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Avec la recrudescence des grèves dans les secteurs de l’éducation et de la santé, l’année sociale décrétée par le chef de l’Etat semble avoir pris un faux départ. Ça chauffe déjà.

Le Premier ministre Maham­med Boun Abdallah Dionne révélait lors de sa déclaration de politique générale que sur instruction du chef de l’Etat, la volonté du gouvernement est de faire de 2018 une «année sociale». Avec un pactole de plus de 1 161 milliards de francs Cfa, consacrés aux secteurs sociaux pour l’amélioration des conditions de vie et de travail. Une initiative dans un contexte difficile, où les maux du secteur deviennent de plus en plus persistants.
Le front syndical est en ébullition dans beaucoup de domaines, comme l’atteste la grande marche d’hier des centrales syndicales. Entre réclamations, hausse des salaires et quête d’une vie meilleure, les préavis de grève se superposent sur la table des autorités. De l’université aux collèges en passant par les hôpitaux, la grogne se multiplie alors que l’année n’est qu’à son premier mois. L’école est dans une zone de turbulence. Des mouvements syndicaux ont entamé la grève le jour même de la rentrée des classes, transformant le «Ubi tay jang tay» en «Ubi tay grève tay». Depuis, ils enchaînent débrayages et grèves totales. Le quantum horaire en souffre actuellement. «Pas de satisfaction, pas de recul dans la lutte syndicale», déclarait Sou­ley­mane Diallo, secrétaire général du Syndicat des enseignants libres du Sénégal (Sels). Ses collègues du Cadre unitaire syndical des enseignants du moyen secondaire (Cusems) n’en finissent pas de bouder les salles pour exiger la matérialisation des accords existants. Malgré leur rencontre du mardi avec différents ministres dont Serigne Mbaye Thiam, ils campent toujours sur leur position. En attendant l’arbitrage du Premier ministre Mahammed Boun Abdallah Dionne.
Les remous n’épargnent guère le milieu universitaire. Après la grève du Syndicat autonome de l’enseignement supérieur (Saes), les étudiants de l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad) ont pris le témoin en enchaînant cinq jours de grève et d’échanges de pierres et de gaz lacrymogène afin de percevoir leurs allocutions d’études ainsi que la subvention des mémoires. Loin des amphithéâtres, ils sont dans la rue, théâtre d’affrontements entre eux et leurs «éternels ad­ver­saires» : Les Forces de l’ordre.
Les lendemains sont aussi sombres pour les étudiants orientés dans le privé par l’Etat. Ils sont menacés d’exclusion à cause de plusieurs mois d’arriérés. «Depuis 2012, l’Etat du Sénégal a décidé d’orienter dans les établissements privés d’enseignement supérieur des bacheliers qui ne pouvaient pas accéder aux universités publiques, faute de places. Il se trouve que depuis 2013, des retards importants sont notés dans le règlement des sommes dues, occasionnant des cumuls d’arriérés. Pis, pour cette année, aucun établissement n’a encore reçu de paiement», a soutenu Abass Fall, vice-président de la Fédération des établissements privés d’enseignement supérieur du Sénégal (Fepes). L’avenir de ces centaines d’étudiants est aujourd’hui incertain.
Pendant ce temps, les problèmes sociaux bloquent le fil de l’Agence de presse sénégalaise (Aps). Par la voix de Bamba Kassé, les agents de la structure déplorent le traitement dont ils sont victimes au regard des autres structures médiatiques sous la tutelle de l’Etat du Sénégal, à savoir le Soleil et la Rts.
Le secteur sanitaire ploie aussi sous le poids de plusieurs «maux». La récente sortie du Syndicat autonome des médecins du Sénégal (Sames) a mis fin à l’accalmie qui prévalait depuis quelques mois. Boly Diop et ses camarades exigent du gouvernement le respect «des accords signés en 2014». Dans cette logique, ces médecins envisagent de paralyser le fonctionnement des structures sanitaires le 30 janvier prochain. Ils ont d’ailleurs déposé un préavis de grève. Le Haut conseil du dialogue social a du travail pour désamorcer cette bombe sociale.
Stagiaire

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