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Moussa Baldé, ministre de l’Agriculture et de l’équipement rural, s’inscrit en faux contre ceux qui remettent en cause la qualité des intrants distribués cette année aux producteurs. Il évoque aussi les efforts de l’Etat pour la présente campagne agricole et fait état d’une «certaine opposition en panne d’idées» à la suite de la plainte des opposants Abdoul Mbaye et Mamadou Lamine Diallo contre Aliou Sall, Frank Timis et compagnie suite au dossier Aliou Sall-Petro Tim.

Monsieur le ministre, l’hivernage tarde à s’installer sur toute l’étendue du territoire national. Quelle lecture faites-vous de cette situation ?
Il faut dire que les services de la météo avaient prévu une installation tardive de l’hivernage, notamment dans le centre et le nord du Sénégal. Cela s’est avéré quasiment exact parce qu’au mois de juin, la mousson s’est installée dans l’est et le sud du pays jusqu’à hauteur centre sud, c’est-à-dire la zone de Nioro, de Koungheul etc. où on a eu dès le début de juillet des pluies utiles. On peut dire que l’hivernage s’est installé de manière correcte dans une bonne partie de la moitié sud du pays.
Par contre pour la moitié nord du pays, il a fallu attendre jusqu’au 24 juillet pour voir cette partie du pays arrosée de façon significative par les pluies. Nous sommes quand même toujours au mois de juillet. Si on compare avec ce qu’on appelle la période de référence 1981-2010, ou l’hivernage précédent, on peut constater qu’il y a un retard d’une vingtaine de jours. Mais il faut nuancer, parce que l’année dernière l’hivernage s’est installé à partir du 3 juin sur quasiment toute l’étendue du territoire, mais il y a eu une pause assez longue qui a vraiment compromis le bon développement des cultures. Dans plusieurs endroits, on a dû ressemer. Heureusement à partir du mois d’août, les pluies se sont installées de façon définitive et régulière. Ce qui nous avait permis d’avoir de bonnes moissons.
Tout cela pour dire qu’une saison des pluies c’est difficile à prévoir avec exactitude. On n’a pas besoin de trop de pluies, mais surtout des pluies qui sont bien réparties dans le temps et dans l’espace. Donc, comme le ciel a ouvert ce 24 juillet ses vannes dans tout le pays, nous espérons maintenant que nous allons avoir une activité pluviométrique régulière. Et dans ce cas, si la mousson nous accompagne jusqu’en fin octobre, on pourra se retrouver avec une très bonne campagne agricole.

Donc, on ne pourrait pas dire qu’il y aura des risques de déficit pluviométrique…
On ne peut pas parler de déficit. Les prévisions ont parlé de déficitaire à normal, ça veut dire que ça pourrait être déficitaire comme ça pourrait être normal. Ils avaient même prévu une situation un peu excédentaire dans le sud et le sud-est du pays. Donc, il faudra qu’on patiente pour voir quel sera le comportement de l’hivernage les trois prochains mois.

Que pouvez-vous dire par rapport à la mise en place du matériel agricole et des intrants ?
Pour ce qui est des intrants, je peux dire qu’au moment où je vous parle, les mises en place et les cessions sont quasiment terminées pour l’arachide et le riz. Au total, c’est environ 50 mille tonnes de semences d’arachide et 7 mille tonnes de semences de riz qui ont été mises à la disposition des producteurs à travers des commissions locales sous la supervision des autorités administratives.
En ce qui concerne les engrais, nous tournons autour de 50% de mise en place. Il faut dire que les opérateurs ont été un peu prudents pour l’engrais à cause du début mitigé de l’hivernage. Dans tous les cas, nous estimons que mi-août, les mises en place et cessions d’intrants seront définitivement bouclées pour la campagne agricole en cours.

Maintenant, qu’en est-il du matériel agricole ?
A propos du matériel agricole, il y a deux volets. Il y a le matériel lourd, les tracteurs, les moissonneuses qui sont subventionnés à hauteur de 60%. Depuis mon arrivé, plus de 50 bénéficiaires sont entrés en possession de leurs tracteurs sans compter les cessions au niveau des commissions régionales. Si on y ajoute les 10 tracteurs remis à des producteurs de Sédhiou via la Coopération italienne, je pense pouvoir dire qu’au moins 100 nouveaux tracteurs ont enrichi le matériel de labour de nos braves producteurs pour cet hivernage.
En ce qui concerne le matériel attelé qui reste très présent dans le paysage de nos champs, en ce début d’hivernage, nous avons mis en place dès le mois de juin, 17 mille unités qui sont composées de 15 mille semoirs et le reste réparti entre les houes sine et les charrettes équines et asines. Ce matériel subventionné à hauteur de 70% se vent très bien au niveau de toutes les régions du pays.

A propos de la campagne agricole, il a été fait état de beaucoup de couacs concernant les semences qui seraient en quantité insuffisante et pas en qualité. Que comptez-vous faire pour corriger ces impairs ?
Il faut nuancer cela. Au Sénégal, lorsqu’une personne crie faim on dit que c’est la famine. Le ressenti d’une ou deux personnes qui s’expriment dans les médias ne décrit pas forcément la réalité. A ceux qui disent qu’ils n’ont pas reçu de bonnes semences je suggère qu’ils le notifient à mes services. C’est comme ça que nous pourrons savoir s’il s’avère qu’ils ont raison pour assainir le système. La vérité, c’est que chaque année, on distribue des semences certifiées et des semences écrémées. L’objectif du ministère, c’est de diminuer petit à petit la quantité des semences écrémées au profit des semences certifiées qui sont a priori de bonnes semences.
En ce qui concerne la quantité, il est clair que le gouvernement ne prétend pas subventionner la totalité des semences. En moyenne, les semences d’arachide subventionnées représentent à peine la moitié de l’objectif d’emblavure. Il y a beaucoup de producteurs qui produisent leur propres semences et d’autres qui les achètent aux prix du marché. Le débat sur les semences est un débat sur lequel il faut aller avec beaucoup de sérénité, interroger les chiffres, voir la réalité, parler avec les techniciens.

Peut-on dire la même chose pour les engrais ?
Pour les engrais, c’est pareil. On est en train de mettre en place à peu près 100 mille tonnes, toutes formules confondues. Là aussi, c’est un accompagnement qui est censé aller vers des producteurs qui ne sont pas capables de payer l’engrais au prix du marché. C’est cela qui justifie la mise en place de commissions locales pour identifier les ayants droit.

Le Programme national d’autosuffisance en riz visait à atteindre l’autosuffisance en 2017. Tel n’a pas été le cas. Le président de la République avait fixé un nouvel objectif en 2019. Où en êtes-vous ?
Le Programme national d’autosuffisance en riz n’a pas effectivement atteint l’objectif numérique, c’est-à-dire un million six cent mille tonnes. Je me plais de répéter que cet objectif numérique a été calculé de la façon suivante : si on considère que tous les jours tous les Sénégalais mangent du riz local, alors en 2017, le Sénégal avait besoin de produire 1,6 million de tonnes.
Pour moi, l’autosuffisance en riz ou en n’importe quelle autre céréale, c’est que si un Sénégalais se réveille et qu’il veuille par exemple manger du riz local, alors il faudrait que ça soit disponible dans le marché. Actuellement, je pense que c’est le cas, car je ne suis pas sûr que nous soyons plus de 60% à vouloir consommer tous les jours du riz local. Notre riziculture a fait des bonds que nous envient beaucoup de nos voisins. Nous avons multiplié par 3 notre production en moins de 5 ans pour se hisser à plus d’un million de tonnes. Nous allons maintenir cette cadence et tenter de doubler la production actuelle. Mais plus que la culture du riz en elle-même, c’est une vraie culture de l’autosuffisance que je compte insuffler dans la conscience populaire. Atteindre l’autosuffisance sur le plan comptable est un objectif psychologique, mais le plus important ce sera de rester autosuffisant.

Depuis trois mois, vous êtes à la tête du département de l’Agriculture. S’il y avait un bilan à faire, lequel tireriez-vous ?
Ce qu’il faut dire, c’est que pour ce qui est de la campagne agricole, conformément aux instructions du chef de l’Etat et en relation avec le ministère en charge du Budget, on a réussi à faire en sorte que la mise en place des intrants se déroule convenablement. Tout ce que nous devions faire à notre niveau a été fait et dans les délais. Ça, c’était un défi qui était là, une urgence même. Ce défi, nous avons pu le dépasser de façon correcte et c’est encourageant pour nous.

Dans le domaine politique, les opposants Mamadou Lamine Diallo et Abdoul Mbaye ont déposé une plainte contre Aliou Sall et Frank Timis dans le cadre de l’affaire Aliou Sall-Petro Tim. Pensez-vous que cette plainte va aboutir ?
Je ne sais pas. Visiblement, ce sont ceux qui étaient les moins bavards à la Division des investigations criminelles qui sont allés porter plainte. Ce que je peux dire dans cette affaire, c’est que le bon Dieu a fait qu’on a découvert du pétrole au Sénégal. Il faut préciser qu’il gît tout de même au fond de l’atlantique et il faut le tirer de là. Le Président Macky Sall, avec ses gouvernements successifs, est en train de tout faire pour que la gestion de notre pétrole soit transparente, optimale et profitable à nos populations au maximum. Profitable à ceux qui sont là aujourd’hui et aux générations futures. Je suis sûr que les outils qu’il est en train de mettre en place permettront cela.
Maintenant, il y a une certaine opposition qui est en panne sèche d’idées et de projets et qui carbure au gaz et au pétrole du Sénégal, qui n’est pas encore là. Le Président Macky Sall a dirigé le Sénégal pendant 7 ans et les faits sont là. Sans l’argent du pétrole, il a fait en sorte que notre production de riz soit multipliée par 3. Il a fait en sorte que notre production d’arachide atteigne un million et demi de tonnes. Il a fait en sorte qu’on ait aujourd’hui 200 kilomètres d’autoroutes, soit 10 fois plus que ce qui existait depuis l’indépendance jusqu’à son accession au pouvoir. Sans le pétrole, il a fait en sorte que le Sénégal soit doté d’un moyen de transport moderne. Je veux parler du Ter. Sans le pétrole, nous avons aujourd’hui amorcé une transformation rurale grâce à des programmes phare que les autres pays nous envient, comme le Pudc et le Puma etc. qui sont de véritables ascenseurs sociaux. Le Peuple sénégalais a montré sa résilience par rapport aux manipulations internes ou externes utilisées par ceux qui polluent notre débat politique avec le gaz et le pétrole. Quand le pétrole jaillira, ils verront qu’ils se sont salis tout seuls.

Le dialogue national a été lancé par le chef de l’Etat en mai dernier. Mais depuis lors, c’est la partie politique qui est la plus visible et a récemment débouché sur une proposition de report des élections locales. Quel commentaire faites-vous ?
Je suis favorable à un report des élections locales. Je pense que ça nous permettra de mieux préparer ce rendez-vous crucial pour nos terroirs. On pourra ainsi affiner certains aspects comme le parrainage. Il y a aussi d’autres idées qui ont été émises comme l’élection directe des têtes des Exécutifs locaux. Donc je pense qu’avec un report des élections, on aura l’occasion d’approfondir et de consolider certains maillons de notre démocratie.

Mais il y a le Pds et une partie de l’opposition qui contestent ce consensus…
On ne peut pas décider ne pas participer et dire derrière qu’il n’y a pas de consensus. Je pense qu’il faut respecter ceux qui travaillent au niveau de ce dialogue. Ce sont des Sénégalais issus de partis politiques légalement constitués et de patriotes sincères connus pour leur engagement pour un Sénégal meilleur.

Est-ce que vous partagez l’idée d’élire les maires et les présidents de Conseil départemental au suffrage universel ?
Effectivement, de plus en plus il y a des gens qui pensent que les têtes de liste doivent être élues directement, soit maire, soit président de Conseil départemental. Je pense que c’est plus transparent. On a déjà vu des têtes de liste se faire souffler le fauteuil de maire avec des méthodes pas vraiment démocratiques. Je pense qu’effectivement que pour les populations, ça peut être frustrant d’élire une liste pour ne pas dire une tête de liste et voir derrière des conseillers s’allier avec d’autres coalitions pour des raisons inavouables la plupart du temps. D’un autre côté, cela peut donner peut-être trop de pouvoir aux maires ou aux présidents de Conseil vis-à-vis de leurs conseillers. C’est une question qui mérite un débat sérieux.

Il y a aussi le parrainage qu’on doit appliquer aux élections locales. Pensez-vous que cela pourrait prospérer ?
Le parrainage pour les Locales mérite également une petite attention. Parce que mon idée est que le fait de présenter une liste est une sorte de parrainage. Quand vous regardez ce qu’on va exiger comme signatures dans certaines petites communes, c’est à peine si ça dépasse le nombre de personnes sur la liste à présenter. On pourrait à mon avis s’épargner le parrainage pour les Locales. Mais vous savez, la loi c’est la loi. Et j’espère que le dialogue politique va trancher cela positivement.

Pendant presque 5 ans, vous avez dirigé le Conseil départemental de Kolda. Quel bilan tirez-vous de votre passage à la tête de cette institution ?
Les populations du département de Kolda ont plus de légitimité pour tirer ce bilan-là. Ce que je puis dire, c’est qu’il est de notoriété publique dans le Fouladou que ce qu’a fait le Conseil départemental de Kolda en cinq ans, l’institution Conseil régional qui avait plus d’envergure, plus de moyens, ne l’avait pas fait de sa création jusqu’en 2014.
Le Conseil départemental de Kolda a érigé pas moins de trente bâtiments dans nos collèges et lycées. Nous avons pratiquement équipé tous nos lycées et collèges de matériels  pédagogiques. Nous avons accompagné toutes les disciplines sportives et nos valeureux étudiants dans tous les campus du Sénégal. Pour la culture, nous allons entamer la construction du musée du Fouladou qui est un projet qui me tient personnellement à cœur. C’est là quelques éléments saillants d’un bilan tiré d’une utilisation rationnelle et optimale de nos ressources.

 

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