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Patrick Bernier et Olive Martin ont été séduits par le tissage manjack lors de leur séjour au Sénégal, il y a quelques années. En résidence à Raw material compagnie, ils comptent approfondir les recherches qu’ils avaient entamées sur le sujet avec la réalisation d’une série de pagnes tissés.

Patrick Bernier et Olive Martin se sont rencontrés à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris. Ils collaborent depuis plusieurs années et développent un travail polymorphe alliant l’écriture, la photographie, l’installation, le film, la performance. Mais depuis leur séjour au Sénégal, ils se sont pris d’amour pour le tissage manjack, qui présente des complexités techniques passionnantes et qui produit aussi des motifs très beaux, selon Olive Martin. C’est pourquoi, ils se sont engagés à collaborer avec un premier tisserand et 3 ateliers tisserands en 2016. Trois ans après, l’équipe avait le désir ardent de revenir pour pouvoir approfondir leurs connaissances sur ce tissage au cours d’une résidence à Raw materials. «On a la chance de pouvoir venir cette fois ci, nous ne sommes là que 3 semaines, c’est très court mais nous reviendrons», soutient l’artiste plasticienne sourire aux lèvres. Entre Olive et Patrick et les tissus, c’est une longue histoire. «On avait des teintures tissées pour des raisons familiales et il y a des grands parents de Patrick antillais, qui ont travaillé en Afrique de l’Ouest en tant qu’administrateurs des colonies. Donc c’est une histoire assez ancienne et ces teintures que nous avons en héritage, nous ont donné le goût des tissus», explique Olive. Il y a également cette relation coloniale qui préoccupe les deux Nantais et ils se sont rendu compte qu’ils pouvaient la questionner par le tissu. «Après, c’est un enchaînement de circonstances, une pratique tisserande que nous n’avions pas et dans laquelle on s’est lancés en amateurs et qui nous a totalement absorbés», confie Mme Martin. Elle ajoute qu’ils sont parvenus à tisser en autodidactes. «On s’est rendu compte que les tisserands ici fabriquaient eux-mêmes leur métier à tisser. Donc, on s’est sentis en amateurs, on aime bien travailler avec nos mains et on a commencé à produire un tout petit métier à tisser comme peuvent le faire les enfants», dira-t-elle. Et de fil en aiguille, ils ont fini par atteindre un certain niveau qui leur permet aujourd’hui de dialoguer. «Notamment, on a une langue tisserande. On peut dialoguer avec des tisserands manjacks ou sénégalais dont nous ne partageons pas toute la langue», fera savoir en sus Olive. Leur 1er objet tissé, est un tapis de jeu d’échecs. «Donc on a détourné un peu cette technique, on est passé du pagne en format plus petit pour en faire effectivement un objet utilitaire». Et de là, ils ont eu le désir de tisser plus grand puisque que la technique leur a plu et ils ont tissé une grande teinture.
Aujourd’hui, en passant par des collaborations avec les tisserands manjacks, ils ont abordé la question du pagne tissé appelé communément «seurou rabal» au Sénégal et probablement le projet qui les attend sera une série de pagnes tissés. Cela, même s’ils savent que la tâche est complexe. «Produire un motif c’est une grande complexité d’abord pour son harmonie et puis il y a l’harmonie et le sens qu’il porte. Donc, ça ne se fait pas n’importe comment. On a envie de se référer à la tradition mais on sait qu’il faut faire attention avec les signes de la tradition», souligne-t-elle. Il ne faut pas les employer n’importe comment, poursuit Olive Martin, qui pense qu’elle et Patrick ont aussi compris au travers de ces différents séjours et des rencontres récentes, les conversations avec les tisserands avec qui ils travaillent, que le pagne vit, ses motifs s’augmentent, se transforment en fonction du goût des gens, des désirs, mais aussi des sentiments.
mfkebe@lequotidien

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