prendre en charge, mais aussi qu’on puisse avoir par exemple du sang dans les structures de santé. On a vu que ce qui tue les femmes c’est des hémorragies. Nous devons avoir des banques de sang, une disponibilité de sang qui peut sauver ces femmes qui accouchent. Donc, il y a un grand nombre de solutions qu’on va même mettre dans un plan régional de lutte contre la mortalité maternelle. Parce que lutter contre la mortalité maternelle demande l’implication de tous les secteurs, pas seulement la santé, mais l’éducation, les autres secteurs en tout cas coalisés pour mettre en place des stratégies pouvant nous aider à faire baisser cette mortalité.»
badiallo@lequotidien.sn

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