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Plusieurs personnalités aux profils divers ont eu à gérer l’organisation du pèlerinage à la Mecque. Malgré les nombreux changements, les problèmes persistent. Les voyagistes privés dictent leur loi et les pèlerins en souffrent. Les voyagistes privés, qui sont mêlés au scandale de cette année, ont été placés sous mandat de dépôt hier après leur défèrement dans le cadre de l’affaire des 150 pèlerins laissés en rade faute de visa.

Au moment de se rendre à l’Est, des Sénégalais perdent souvent le Nord. On a beau essayer, on a beau changer, les problèmes persistent. Le terrain est de plus en plus glissant pour les pèlerins surtout avec la prolifération des voyagistes privés. Les agences se multiplient, les risques d’arnaque croissent et les victimes sont nombreuses. Le système est loin d’être fiable et sain malgré moult tentatives et chamboulements. Cette année, des voyagistes privés ont roulé dans la farine 150 candidats au pèlerinage qui ont déboursé entre 3 200 000 et 3 500 000 francs Cfa. Une énorme somme amassée par des véreux courtiers qui ne se soucient guère des pesanteurs sociales et des soucis des pèlerins. Leurs consciences sont les otages de leurs poches.
L’édition 2017 est déjà entachée de déconvenues. Des sanctions sont annoncées. Attendons de voir. Et pourtant, il y a un an, l’espoir naissait avec «l’année sabbatique». L’organisation était sans faute, aucune fausse note n’a été constatée. Aucun pèlerin n’a été laissé en rade. Le début du règne du Docteur Abdoul Aziz Kébé semblait annoncer des lendemains meilleurs mais l’optimisme n’a vécu que le temps d’une rose. Les couacs sont de retour. Des pèlerins en ont fait les frais. L’Etat promet le retrait des agréments aux récidivistes. Et pour la première fois, 3 voyagistes, pointés du doigt par leurs candidats, sont déférés au Parquet. Des arrestations qui serviront sans doute à éliminer petit à petit des agences fictives mais gourmandes. Et surtout d’arrêter la «mafia du visa». Hormis l’édition 2016 qui sort du lot, les campagnes se suivent et se ressemblent. On se souvient du pèlerinage de 2005.
Après les nombreux retards de vols, le transport des pèlerins est passé d’Air Sénégal à Zam Zam puis à Air Europa. L’une des plus difficiles. Surtout avec les conditions d’hébergement tant fustigées. Sans oublier le changement des dates des vols retour, mettant beaucoup de pèlerins dans une situation de détresse. Les difficultés constatées dans l’organisation avaient suscité la réaction du Premier ministre de l’époque, Macky Sall. Le 21 janvier de la même année, il proposait une réflexion en vue d’une réforme en profondeur du pèlerinage, qui concernerait le Commissariat général, la désignation des missionnaires, l’intervention des privés. Le nombre de pèlerins trop important, une mission d’encadrement bien définie. Des mesures qui n’ont toujours pas mis fin aux dysfonctionnements devenus routiniers. Le scénario est resté le même en 2006. Que des difficultés. Des voyagistes privés devant normalement convoyer 4 600 pèlerins n’ont pas respecté leurs engagements en enregistrant 474 pèlerins de plus que leur quota. Une situation qui avait sorti le Commissaire général au pèlerinage, El hadji Moustapha Guèye, de ses gonds. «Nous avons eu quelques difficultés avec les voyagistes privés. Le président de la République n’est pas content d’eux parce qu’ils n’ont pas respecté leurs engagements», déclarait-il. Donc le problème avec les voyagistes privés ne date pas d’aujourd’hui. L’Etat est depuis quelques années dans une logique de privatiser l’organisation du pèlerinage pour le rendre meilleur. En avril dernier, il a baissé son propre quota, passant de 1500 à 1000 pèlerins. L’objectif à terme, c’est que l’Etat n’organise plus, mais contrôle et supervise l’organisation du pèlerinage. Une tâche qui risque d’être difficile et lourde de conséquences avec certains voyagistes privés, qui épuisent leur quota pour ensuite négocier des visas ou sacrifier des candidats au cas échéant. Les évaluations ont toujours décelé des manquements liés à l’organisation et à la gestion du Hajj. Le rapport public 2012 de la Cour des comptes révèle des dépassements budgétaires et d’autres dépenses fantaisistes effectuées entre 2007-2010. Avec le passage du commissariat à la délégation au pèlerinage, l’Etat pensait pouvoir mettre fin à ces anomalies. Elles sont toujours là. Présentes et pressantes, elles coupent des têtes et imposent des changements. Pas mal de profils ont organisé le pèlerinage mais les problèmes persistent.

Différents profils, toujours des difficultés
Le secteur est complexe et miné par des difficultés, le siège est éjectable. Et pour y remédier, l’Etat a fouillé partout le messie, l’homme capable de redresser la barre et redonner au pèlerinage un nouvel élan. Beaucoup de personnalités se sont succédé à la tête de la structure chargée de l’organisation du pèlerinage à la Mecque. Après El Hadji Rawane Mbaye sous l’ère socialiste, le Président Abdoulaye Wade a nommé en 2001, l’Imam Cheikh Tidiane Aliou Cissé, commissaire au Pèlerinage. Un choix sans doute guidé par son appartenance à une famille religieuse, sa parfaite maitrise de la langue arabe et ses relations avec l’Arabie Saoudite. Un an après, il est remplacé par le Docteur Thierno Ka, un islamologue, intellectuel et chercheur à l’Institut Fondamental d’Afrique Noire (Ifan). Le succès n’était toujours pas là. En octobre 2004, l’Etat mise sur l’expérience en choisissant El Hadji Moustapha Guèye. Un Imam qui a été trente-trois fois à La Mecque dans le cadre de la commission au pèlerinage. Il saute à cause des difficultés et des polémiques sur l’organisation du Hajj. Après ces religieux, le gouvernement de l’époque semblait avoir perdu la foi à la gestion du pèlerinage par ces derniers.  «Nous sommes habités par la volonté de dire qu’on ne peut continuer de faire le pèlerinage comme cela se faisait il y a 25 ans. Le monde d’aujourd’hui est un monde qui bouge et qui change. Et nous avons besoin de nous adapter à ce monde. Pour cela, il nous faut des règles adaptées. Les religieux ont toujours été désignés depuis que le Sénégal a eu à organiser des pèlerinages. Mais, nous, nous pensons que l’organisation du pèlerinage est une affaire de management. C’est plus tard qu’il faut faire intervenir les religieux», affirmait le ministre des Affaires étrangères Madické Niang en 2010. Dès lors, il jette son dévolu sur Mansour Diop qu’il considère comme un professionnel des agences de voyage. A l’image de ses prédécesseurs, il n’a pas su apprivoiser les problèmes qui n’ont pas épargné sa gestion. Après le professionnel, l’Etat opte pour la rigueur. Un homme de l’Armée est aux commandes. Le général Dia avait la lourde mission de mettre fin aux multiples couacs. Il n’y arrivera pas. Le pèlerinage 2015 a connu beaucoup de problèmes, avant même le départ des pèlerins de Dakar. Il est aussi marqué par l’affaire des 59 pèlerins qui devaient effectuer le Hajj aux Lieux saints de l’islam et finalement obligés de retourner chez eux, faute de visa. On se souvient encore de sa phrase-choc : «Je n’ai pas le droit de démissionner.» Après cette expérience, il est remplacé par l’universitaire Abdoul Aziz Kébé qui dirige actuellement sa deuxième mission. Après une première campagne réussie, il vit en ce moment ce qu’ont vécu ses prédécesseurs : des pèlerins laissés en rade.
Stagiaire

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