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Après le procès en appel de l’ex-Président du Tchad Hissein Habré, «Le Quotidien» a accroché Reed Brody, ex-consultant de l’Ong internationale Human rights watch. Son nom est largement revenu lors des débats d’audience du procès. Il est décrit par la défense comme un des promoteurs de ce procès. Pour autant,  Reed Brody se dit fier du rôle qu’il a joué pour ce procès. Il est revenu sur ces critiques et son nouveau combat : résister à Donald de Trump, le nouveau Président des États-Unis, qu’il qualifie de dangereux pour les droits humains.

Vous vous êtes battu avec les victimes pour traquer et attraire Hissein Habré de­vant un Tribunal. Aujour­d’hui que justice a été rendue, qu’est-ce que vous ressentez ?
C’est une grande satisfaction. J’ai tenu la promesse que j’avais faite aux victimes. Je ne les ai pas amenées dans une impasse. A travers nos efforts communs, nous avons réussi l’un des plus grands exploits de la justice pénale internationale. Nous avons rendu justice aux victimes. Nous avons créé un précédent. Nous avons montré qu’en mettant les victimes au cœur de l’action, avec persévérance, on arrive à voir le bout du tunnel.

Durant tout le procès, la défense vous a vigoureusement attaqué. Elle vous a qualifié d’impérialiste et de promoteur de ce procès. Qu’est-ce que cela vous fait d’entendre ces critiques ?
C’est de bonne guerre. Ce sont les victimes qui m’ont cherché. Ce procès a commencé dans la tête de Souleymane Guengueng dans sa cellule de prison. Il avait dit que s’il sortait vivant de cette prison, il allait chercher justice. Ce sont donc les victimes qui sont venues vers moi, pas l’inverse. Je suis très fier de les accompagner. Je comprends la défense. C’est beaucoup plus difficile pour elle d’attaquer Souleymane Guengueng. Parce que nous avons réussi à mettre les victimes au centre de tout cela que c’est difficile pour Hissein Habré de se convertir en victime et de dire que c’est un procès politique. Souleymane Guengueng, Clément Abaïfouta et Jacqueline Moudeina ne sont pas des impérialistes. Ils ne sont pas des néocolonialistes. Faute de pouvoir s’attaquer à ces vrais héros, la défense m’attaque parce que je viens des Etats-Unis. Mais tout le monde comprend que je suis un avocat. J’ai aidé ces personnes à trouver justice.

Mais quand on dit que ce procès est politique, que ce sont les Occidentaux qui voulaient la tête de Habré qui en sont les promoteurs…
Hissein Habré est mal placé pour dire de tels propos. Il a été amené au pouvoir par Ronald Reggan. Il a été soutenu de bout en bout par les Etats-Unis et presque jusqu’à la fin de son règne par la France. C’est incompréhensible qu’il se mette maintenant à condamner l’impérialisme. Le moteur de ce procès ce sont véritablement les victimes. Nous avons eu ce procès parce que nous avons rompu la dichotomie Nord/Sud, Occident/Afri­que. A la Cour pénale internationale, on voit le Président du Kenya ou du Soudan maudire le méchant occident, le méchant Conseil de sécurité de l’Onu, la méchante procureure de la Cpi. Mais on ne peut pas faire ça avec Souleymane Guengueng ni avec Kaltouma Déffalah ou encore moins avec Robert Hissein Gambier (Ndlr : Tous des victimes du régime de Habré). Tous les accusés, que ce soit Pinochet, Milosevic ou Hissein Habré, cherchent à se convertir en victimes, à attaquer la légalité du Tribunal. Il n’y a pas un seul dictateur qui accepte et se dit : je suis d’accord avec ce Tribunal. Ils fuient leurs crimes et Hissein Habré fait exactement la même chose sauf que c’est beaucoup plus difficile, car nous avons restitué ce rôle aux vrais protagonistes qui sont les victimes elles-mêmes.

Vous n’êtes plus à Human rights watch. Qu’allez-vous devenir ?
Mon combat maintenant ce sera la démocratie et les libertés aux Etats-Unis.

Sont-elles menacées dans votre pays ?
Les libertés sont en danger. Avec l’élection de Donald Trump, il va falloir une résistance. J’ai participé récemment à une lutte des Indiens. J’étais très admirateur de la façon dont ils prenaient à cœur le rôle de défenseur de la terre et des eaux. J’étais aussi impressionné par le fait que ces personnes étaient les plus déshéritées des Etats-Unis. Et malgré cela, elles ont stoppés la machine grâce à leur mobilisation. Elles ont eu gain de cause et le pipeline a été arrêté. En ce moment, il faut multiplier les résistances aux Etats-Unis. Evidemment, Trump il a été élu. Il a eu moins de voix que Hilary Clinton, mais il a été élu. Donc c’est lui le Président des Etats-Unis. Mais sa plateforme électorale est dévastatrice pour les droits humains et les libertés. Donc, je vais participer à la résistance pacifique aux Etats-Unis.

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