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Le Président Barack Obama lui a rendu hommage en disant que Toni Morrison est un trésor national, mais tout le monde s’accorderait à reconnaître avec moi que la première romancière afro-américaine à recevoir le prix Nobel de littérature est un trésor mondial.
Née le 18 février 1931 à Loraine, dans l’Ohio, de descendants d’esclaves, rien ne prédisait le fulgurant succès de Toni Morrison. Elle a écrit plus d’une dizaine de romans remarquables : The Bluest Eyes (1970), Sula (1974), Song of Solomon (1977), Tar Baby (1981), Beloved (1987), Jazz (1992), Paradise (1997), Love (2003), A Mercy (2008), Home (2012), God Help the Child (2015), Délivrances (2016), et une douzaine d’essais dont les plus célèbres sont: The Black Book (1974), and Playing in the Dark: Whiteness and the Literary Imagination (1992).
Ce qui est le plus impressionnant chez Toni Morrison c’est son engagement sans relâche pour la cause noire et son style romanesque original.
Son ouvrage qui lui a valu le prix Nobel, Beloved, s’inspire d’un incident réel : l’histoire de Margaret Garnet. Une mère esclave qui a tué ses propres enfants pour les sauver du traumatisme et des horreurs de l’esclavage. Un des charmes des récits de Toni Morrison est de s’inspirer des faits historiques pour remettre en cause l’historiographie, c’est-à-dire les archives nationales, qu’elle juge sélectives. Pour corriger cette sélectivité de l’historiographie, son grand projet intellectuel consiste à réécrire l’histoire américaine en donnant voix et faveur à la perspective africaine américaine qui est très souvent tue et ensevelie par l’historiographie et la suprématie blanche.
Un autre charme des textes de Toni Morrison réside dans son style. Elle utilise un style anti-romanesque ou anti-conformiste. Elle rejette la linéarité, la cohérence et la chronologie. En effet, pour Morrison, une communauté qui est incarcérée et discriminée perd forcément la notion du temps. Dans ses romans, l’incarcération n’est pas seulement physique mais aussi psychique.
Un autre charme des textes de Toni Morrison est d’avoir enrichi la création romanesque. Elle a montré que le blues et le jazz pouvaient être en symbiose avec le roman. Le blues et le jazz sont non seulement des symboles auditifs de l’identité afro-américaine, mais aussi une sorte d’hymne national pour la communauté noire. Le blues et le jazz fonctionnent toujours comme une esthétique orale et auditive dans les textes de Toni Morrison. D’ailleurs son ouvrage Jazz est une symbiose entre une esthétique orale et auditive et le discours romanesque. Morrison considère le blues et le jazz comme des formes de survie culturelles et une esthétique littéraire qui peuvent remettre en cause la division générique eurocentrique du genre.
Son roman Home prône une société dans laquelle la communauté africaine américaine se sent vraiment chez elle, et où elle peut s’asseoir autour de la table de la fraternité avec les autres ethnicités américaines. L’égalité, la justice et la fraternité sont des thèmes majeurs dans ses écrits.
Comme dit un autre auteur Afro-Américain : «to remember is to forget and to forget is to remember selectively», c’est-à-dire «se souvenir c’est oublier et oublier c’est se souvenir de manière sélective» mais avec Toni Morrison nous nous en souviendrons à jamais.
Rest In Peace Toni Morrison née Chloe Wofford Ardelia !
Dr Ousseynou SY

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