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«Retards de salaires, absence de paiement des charges sociales et fiscales, manque de prise en charge médicale». Tels sont les maux qui affectent l’Isra, à en croire ses employés. Soucieux de cette situation, ces derniers regroupés au sein d’une intersyndicale ont tenu hier une Assemblée générale avec les employés pour attirer l’attention des autorités et de l’opinion.

Les signaux sont au rouge à l’Institut sénégalais de recherche agricole (Isra). La situation financière qui prévaut depuis quelque temps dans cette structure inquiète fort les travailleurs. «C’est une situation préoccupante avec une crise financière aigue marquée par le non-versement de la 4e tranche du budget de 2017, l’amputation d’une bonne partie du budget de 2018», a révélé hier au cours d’une Assemblée générale Dr Tamsir Mbaye, secrétaire général du Syndicat des chercheurs et membre de l’Intersyndicale des travailleurs de l’Isra. D’après lui, «l’année 2018 a été marquée par des retards récurrents de paiement de salaires et pis, l’Isra ne paie que les salaires nets maintenant. Les charges sociales et fiscales sont suspendues. La prise en charge médicale n’est plus assurée parce qu’au niveau des hôpitaux nous sommes rejetés, parce que l’Isra n’a pas payé ses factures parce qu’il n’a plus de trésorerie». Et Dr Mbaye d’ajouter : «L’Isra se trouve aujourd’hui dans une situation inexplicable qui ne lui permet plus de faire face à ses charges de fonctionnement, c’est-à-dire payer les salaires, prendre en charge médicalement ses travailleurs, payer les charges d’électricité, eau et téléphone.»

Les employés menacés par la direction
Au regard de cette situation qui n’augure pas des lendemains meilleurs pour l’Isra, les travailleurs ont tiré la sonnette d’alarme pour sauver leur outil de travail. «Nous avons saisi d’abord les autorités en interne, le Dg et son staff, nous avons rencontré en audience le ministre de l’Agriculture qui assure la direction technique de l’Isra qui a pris beaucoup d’engagements qui n’ont pas été respectés. Par la suite, nous l’avons relancé par une correspondance. Malheu­reu­sement, sa réponse laconique et évasive témoigne de soit son incapacité à prendre en charge les problèmes posés, soit son indifférence. C’est par la suite que nous avons décidé d’aller à un niveau supérieur en faisant une lettre ouverte au président de la République», a-t-il expliqué. C’est à la suite de cela que ces travailleurs ont décidé d’observer un sit-in afin d’attirer l’attention des autorités et du Peuple. Mais d’après Dr Tamsir Mbaye, cela leur a valu des menaces au sein de l’Institut. «Au mois de janvier, nous devions tenir un sit-in et nous n’avions pas l’habitude de voir ça au sein de l’Isra. Par rapport à ce sit-in-là, des stratégies avaient été déployées par les autorités pour menacer les travailleurs afin qu’ils ne se présentent pas au sit-in», a-t-il dénoncé.
L’Institut sénégalais de recherche agricole reçoit annuellement 4,5 milliards de francs de l’Etat, soit 45% du budget du fonctionnement. Selon le secrétaire général du Syndicat des chercheurs, ce budget n’arrive pas à couvrir toutes leurs préoccupations. Pour combler le reste, «ce sont les chercheurs, à travers les conventions de financement avec les bailleurs qui ont leurs propres moyens, qui essayent plus ou moins de combler avec beaucoup de difficultés», dit-il.

«Dr Papa Abdoulaye Seck, le pire ministre de l’Agriculture que l’Isra n’a jamais connu»
Autre problème soulevé par les employés, c’est le manque de recrutement. D’après les révélations de Tamsir Mbaye, il n’y a que 120 chercheurs et assimilés à l’Isra qui font toute la recherche. Ce qui est humainement impossible, note-t-il, avant de rappeler que c’est le ministre de l’Agriculture lui-même qui, en 2015, avait dit qu’il allait mettre en place un programme de recrutement de chercheurs et des techniciens, mais cela n’a jamais été fait. Ce qui l’amène à dire que Dr Papa Abdoulaye Seck est le pire ministre de l’Agriculture que l’Isra n’a jamais connu.

L’oisiveté du directeur général décriée
Le directeur de l’Isra en a pris aussi pour son grade. «Il perçoit 5 millions de francs par mois. Il doit être en mesure d’apporter au moins un milliard dans la caisse, mais rien de tel. Depuis 2013 qu’il est à la tête de l’Isra, il n’a fait entrer aucun sous», accuse le syndicaliste Mbaye. Qui rappelle : «Il n’est directeur pour signer seulement les documents. Il doit faire du lobbying pour décrocher de gros financements et demander des résultats à ses chercheurs.»
En outre, les syndicalistes réclament un ancrage institutionnel. «En 1974, quand on créait l’Isra, il comprenait l’ancrage institutionnel au ministère du Développement rural qui regroupe le secteur primaire. Mais avec l’éclatement des ministères, cela ne se comprend plus parce que beaucoup de Sénégalais pensent que l’Isra ne travaillent que sur les semences. Or nous sommes sur la pêche, l’élevage, l’environnement, les forêts, les aspects sociaux économiques alors que les ministères de ces domaines ne donnent pas leur budget à l’Isra», révèle-t-il en indiquant que le risque d’aller vers un échec est très élevé si l’ancrage institutionnel n’évolue pas vers plus de transversalité.

Un Dg aphone
Le Dg de l’Isra est jusqu’ici resté aphone. Nos tentatives pour le joindre hier par téléphone ont été vaines. Même l’envoi d’un sms n’a pas permis de recueillir la réaction de Alioune Fall aux accusations des syndicalistes de sa boîte.
justin@lequotidien.sn

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