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Le Président Léopold Sédar Senghor voulait faire de Abdoulaye Wade son vice-président. Et après son départ du pouvoir, la première dame, Colette Senghor, avait souhaité le voir succéder à son mari. Ce sont là les confidences du Président Abdoulaye Wade hier au musée Senghor où il était allé présenter ses condoléances suite à la disparition de Colette, décédée en France le 18 novembre et inhumée au cimetière Bel-Air à Dakar.

Que de révélations hier à la résidence Léopold Sédar Sen­ghor, sise sur la Corniche! Abdoulaye Wade s’est confié lors de la cérémonie de présentation des condoléances à la famille après le décès de Colette Senghor le 18 novembre en France. «En vérité, dit-il, je voulais que ce soit Wade qui me succède mais il est allé créer son parti et a déjoué tous mes plans», ainsi se serait exprimé Senghor lors d’une soirée de Gala en France, si l’on en croit Abdoulaye Wade. Le Président Wade a aussi révélé que Senghor lui avait même proposé le poste de vice-président et l’intermédiaire choisi pour transmettre ce message était M. Mansour Kama, président de la Cnes.
Leur premier rendez-vous, a-t-il déclaré hier, fut à Paris, à l’hôtel Terminus de Saint-Lazare, et d’autres s’en sont suivies. «Il fut convenu que je serai installé vice-président au mois de mars, après le congrès de l’Union progressiste sénégalais (Ups), étant rappelé que nous étions en juillet (1978 ?)», précisera l’ancien chef de l’Etat.
Mais d’après Wade, le projet n’eut pas de suite et l’histoire en fournira les explications, racontera-t-il sans rentrer dans les détails. «En tout cas pour Collin, je ne faisais pas preuve de beaucoup d’enthousiasme pour quelqu’un qui voulait être président de la République. Le projet traîna et se perdit dans les sables de la politique avant le mois de mars», s’est remémoré le Secrétaire général du Pds. Mais d’après toujours l’ancien chef de l’Etat, des années après, la Première dame de l’époque, Colette Senghor, le revoyait successeur de son mari. «Mme Senghor m’appréciait beaucoup et m’avait en estime. Ce n’est pas révéler un secret que de dire que lorsque Senghor a annoncé son départ et que les paris sur son remplaçant furent ouverts, au cours d’un diner de famille au Palais, Mme Senghor et son fils Philippe penchèrent plutôt pour moi. Mais, par la suite, le patriarche en décida autrement», a ajouté Wade qui était vêtu d’un grand boubou blanc avec un bonnet rouge sur la tête. C’est Abdou Diouf qui en effet, remplaça finalement Senghor au pouvoir.
Par ailleurs, Abdoulaye Wade a raconté que les conditions du départ de Senghor étaient moins simples qu’il ne se dit. Néanmoins, pour sa part, il a promis de revenir sur cette question dans ses mémoires. Senghor, se souvient Wade, m’appelait Ndiombor et, pendant la campagne électorale, m’interpellait sous ce nom.
D’après le Sg du Pds, ses relations avec Colette, cette «grande dame, aimable et discrète», datent de l’année 1951. A cette époque, dit Wade, il était étudiant à Paris, la défunte était la secrétaire du député Léopold Sédar Senghor à l’Assemblée nationale française.
Après le Président Wade, le président de l’Assemblée nationale, par ailleurs président de la Fondation Senghor, Moustapha Niasse, est revenu sur les moments de retrouvailles entre Wade et Senghor. A titre d’exemple, il a évoqué la rencontre de Mogadiscio en Somalie, lors du sommet de l’Organisation de l’unité africaine (Oua) le 4 mai 1974. «J’étais au milieu de cet évènement-là qui a mené le Sénégal vers des lendemains de confirmation, de consolidation de la démocratie dans notre pays», s’est rappelé M. Niasse. Cepen­dant il n’a pas manqué non plus, de saluer la «beauté, la grandeur» du geste que Abdoulaye Wade a posé en se rendant à la résidence Léopold Sédar Sen­ghor, devenu le musée du même nom.
Il y avait du monde au musée Senghor, où les condoléances étaient reçues. Dans la délégation du Pds, on pouvait remarquer entre autres, Doudou Wade, Mayoro Faye, Toussaint Manga, Woré Sarr. Mamadou Diop Decroix, Amadou Tidiane Wone ainsi que d’autres, étaient aussi présents à la cérémonie. Mais aussi il y avait des hommes de lettres comme le poète Amadou Lamine Sall. «Venez placer vos appareils», avait demandé gentiment une vieille dame aux journalistes assis dans le jardin de la maison Léopold Sédar Senghor, ex «Dents de la mer». Lunettes sur le nez, elle était vêtue en noir, signe de deuil catholique. A l’intérieur, un homme, la soixantaine, veillait à la sécurité des lieux. «Si vous prenez des photos, vous risquez d’avoir des pépins», prévenait-il. Il veillait sur les objets d’art comme sur la prunelle de ses yeux. Il n’a pas hésité à mettre en garde les photographes qui tentaient de «voler» des images. A la demande de Moustapha Niasse, la soirée s’est terminée à la résidence de Abdoulaye Wade sous le vent frais dégagé par la brise de mer. Le président de l’Assemblée a déclaré : «Nous allons tous aller chez le Président Wade à la collation, le saluer, lui renouveler notre respect, notre attention et aussi par-dessus tout, l’encourager à continuer ces genres d’actes qu’il vient de poser et qui fait la grandeur du Sénégal. Parce que la culture ne connait pas les frontières politiques.» Avant de se rendre chez Wade, situé juste à quelques mètres, les deux hommes ont immortalisé ces moments de retrouvailles au pied de la statue de Senghor qui fait face à la maison, un peu en hauteur vers la mer.

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