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Le 2019 politique a été marqué par l’élection présidentielle du 24 février. Macky Sall, qui remettait en jeu son mandat, a été réélu dès le premier tour. Laissant de loin Idrissa Seck qui rate son pari de 5ème Président et Ousmane Sonko qui décroche une importante 3ème place. Et cela, sans Khalifa Sall et Karim Wade. Le climat n’était pas clément et le Président réélu avait besoin d’un quinquennat paisible. C’est le sens du dialogue national qu’il a lancé et qui a eu un écho favorable dans l’ensemble.

Y a-t-il plus politique qu’une élection présidentielle ? Le moment de choisir celui qui doit gérer tout un pays, tout un Peuple. 2019 a donc été une année électorale assez particulière, où la météo annonçait une température très chaude, malgré le froid de janvier et février. Parce que dès fin 2018, les nuages de l’emprisonnement de Khalifa Sall et de l’exil de Karim Wade qui s’amoncelaient petit à petit présageaient d’un orage de violences. Et en attendant que le sort des deux «K» soit scellé par le Conseil constitutionnel, il y avait l’obstacle du parrainage, une précampagne pour les candidats à la candidature, comme une présélection d’un concours. Parce que c’est là que tout s’est joué avant la sélection définitive. C’est la première fois que même les partis ou coalitions les plus solides sont confrontés à un tel examen dont la réussite n’est pas évidente. C’est que la caution a rarement été un gros souci pour les partis politiques qui n’ont jamais été mis à cette épreuve jadis singulièrement réservée aux indépendants. Et encore que c’était avec moins de signatures. Au coup d’envoi de la campagne de collecte de parrainages, l’on sentait déjà la tension et toute la peine de convaincre les électeurs, mais surtout de se conformer aux normes établies par l’arrêté ministériel. Si bien que sur la centaine de partis, coalitions et entités indépendantes qui avaient retiré cette fiche, plus de la moitié avait déjà renoncé à l’épreuve de cette collecte si complexe.
Au fur et à mesure qu’approche la date de dépôt des dossiers de candidatures, d’autres se préparent à d’éventuelles alliances. 27 ont finalement été reçus par le Conseil constitutionnel et doivent se soumettre au fastidieux et redoutable contrôle des signatures. A l’issue de la confrontation, plus de 20 dossiers ont été recalés faute de parrains suffisants et/ou valides. Commence alors une bronca des candidats ajournés contre les 7 «Sages» et qui accusent le Président sortant, Macky Sall, de vouloir «choisir ses propres adversaires». La société civile, qui était pourtant «rassurée» par le dispositif de vérification, a finalement émis des réserves sur la fiabilité de celui-ci. A l’issue de ce premier tour, il n’en restera que 8 qui ont franchi le cap du parrainage. Il s’agit de Macky Sall, Ousmane Sonko, Issa Sall, Karim Wade, Khalifa Sall. Alors que Idrissa Seck et Me Madické Niang ont pu régulariser, Malick Gakou, lui, a été recalé. Donc, en principe 7 sont en règle sur le parrainage. Mais il reste le deuxième tour de la vérification des autres pièces du dossier. Et là, Karim Wade et Khalifa Sall sont deux «K» à surveiller pour leurs dossiers judiciaires.

Karim et Khalifa
A l’image d’un examen de Baccalauréat, ces deux potentiels adversaires de Macky Sall ont eu une mauvaise note dans la matière «casier judiciaire». Le «jury» constitutionnel a estimé que Khalifa Sall et Karim Wade, condamnés respectivement à 5 et 6 ans de prison ferme, ne peuvent être ni électeurs ni éligibles sur la base du Code électoral modifié. Et puis, l’on savait déjà que sur leur carte d’identité et d’électeur biométrique figure la mention «personne non inscrite». Les décisions du Conseil constitutionnel n’étant susceptibles d’aucune voie de recours, ils sont définitivement écartés de la course à la Présidentielle du 24 février. Les Sénégalais vont choisir entre les 5 admis : Macky Sall, Ousmane Sonko, Issa Sall, Idrissa Seck et Madické Niang. Si beaucoup pensaient que le boulevard de la réélection de Macky Sall était ainsi ouvert, d’autres relativisaient et prévenaient qu’un report de voix du Pds et de Taxawu senegaal en faveur des candidats de l’opposition pourrait envoyer le sortant au second tour. Mais entre-temps, Abdoulaye Wade qui n’avait pas pu digérer l’invalidation de la candidature de son fils, exilé au Qatar, n’avait pas dit son dernier mot. Logiquement et c’est ce que beaucoup voyaient, il ne peut en vouloir aux quatre opposants au point de ne pas les soutenir. C’était encore plus plausible qu’il mise sur le leader de Pastef, le seul candidat qu’il avait reçu en grande pompe en pleine campagne électorale. C’était encore sa fameuse ruse du «clignoter à gauche pour tourner à droite». Wade souffle le chaud au Sénégal en demandant à brûler les bureaux de vote, mais sa connexion avec Alpha Condé semble le refroidir. L’on parle de «protocole de Conakry» qui se joue officiellement loin des oreilles de Macky Sall. Mais en tout cas, le tempérament et la température de l’ancien Président ont baissé. Ce n’est pas pour appeler à voter Macky Sall, mais c’est tout comme puisque sa consigne de voter pour les opposants sauf Madické Niang semble avoir fait l’affaire du sortant. En tout cas, Macky Sall a été réélu à 58,26%, loin devant Seck et Sonko.

Idy rate le coche, Sonko devient une réalité
De ce scrutin sans le Pds – historique – et Khalifa Sall, Macky Sall aura tout de même refait la géographie électorale. L’axe Dakar-Thiès-Diourbel souvent très déterminant et décisif pour la victoire d’un candidat n’a pu résister aux scores fleuve et cumul dans les autres régions et départements. C’est une des leçons de cette élection. Mais il y a aussi un retour de Idrissa Seck, donné pour mort, qui a su mobiliser autour de lui une large frange de l’opposition. Seulement, ce n’était pas trop lourd pour équilibrer la balance et envoyer Macky Sall au second tour. Encore moins Ousmane Sonko, la révélation, qui a approché le score de Seck, n’a pu secouer «le système». Le coup K.o était si dur à encaisser que l’opposition a contesté les résultats, mais sans aucun recours devant le Conseil constitutionnel. Et c’est parti pour un second mandat pour lequel le vainqueur aura besoin de calme pour dérouler son programme.

Dialogue national et politique
Dès la proclamation des résultats provisoires confirmant sa victoire, le Président réélu appelle au dialogue. Premier signe d’un climat apaisé : le Front de résistance nationale (Frn), regroupant les partis, coalitions et mouvements de l’opposition, participe à la journée du dialogue national le 28 mai. Même si certains avaient décidé de participer aux concertations politiques. Macky Sall trouve deux fortes personnalités réputées crédibles pour… crédibiliser «son» dialogue. Famara Ibrahima Sagna à la tête de la Commission nationale et le Gl Mamadou Niang pour gérer le volet politique. L’option est claire : Discuter de tout et aboutir à un code consensuel comme celui dit de Kéba Mbaye. Le hic était le boycott du Pds et c’est finalement un cas réglé après les retrouvailles entre Wade et Macky Sall lors de l’inauguration de la Mosquée Massalikoul Jinane. Une réconciliation qui s’est poursuivie avec la visite de l’ancien Président au palais de la République. Depuis, les concertations politiques avancent à pas de caméléon, même si certains accords ont été enregistrés. Il reste à l’équipe de Famara Ibrahima Sagna, installée la semaine dernière, de démarrer les concertations économiques, sociales et culturelles du dialogue.

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