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En recevant dans son salon, samedi passé, une délégation de représentants de l’Etat du Sénégal conduite par le gouverneur de la région de Kolda, le khalife de Médina Gounass, Thierno Amadou Tidiane Bâ, a cru bon d’enseigner l’histoire de cette cité religieuse fondée par son défunt père vers 1935. C’était à l’occasion du démarrage de la retraite spirituelle de 10 jours baptisée «Daaka».

C’est un évènement religieux, qui cristallise les attentions des populations de Tambacounda. Le gouverneur de la région de Kolda, Ousmane Kane, et une forte délégation d’autorités techniques et administratives départementales et régionales ont assisté, samedi passé, à la cérémonie officielle de lancement de la retraite spirituelle de 10 jours à Médina Gounass, dans le département de Vélingara au Sud du Sénégal. C’est le «Daakaa». Il se déroule dans un endroit situé à 10 km de la cité religieuse de la confrérie de la Tidjaniya. Auparavant, la délégation officielle a été reçue vers 17 heures au domicile du khalife à Gounass. Après les salamalecs et le service de boissons sucrées et bien glacées aux hôtes, le khalife a donné un cours d’histoire sur le processus de création du village de Gounass. La voix à peine audible, étouffée par le poids de l’âge certainement (84 ans), Thierno Amadou Tidiane Bâ a enseigné : «Ce lieu était une forêt. Dieu a décidé qu’il va accueillir des populations vers 1935. Lorsque le khalife Thierno Mahamadou Saïd Bâ (son père) est arrivé dans les parages, il a été accueilli par le chef de canton de l’époque Yéro Diénaba Baldé.» Il reprend : «C’était entre 1935/1936.Celui-ci lui ordonna de défricher le site de son choix pour y ériger son village. Un tour dans les environs et il indiqua à ses talibés un endroit et déposa ses bagages sous un arbre pour se reposer. De cette époque à aujourd’hui que de progrès et d’évolution par la grâce de Dieu. C’est Lui qui en a voulu ainsi.» Il poursuit : «A l’époque, les populations autochtones n’étaient pas très islamisées. Le khalife consacra une bonne partie de ses activités à enseigner le Coran et surtout à islamiser et à construire des mosquées. Rendons grâce à Allah.» Et puis d’inviter les pèlerins à pratiquer un islam de tolérance, de solidarité, de justice et surtout d’éviter de faire dans la provocation pour une stabilité de nos sociétés.

Fondateur de Gounass
Le premier khalife de Gounass, Thierno Mamadou Saïd Bâ, est né  vers 1900 dans le village de Thikité (département de Podor), au Nord du Sénégal. Il a eu plusieurs maîtres dont Thierno Yéro Baal Anne de Nguidjilone (Matam) et Thierno Hameth Baba Talla à Thilogne (Matam). Il aurait eu comme premier enseignant coranique, le maître de son père (Thierno Saïdou Bâ), Cheikh Moussa Camara. Celui qu’on a surnommé Siradji dine (le phare de la religion), dans son souci de pousser ses connaissances islamiques s’est rendu au Sud du pays, à Kolda puis à Médina Elhadji, village à 17 km de la capitale du Fouladou. Il y avait comme maître Seydi Aly Thiam. Il se mit modestement au service de se marabout  durant 6 ans. Celui-là avait des peulhs Fouladou comme principaux talibés.  Avant sa mort, Seydi Aly Thiam mit à la disposition du talibé très spécial dont il a détecté les qualités et dons spirituels, une centaine de disciples. Flairant que cet érudit ne serait pas très aimé à Médina Elhadji, il lui indiqua de s’installer à l’Est du département de Vélingara, dans un endroit qu’il n’aura pas de peine à identifier une fois sur les lieux. Ainsi cent talibés peulhs Fouladou l’accompagnèrent, en plus de ses deux épouses et d’un de ses hommes de confiance. C’était vers 1935. Le marabout a déposé ses baluchons dans la province du Kantora, dirigée à l’époque par Yéro Diénaba Baldé, habitant le village de Témento. Le  marabout et ses talibés fondèrent leur village, sur autorisation du chef de canton, à côté d’un cours d’eau, pour des raisons de commodités sociales. Ce cours d’eau s’appelait Kossobo. Et à côté, il y avait un village nommé Gounaye (ce qui devint Gounass). Il nomma le village Médina, en référence à Médina Elhadji, le village du département de Kolda d’où sont originaires la plupart de ses compagnons. Et comme à quelques km de là il y avait le village de Médina Pakane (il existe encore), on disait Médina près de Gounass, pour éviter toute confusion. Ainsi, au fil des ans, la locution prépositive, «près de» disparut pour donner Médina Gounass.
Le Fouladou d’alors était très faiblement islamisé, selon notre interlocuteur. Le fondateur de Gounass, prit son bâton de pèlerin pour l’islamisation de plusieurs villages. C’est dans ce contexte qu’il initia des périodes de retraite spirituelles pour prier, lire le Coran, invoquer Dieu pour avoir la force et le pouvoir de conquérir le cœur des peulhs du Fouladou en la religion de Mohamed (Psl). Ainsi naquit ce qui devint «Daaka», qui signifie en langue mandingue, campement/regroupement. Il construisit plusieurs mosquées et islamisa des milliers de fils du Fouladou.
A chaque fois que l’érudit peulh rencontrait de la résistance dans sa campagne d’islamisation dans un village donné, il fondait à côté un village où il créait une mosquée, une école coranique et laissait un imam. C’est le cas de Médina Pakane, qui voulut rester animiste. Il déménagea ses fidèles pour fonder les villages de Taoubatou, karamatou et Taïba­tou. Des villages qui existent encore à côté du village rebelle de Médina Pakane. Les exemples sont nombreux.
akamara@lequotidien.sn

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