PARTAGER

Journaliste écrivaine née au Sénégal, Sylvia Serbin est par ailleurs historienne de formation. Dans son essai «Reine d’Afrique et héroïnes de la diaspora», elle restaure les vaillantes femmes de la terre mère, de l’antiquité au 21e siècle. Un combat de reconstitution de la vérité historique qui lui a valu les assauts des «faiseurs d’opinions» qui tiennent à pérenniser leur version de l’histoire de l’Afrique.

Une des premières journalistes noires à Radio France Inter­nationale, après dix ans de recherche, Sylvia Serbin a produit en 2004 Reines d’Afrique et héroïnes de la diaspora. Cet essai historique, réédité en 2018, célèbre «ces reines qui ont guidé leur Peuple, ces résistantes hors du commun, ces mères qui ont forgé des destins de héros…». Ce livre est en effet à mi-chemin entre les sources orales et écrites. «J’ai consulté des archives et récits européens» pour retrouver des traces écrites sur les personnages évoqués dans l’œuvre. L’écrivaine, qui a présenté son ouvrage à Dakar cette semaine, cherche à confronter ces récits de façon empirique en investissant le terrain, en se référant aux sources orales pour en savoir davantage sur «le caractère des personnages», voire donner une âme à ses écrits. Une pérégrination dont les découvertes sont effroyables, car dans certains pays, les femmes ont été effacées de la généalogie sous prétexte que «dans la religion, la femme ne devait pas prendre les devants». Cette version de l’histoire présente 22 portraits de femmes qui ont vécu de l’antiquité au début du 20e siècle. Et ont par ricochet marqué l’histoire d’une quinzaine de pays. Le Sénégal notamment avec Ndatté Yalla Mbodji, reine du Waalo au 19e siècle et qui a résisté une dizaine d’années au gouverneur Faidherbe. Dans ce royaume a eu lieu en 1819 le «talatay Nder», (mardi de Nder). Ce jour-là, les célèbres femmes du village de Nder ont choisi le sacrifice collectif à l’esclavage maure. En Casamance, l’auteur évoque la figure de Aline Sitoé Diatta, prophétesse de Cabrousse qui, dans la période d’entre les deux guerres, a été la figure de proue de la résistance contre l’effort de guerre.
La reine Anne Nzinga du royaume Ndongo, baptisé An­gola par les Portugais, a également résisté pendant longtemps à la pénétration coloniale. Cette reine Ndongo parlait et écrivait en langue portugaise, ses missives furent envoyées au roi de Portugal et au Pape au 17e siècle. Elle est célébrée au Brésil et dans certaines communautés de la diaspora noire en Angola et aux Etats-Unis. En outre, l’essai retrace le vécu des Amazones de l’ancien royaume du Dahomey, du 17e au 19e siècle, actuel Bénin. Les plus expérimentées d’entre elles occupaient les fonctions de générale des différents régiments.
En plus de ces femmes africaines, il y a celles de la diaspora. La mulâtresse Solitude de Guadeloupe est un symbole de cette résistance contre le rétablissement de l’esclavage par Napoléon Bonaparte en 1802. Elle a participé à un grand mouvement de résistance qui lui a coûté une condamnation à mort. Les héritières afro-américaines ne sont pas en reste. Harriet Tubman, ancienne esclave qui avait fugué et a fini par sauver sa famille des fers de l’esclavage, Rosa Parks qui a tenu tête à l’Amérique ségrégationniste en refusant de céder sa place dans le bus à un passager blanc. Angela Davis, jeune universitaire qui, en 70, a fait face au système raciste des Etats-Unis.
Reines d’Afrique et héroïnes de la diaspora est, selon Sylvia Serbin, une manière de donner des références aux enfants africains et de la diaspora. Un devoir qui a fait face à une entreprise de spoliation d’usurpateurs de propriété intellectuelle. En effet, le premier éditeur français Sépia a, sans l’accord de l’écrivaine, fait une «fausse» traduction en Allemand, en enlevant 400 paragraphes de la première version constituée de 300 pages. Pis, cette version parue en 2005 était «truffée de contre-vérités» visant à discréditer ce travail scientifique. Devant les Tribunaux français et européen, l’auteure a été déboutée. Avec une voix empreinte d’émotion, Sylvia Serbin relate : «La justice française a décidé que s’agissant de l’histoire africaine, on pouvait l’interpréter de toutes sortes. A la Cour européenne des droits de l’Homme, ils disent que le dossier était égaré.»

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here