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La banalité des meurtres au Sénégal, la fuite des responsabilités des parents sur la question de l’émigration clandestine et les décisions de justice aux antipodes de l’islam demeurent le constat de l’imam de Layène, Mame Libasse Laye.

A Layène, le rituel ne change jamais. La couleur blanchâtre des boubous des fidèles décore à perte de vue l’immense enceinte de Yoff Diamalaye, lieu qui abrite le mausolée du fondateur de la communauté, Seydina Limamou Laye. Après la prière de la Tabaski, célébrée mercredi, l’imam Mame Libasse Laye s’est ému de la recrudescence des meurtres au Sénégal depuis quelque temps. La voix grave, le doigt pointé vers le ciel, le petit-fils de Limamou Laye met en garde : «Tuer une personne est devenue banale dans ce pays. Le Coran interdit formellement à quelqu’un de mettre fin à la vie de son prochain. Cet acte fait partie des 7 péchés les plus grands et qui mènent vers l’Enfer. On doit éviter la violence sous toutes ses formes. Toute personne qui tue va supporter la colère de Dieu jusqu’à la fin de ses jours. Un sévère châtiment l’attend après sa mort.»
Les rayons du soleil augmentent en corrosivité et percent le corps des fidèles transpirant. Pas de quoi entamer leur attentive écoute. L’imam, lui qui subit moins cette forte chaleur grâce à un parapluie porté par un fidèle, poursuit : «Lorsque 2 personnes se battent avec des armes et que chacune a comme intention de tuer l’autre, elles iront en Enfer. La personne humaine est sacrée. Seul Dieu qui l’a créée peut décider de la fin de ses jours. Celui qui s’arroge ce droit ne verra que du feu ici et dans l’autre monde.»
En outre, l’imam, également frère du porte-parole des Layènes Mamadou Lamine Laye, s’est prononcé sur l’émigration clandestine. Et connu pour son franc-parler, Mame Libasse Laye a accusé directement les parents de fuite de responsabilités. «Le nombre de personnes qui meurent dans l’océan dépasse l’entendement. Où sont leurs parents ? Ces derniers pour la plupart aujourd’hui ont fini de sacrifier leur progéniture. Les parents ne doivent pas laisser leurs enfants aller dans des endroits où il y a un réel risque de perdre la vie. Est-ce qu’on se rend compte des types de personnes rencontrées par le migrant ? Il peut partager une pirogue avec le malfaiteur, l’homosexuel, la lesbienne…», liste-t-il.
Enfin, durant son prêche qui a duré près d’une heure, l’imam a appelé les hommes politiques à cesser les invectives et les débats de borne-fontaine. Dans la gestion des affaires publiques, s’il a rappelé que le président de la République va rendre compte devant Dieu, le saint homme a insisté sur les décisions rendues par les magistrats. «Dans nos pays, on ne juge pas les gens en se basant sur les recommandations de Dieu. Les décisions de justice sont aux antipodes de l’islam, de la vérité», constate-t-il devant le ministre de Santé, Abdoulaye Diouf Sarr, et le préfet de Dakar, Alioune Badara Samb.
bgdiop@lequotidien.sn

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