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La Chef de la mission diplomatique allemande au Sénégal, passe brièvement en revue l’état des lieux de la coopération entre les deux pays. Tout en déplorant la faible qualité des échanges économiques, elle montre l’ampleur des relations culturelles et des échanges dans le domaine de l’Edu­cation. Elle craint un recul net si le gouvernement décidait de maintenir sa position de supprimer certains langues étrangères, dont l’allemand.

Pouvez-vous nous faire l’état de la coopération entre l’Allemagne et le Sénégal ?
La coopération se porte très bien entre les deux pays, aussi bien au niveau des Etats que de la Société civile. Plusieurs des fondations politiques qui existent en Allemagne, travaillent ici avec la Société civile, les employeurs, les cercles religieux… C’est très varié, on a des Ong mais on a aussi, depuis le début de nos relations, une coopération universitaire, des échanges d’élèves et d’étudiants. Il existe  également dans notre coopération, un volet formation professionnelle. Le gouvernement allemand a vraiment investi dans le domaine de la formation, des échanges. C’est un peu notre politique, on ne veut pas seulement avoir une coopération au niveau gouvernemental, mais aussi sur le plan humain. Et on a réussi dans ce domaine. Et je peux vous donner un exemple récent. Nous avons un programme de coopération sur les énergies renouvelables, dans lequel  nous offrons aux Sénégalais la possibilité de se former en tant qu’ingénieurs en énergies renouvelables, en environnement. On offre des bourses et des possibilités de continuer la formation professionnelle en Allemagne.

Vous avez cité la coopération entre le Sénégal et l’Allemagne dans le cadre du développement humain, vous n’avez pas parlé d’investissements par exemple des entreprises allemandes, est-ce que c’est parce dans le domaine économique, le Sénégal n’est pas attractif ?
Avant je vais faire une petite correction, la coopération ne se fait pas seulement au niveau gouvernemental, il y a des fondations politiques, des institutions libres. Pour moi coopération, c’est une terminologie technique, on peut parler de coopération dans un sens plus large. Vous parlez des relations commerciales. Nous ne sommes pas satisfaits du niveau atteint en ce moment. On travaille dans  le but de l’intensifier. On a des membres d’une de nos institutions qui œuvrent dans l’organisation de nos entreprises en Afrique, qui sont venus  s’informer et qui vont intensifier la coopération. Mais pour que ça aboutisse, il faut y travailler.

Est-ce qu’on peut espérer de l’amélioration sur le plan commercial ?
Oui ça va s’améliorer. Je ne peux pas donner tous les exemples, mais il y a aussi des entrepreneurs allemands qui, le plus souvent, travaillent avec des partenaires sénégalais bien implantés ici. Ils créent même des emplois, ils produisent pour le marché sénégalais, mais aussi de la région. On avance, mais ça prend du temps.

Dans ces circonstances, comment appréciez-vous la décision du gouvernement du Sénégal de supprimer, à la longue, du programme scolaire, les langues comme l’allemand ?
Je suis en contact avec le gouvernement sénégalais là-dessus. Je me suis permis d’écrire à son Excellence le président de la République et j’ai l’impression qu’on pourra négocier cette décision. On sait que cette décision est basée sur un décret qui date de 2014. Dans ce décret, il n’est pas mentionné qu’il faut prohiber des langues. Mais maintenant on est à une phase d’appréciation, et là soudain, il y a l’approche des langues qui ne seront plus enseignées dans le cycle moyen. C’est seulement un volet de l’enseignement qui peut avoir des conséquences, et on a indiqué cela au gouvernement. Ça veut dire que très bientôt, on n’aura plus des gens qui sortent des collèges et capables de faire des études en allemand ou en Allemagne. Nos arguments ne sont pas de dire, il faut réviser cette approche de changer le curriculum dans les écoles sénégalaises. Il est clair que c’est la souveraineté du gouvernement. Ce qu’on ne comprend pas, c’est, pourquoi supprimer carrément des langues particulières. Dans ma lettre, j’ai évoqué la possibilité de donner l’occasion aux élèves et enfants qui le demandent et qui en ont besoin, d’apprendre la langue qu’ils veulent. Il faut dire que dans les années passées, la demande pour la langue allemande dans les écoles, dans les universités et dans notre institut culturel, était en hausse. Par exemple à l’institut Goethe, on a connu une augmentation de 30 ou 40%. Il y a cette demande et il y a aussi des jeunes  qui feront une formation entière en Allemagne. Mais sans l’apprentissage de la langue, ça va baisser. Nous disons que le Sénégal est un pays très ouvert. C’est évident que nous n’avons pas autant d’étudiants sénégalais qu’en France ou en Espagne chez nous, mais ce n’est pas une question de quantité. C’est une offre qui est là, acceptée par plusieurs jeunes. Et on leur donne cette possibilité de travailler et d’étudier en Allemagne et de revenir au Sénégal. C’est dans le sens d’un esprit de coopération dont les deux côtés vont profiter.
On a parlé de coopération économique et sociale, ce qui est aussi un argument fort. Si on a un entrepreneur qui se pose la question de savoir s’il va investir au Sénégal, ou intensifier ses activités dans ce pays, il va aussi regarder s’il aura la possibilité d’avoir des partenaires, des employés, qui ont déjà des relations avec l’Allemagne ou avec la langue. «Est-ce que je vais trouver du personnel qui sera capable de travailler dans une entreprise allemande ?». C’est dire que l’argument est important dans la décision d’investir.

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