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A Dakar, les Etats africains tentent de conjuguer une pratique qui résiste encore à la modernité, en s’attaquant à l’épineuse question relative à la pratique des mutilations génitales.

Le constat du Fonds des Nations unies pour la population (Unfpa) fait froid dans le dos : au moins 200 millions de filles et de femmes en vie aujourd’hui ont subi la mutilation de leurs organes génitaux. «Soyons audacieux en cessant cette pratique cruelle», a lancé Dereje Wordofa, directeur exécutif adjoint de l’Unfpa, hier lors de l’ouverture du sommet africain contre les mutilations génitales et les mariages d’enfants. Le Président Macky Sall était attendu, mais les centaines de files ont écouté le plaidoyer de Aminata Touré, présidente du Conseil économique, social et environnemental.
Pour mener à des changements durables, l’ancien Premier ministre croit en «la force et à la puissance de l’éducation qui éveille les consciences et élargit le champ des compétences accessibles aux individus et aux communautés». Cependant, précise-t-elle, éducation ne veut pas dire uniquement scolarisation. «Il ne fait aucun doute que les pratiques réputées préjudiciables au bien-être et au développement de la personne humaine reculeront forcément avant de disparaître certainement, lors­que chaque famille se sera appropriée la règle selon laquelle le futur souhaité n’est pas un point à atteindre, mais un projet à construire patiemment et lentement grâce à la bonne éducation des enfants des deux sexes, notamment les jeunes filles», préconise la présidente du Cese.
Pour cela, Mimi Touré estime que l’éducation généralisée à tous les niveaux et les effets de la digitalisation peuvent être une panacée pour un recul des mutilations génitales. «Les programmes d’alphabétisation fonctionnelle et l’accès universel au téléphone mobile et autres technologies ouvrent aux femmes rurales sénégalaises de nouvelles compétences techniques et sociales qui renforcent leur confiance et leur estime ainsi que ceux de leurs enfants des deux sexes», poursuit-elle, se réjouissant que le tabou soit enfin brisé avec l’engagement des Etats.
Ce sommet qui prend fin demain a permis aux acteurs d’appeler toutes les couches de la société à jouer leur partition, en particulier les religieux comme les imams et les marabouts. «(…) J’estime qu’une tentative d’isolement de la pratique des mutilations génitales féminines et des mariages d’enfants, comme une question à part et sans lien avec les autres préoccupations, peut aussi être vaine et sans lendemain», conclut Aminata Tou­ré.
bgdiop@lequotidien.sn

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