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Créé en 2010, le centre Guédiawaye hip-hop fait partie du décor de Wakhinane Nimzat. En un laps de temps, le G hip-hop a réussi à récupérer les délinquants, les rejets scolaires en les familiarisant aux métiers des cultures urbaines et à l’éducation civique. Du slam au graffiti, en passant par le rap, le maraîchage, le choix ne manque pas aux jeunes de Guédiawaye pour donner une autre orientation à leur vie.

Ça respire le hip-hop. Les murs entièrement tapissés de graffitis constituent la meilleure indication sur l’objectif de Guédiawaye hip-hop (G hip-hop). On voit des visages qui y sont tagués comme ceux de Malick Sarr alias Sarenzo, membre fondateur du centre Guédiawaye hip-hop et décédé au mois de février dernier. A côté de lui figurent d’autres personnages comme Nelson Mandela, Cheikh Anta Diop, Kwame Kourouma, Amilcar Cabral, Aline Sitoé Diatta, les héros de jeunesse des fondateurs du centre, implanté dans le ventre mou de Guédiawaye, Wakhinane Nimzat. Ces jolies images ne sont pas sur les murs pour embellir, elles sont plutôt porteuses de message d’espoir envers les jeunes pour qu’ils comprennent que l’Afrique a un legs. Et qu’ils doivent perpétuer le travail de ces «monuments» de notre histoire à travers le hip-hop, les nouvelles technologies, l’art,… Car à Guédiawaye hip-hop, les choix sont multiples pour ceux qui veulent être formés aux métiers des cultures urbaines. On y fait du slam, du rap, du Djying, du graffiti, break dance…
Situé dans un quartier réputé très dangereux, en l’occurrence Wakhinane Nimzatt, le G hip-hop a aussi un volet réinsertion qui permet aux anciens détenus issus de la localité de réintégrer la société. Vêtu d’un boubou et d’un «thiaya», des chaussures en plastique, et d’un bonnet qui cache à peine ses cheveux volumineux, Latir Sope Guèye, alias Babylone Faya, ancien détenu trouvé sur les lieux, n’a pas oublié les raisons qui l’ont conduit en prison. «A l’époque où on était plus jeune, on avait des grands frères qui vivaient dans la délinquance et en faisaient leur gagne-pain, mais comme on n’était pas assez mature on les enviait et je me disais que je vais être comme eux et c’est là que j’ai commencé à voler», explique-t-il. Non sans ajouter que sa situation familiale a joué aussi un rôle sur son comportement, car «nous étions très pauvres». Après 6 mois de détention pour avoir volé juste quelques jeans, le gamin qui avait à peine 14 ou 15 ans ne mesurait pas que sa vie avait basculé dans le mauvais sens. A sa sortie, Babylone n’avait qu’une seule envie : Evoluer dans la délinquance, favorisée par cet environnement qui pue le grand banditisme. Il dit : «Dieu merci. C’est au moment où je m’apprêtais à recommencer mes actes de banditisme qu’on m’a présenté à Sarenzo, Raoul, Fou Malade…. Ils m’ont dit : ‘’Mais boy tu as du talent, on te voit souvent avec du charbon de bois en train de dessiner sur les murs, viens à G hip-hop’’.» Ce n’était pas suffisant. Il a fallu être plus convaincant pour pousser Latir à renoncer à ses projets. «Je les ai rejoints en 2015 et j’ai acheté ma carte de membre. Par la suite, Malal m’a présenté un graffiteur qui a renforcé ma connaissance dans cet art», relate-t-il. Aujourd’hui, il est fier du chemin accompli, loin de la vie interlope : «J’ai acquis plus de professionnalisme en matière de graffiti. En plus, ce sont ceux qui me fuyaient avant qui me suivent aujourd’hui. Je rencontre aussi beaucoup de personnalités.» Grâce au G hip-hop, il a une meilleure hygiène de vie, des conditions d’existence enviables et est devenu en prime un graffiteur réputé. «On m’appelle dans des évènements, certains me sollicitent aussi pour que je leur fasse des dessins… Je n’ai plus besoin de prendre les biens d’autrui. C’est avec l’argent que je gagne à la sueur de mon front que j’achète des sacs de riz pour ma maman. Et cela, je le dois à ce centre», confie-t-il. Désormais, l’ex-détenu regrette ses actes. «Si je pouvais retourner en arrière, je ne ferais plus jamais ce que j’ai eu à faire dans le passé. Je demande pardon à tous ceux à qui j’ai fait du tort, que Dieu me pardonne aussi», implore-t-il les yeux baissés. Etreint par l’émotion, il espère aussi que ses «potes», restés toujours dans la délinquance, le rejoindront. Il tente de les convaincre de rejoindre le G hip-hop. En vain. Moustapha Sy, qui était élève avant d’intégrer ce centre, raconte qu’il a fait une formation en électricité industrielle, poursuit son chemin : «Mais je ne pouvais plus continuer parce que celui qui payait mes études était décédé et le payement était très cher.» Msy Ko, son nom de rappeur, détaille : «C’est un ami du nom de Tapha Sylla qui lui a proposé qu’ils fassent du rap ensemble. C’est ainsi que j’ai commencé ma carrière de hip-hop.» Il s’est inscrit en 2013 au G hip-hop, juste après son ouverture. «Je peux dire que c’est ici que j’ai grandi et acquis une certaine expérience de vie. G hip-hop m’a apporté beaucoup de choses, car si les gens m’adorent et apprécient ce que je fais, je peux dire que c’est grâce à ce centre. Vous savez, je suis sollicité même en dehors d’ici pour des concerts et autres», se vante-t-il.

Espace vert
G hip-hop, c’est aussi la nature, les fruits, légumes, fleurs… C’est le nouveau visage de l’espace jadis insalubre qui se trouve juste derrière l’école Pikine Est de Wakhinane Nimzat. L’ancien dépotoir d’ordures et nid de malfaiteurs est transformé en jardin botanique par les Volontaires verts, une association membre de Guédiawaye hip-hop. Le lieu a complètement changé pour ceux qui le connaissaient avant. Clôturé par des grilles, on ne peut pas louper ce centre créé il y a quasiment 3 ans par les Volontaires verts qui s’occupent du nettoyage, du recyclage des déchets plastiques, mais également enlèvent les ordures et plantent des arbres fruitiers. Fatimata Talla, présidente du réseau Fal, un groupement de femmes qui s’intéressent au maraîchage, au jardinage, gérant l’espace vert, campe les enjeux : «Nous nous sommes installées dans ce quartier en 1977. Mais ceux qui ont habité les lieux avant nous disent que tout cet espace-là était une forêt. Et c’est cette partie située derrière le mur de l’école Pikine Est où les habitants jetaient leurs ordures. A l’époque, personne n’osait passer là-bas aux alentours de 7h du matin et 18h du soir, car des agresseurs erraient par-là.» Un temps révolu. Après avoir enlevé les ordures quelque temps après, les populations sabotaient leur job en recommençant leurs vieilles habitudes. Et c’est cette situation qui a donné à Mme Talla l’idée d’aménager l’espace en un jardin. «Comme j’ai appris le maraîchage, j’ai proposé au G hi- hop de transformer cet espace en un jardin et c’est là que tout a commencé. C’est Malal Talla (Fou Malade) et Sarenzo qui sont venus en premier y planter des cocotiers et bananiers et des partenaires nous ont amené des matériels», confirme-t-elle. Avant cela, ils se sont rendus à la mairie pour dévoiler la nature du projet. «Et ils nous ont demandé si on n’allait pas déranger l’école. Mais heureusement, quand on a parlé avec le proviseur, il a été compréhensif et nous a encouragés. D’ailleurs, c’est lui-même qui nous a demandé de faire un branchement dans son école pour avoir de l’eau avant qu’on ait l’arrosage goutte-à-goutte», dit-elle. Et les encouragements ont commencé, l’initiative a connu une adhésion massive des élèves de l’établissement qui écrivaient sur des bouts de papier et les jeter dans le jardin. Elle explique : «Et quand on les lit, ce sont des remerciements et des encouragements par rapport à notre travail. Parce qu’ici, ça sentait mauvais avec les urines et les ordures. Mais on y a planté du basilic pour qu’ils puissent sentir une bonne odeur.» Mais ce jardin potager n’est pas fait pour ramasser de l’argent. «A chaque fois qu’on vend des fruits ou légumes, aussitôt on dépensait l’argent qu’on tire de cette vente-là. On peut dire qu’on n’y gagne presque rien, mais c’est l’amour que j’ai pour le maraîchage et la façon dont l’endroit a été transformé qui m’intéressent. Vous voyez, nous avons clôturé le jardin, mais cela n’empêche pas les gens de franchir les grilles pour voler ce qui les intéresse. Ici, il n’y a pas de sécurité et avec le peu de de moyens qu’on a, on ne peut pas prendre l’engagement de payer quelqu’un pour garder le jardin. J’ai pris beaucoup d’engagements volontairement, car j’adore ce que je fais», dit-elle.

Baisse du grand banditisme
Au début, ils étaient au nombre de 30, plus les Volontaires verts, à s’occuper du jardin. Certains ont jeté l’éponge parce que ça ne rapportait pas beaucoup. «Moi je ne blâme pas ceux qui sont partis, car ils ont une famille aussi à entretenir. Moi en tout cas, je ne reculerai pas», soutient Fatimata Talla. A l’en croire, le proviseur du lycée Pikine Est est très satisfait de la transformation de l’espace au point qu’il «m’a présentée au commandant de la police de Wakhinane Nimzatt qui m’a dit : ’’On agresse toujours dans ce quartier, mais ça a diminué’’. Donc, nous avons marqué quelques points.» Fatimata Talla espère le même écho auprès de tous les maires du département de Guédiawaye afin qu’ils les aident à trouver d’autres espaces pour y cultiver des pommes de terre. «Nous cultivons du bio. On n’a pas d’engrais et nous avons des problèmes d’eau. S’il y a des gens prêts à nous raccorder, nous n’allons pas refuser», invite-t-elle.

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