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L’Administration territoriale est en train de faire sa mue. Et si les nouveaux textes qui la régissent sont adoptés, les autorités administratives auront, en plus des avantages actuels, toute la mainmise sur les services déconcentrés et seront les seules interlocutrices du pouvoir central. Elles seront les ordonnatrices de dépenses de tous les services évoluant dans leur circonscription. En attendant, il y a une résistance des administrateurs civils qui ne sont plus dans le commandement territorial et qui font tout pour que le texte déjà sur la table du président de la République ne passe pas.

Qu’est-ce qui bloque la création des corps des préfets et sous-préfets ? Cette interrogation vaut son pesant d’or. Alors que l’idée de réformer l’Admi­nistration territoriale est lancée depuis 2009, l’Etat peine à la concrétiser. Un administrateur civil, interpellé sur la question, confie : «Ce sont même certains de nos collègues qui ne sont plus dans le commandement territorial qui sont opposés à cette réforme.» Pour quelles raisons s’opposent-ils à la réforme ? «C’est parce que si elle aboutit, les préfets vont partir à la retraite à 65 ans. Ils auront des avantages comme le passeport diplomatique, entre autres, et certains pourraient être nommés au soir de leur carrière préfet honoraire. Certains administrateurs civils qui avaient quitté le commandement territorial pourront, s’ils le désirent, revenir. Il sera aussi créé par décret un statut particulier du cadre des fonctionnaires de l’Admi­nistration territoriale d’Etat chargés d’administrer les circonscriptions administratives.»
Cette réforme qui a déjà fait l’objet de deux Conseils interministériels avec le nouveau régime prévoit la création du corps de la préfectorale et celui de la sous-préfectorale. Avec elle, la région qui pouvait être administrée par tout fonctionnaire de la hiérarchie A sera maintenant exclusivement administrée par un fonctionnaire de la hiérarchie A appartenant au corps des préfets qui porte le titre de gouverneur. Il sera assisté dans ses fonctions de deux adjoints appartenant au corps des préfets et qui prennent l’appellation de préfet auprès du gouverneur, chargé des Affaires générales, et de préfet auprès du gouverneur, chargé des Affaires économiques et sociales. Il n’aurait plus d’adjoint au gouverneur chargé des Affaires administratives et d’adjoint au gouverneur chargé du Développement comme actuellement. Le département sera administré par un fonctionnaire de la hiérarchie A appartenant au corps des préfets qui porte le titre de préfet de département. Il est assisté dans ses fonctions par un adjoint appartenant soit au corps des préfets soit au corps des sous-préfets. Dans cette réforme, le sous-préfet ne sera plus nommé comme on le voit présentement avec des instituteurs, des agents techniques d’agriculture, d’élevage, mais dans le corps des sous-préfets. Il ne sera plus de la hiérarchie B1, mais de la hiérarchie A3 et sera recruté à partir de la licence.  Ces textes permettront, comme l’a souligné Sara Keïta, chef du centre des Services fiscaux de Diourbel, lors du Comité régional de développement tenu à cet effet vendredi dernier, «de verrouiller, d’assainir et de mettre des barrières à l’entrée». Il permettra aussi avec des effectifs réduits à l’entrée à l’école des postulants aux fonctions de préfet et de sous-préfet de savoir à quoi s’en tenir et de freiner les ardeurs de certains sortants très enclins à migrer vers d’autres stations sans servir au niveau du commandement territorial pour lequel ils ont été formés.
Ces textes, comme l’ont rappelé certains participants, auront le double avantage d’assainir la fonction de sous-préfet parce qu’on se rend compte que «n’importe qui peut y accéder. Il s’agira aussi de mettre fin à la dérogation qui a fini d’être une règle dans la fonction de sous-préfet parce qu’on rencontre du n’importe quoi. Il s’agira de revaloriser ce corps en le portant peut-être à la hiérarchie A3». Si ces textes sont adoptés et le décret d’application qu’est la Charte de la déconcentration pris, les autorités administratives auront la haute main sur les services déconcentrés de l’Etat.
badiallo@lequotidien.sn

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