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Dans un rapport, le Centre de recherches océanographiques Dakar-Thiaroye (Crodt) note que la pollution a été mise en évidence à l’est de la baie de Hann et aux alentours du port dès les années 1970. Depuis, la qualité des eaux s’est progressivement dégradée. Dans une autre étude menée par Bouvy en 2004, il a été décelé des concentrations importantes de polluants type phosphate, nitrate, ammoniaque, coliforme. Aujour­d’hui encore, la pollution se poursuit et tous les chercheurs s’accordent à croire qu’elle est de source majoritairement anthropique (c’est-à-dire causé par l’homme). Le rapport d’étude d’impact environnemental et social du projet de dépollution de la baie, sorti en mai 2015 par l’Office national d’assainissement du Sénégal (Onas), détaille ainsi les sources de pollution de la baie de Hann : les rejets industriels et ceux domestiques d’eaux non traitées et d’exutoires pluviaux, des décharges sauvages… Parmi ces sources de pollution, on identifie les rejets industriels comme étant l’une des principales. Ils sont en effet le fait d’industries installées le long de la baie. Sur les 80% du tissu industriel sénégalais installé à Dakar, 60% gravitent autour de la baie. Ces industries, ne disposant pour la plupart d’aucun système de prétraitement des eaux usées, les rejettent après leurs activités directement en mer, sans aucun traitement. Certaines de ces matières qui se révèlent toxiques ont causé, avec le temps et l’absence de mécanismes pour dissiper cette pollution, la mort des phytoplanctons, des zones de frayère et la destruction de l’habitat marin qui attiraient les poissons, explique le technicien environnemental, Makhtar Diao. Natif du village de Hann, M. Diao souligne l’absence de contrôle durant l’implantation de ces industries : «On donnait des licences à quiconque puisque dans la plupart des pays, on pensait que l’industrie c’était le secteur du développement. On ne contrôlait pas vraiment la nature des industries. En 1920, plusieurs unités industrielles se sont installées dans la zone sans supervision ni contrôle des normes environnementales.» Conséquence : La baie, qui était jadis l’une des plus importantes nurseries, lieu où les poissons venaient se reproduire, est devenue le lieu où toutes ces industries rejettent leurs eaux usées et déchets sans prétraitement. Et à côté de cette pollution industrielle, celle domestique fait aussi rage.

Imaginaire lébou
Majoritairement peuplé de Lébous et en partie de Walo-Walo, le village de Yarakh est caractérisé par son important poids démographique et son habitat spontané. En interrogeant l’histoire du développement urbain de Hann-Bel Air, l’on retient que l’accroissement démographique de cette localité date de 1970. La sécheresse, ayant entraîné l’exode de la population rurale vers la ville, le village de Yarakh qui présentait beaucoup d’atouts sur le plan économique a vu sa population sensiblement augmenter. Avec une baie extrêmement douce et généreuse, les habitants se livraient à leur pêche sans gros soucis. La proximité de Yarakh avec le port et la zone industrielle faisait d’elle une cité dortoir pour les ouvriers. Le besoin de bras valides pour la pêche favorisait, par ailleurs, un fort taux de natalité dans le village traditionnel. Dans certains ménages, on pouvait dénombrer jusqu’à trente personnes. Ce creuset de populations avait non seulement entraîné la promiscuité, mais aussi un habitat sauvage, le village ne respectait aucune norme d’urbanisme, les gens s’installant partout. Il n’y avait pas de canalisation, ni de système d’assainissement adéquat. A Yarakh, les artères sont si étroites qu’elles ne laissent le passage aux camions de ramassage d’ordures, ni autres camions de vidange, comme le mentionne Cheikh Ahmed Tidiane Kandji, dans son article publié le 2 juillet et intitulé «Les sources de pollution de la baie de Hann». «L’étroitesse des rues menant aux concessions et la proximité de la mer, disait-il, sont les raisons principales du vidange des eaux vannes directement en mer. Certaines maisons inaccessibles aux camions de vidange et d’autres plus éloignées de la mer font la vidange de leurs fosses septiques à l’aide de trous de fortune creusés dans les ruelles. En outre, la baie de Hann est longée par des toilettes avec un système d’évacuation qui achemine directement leurs eaux vannes vers la mer, prise comme exutoire naturel.» Pour cette population, la baie constituait et constitue jusqu’à présent le dépotoir naturel des ordures ménagères et de toutes sortes de déchets. A en croire certains témoignages, cette pratique est inhérente à la culture de cette localité, car dans l’imaginaire populaire, on dit que la mer ne peut être «salie». «Les gens trouvent normal de jeter les ordures à la mer», soutiennent des acteurs engagés dans la dépollution de cette baie. Et malgré les efforts de sensibilisation de la commune et des associations, les habitants de Yarakh continuent de jeter leurs ordures en mer. Et pis, cette pollution est accentuée par la forme naturelle de la baie en bassin, cuvette, cul-de-sac qui fait que les déchets, versés à Thiaroye, Rufisque, Bargny et les restes des filets dormants des déchets solides au niveau de la mer, viennent échoir à Hann. Sur la plage, on retrouve toutes sortes des détritus : des habits, tessons de bouteille, pneus… Les branchements «clandestins» effectués sur les tuyaux de l’Onas n’aident en rien à sortir la baie de Hann de sa dégradation avancée.

L’Etat pollueur
Outre la pollution industrielle, la pollution domestique des habitants de Hann, les associations impliquées dans la lutte pour la dépollution de la baie identifient l’Office national d’assainissement du Sénégal (Onas) comme étant également à l’origine de la pollution de la baie. Créé depuis 1996, il avait pour mission de prendre en charge l’assainissement au Sénégal et donc du traitement et du drainage des eaux usées, mais aux yeux de certains riverains de la baie de Hann, il n’a pas rempli son rôle. L’Onas «pollue» la baie au même titre que les industries à travers le Canal 6, désigné comme le plus grand pollueur. «Il ne faut pas se voiler la face. Les premiers pollueurs c’est l’Onas, car les effluents qui polluent la baie passent par ses canaux. La quantité d’eau déversée par ses canaux est largement supérieure aux rejets de population», souligne Mbacké Seck, président de l’Asc Yarakh, qui se présente comme la «sentinelle» de la baie de Hann. A sa suite, le communautaire Maodo Faye défend le même argument. «L’Onas est le premier pol­lueur parce que ses canaux, qui devaient seulement servir à l’évacuation des eaux pluviales, sont utilisés à des fins d’évacuation des eaux usées.» Des eaux qui, remarque-t-on, viennent directement des fosses. «Ndox mou neubé noonou, mou xassaw noonou, bou polluer nonou, meussou maka guiss. Moo gueuna nioul huile. Mo gueuna xassaw ndoxou douss !» (Ndlr : Je n’ai jamais vu pareille eau que celle que déverse le Canal 6. Une eau aussi polluée, aussi dégueulasse que noirâtre. C’est pire même que les eaux qui proviennent des fosses), s’écœure encore M. Faye déplorant, que des ca­mions venant des différentes localités de Dakar fassent des vidanges ininterrompues d’eaux vannes et usées dans les canaux à ciel ouvert (Canal 6 et Canal 6 bis). Pas moins de 16 émissaires drainent quotidiennement à la baie de Hann des eaux usées non traitées. Une pollution lourde de conséquences !

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