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Mouhamadou Makhtar Cissé, ministre du Pétrole et des énergies.

Il est le directeur qui avait négocié et signé un contrat léonin au détriment de son entreprise et pour le bénéfice d’un privé, au moment où les Chinois de Huawei lui proposaient les mêmes services à trois fois moins cher. Sentant sans doute le vent tourner, le ministre de l’Energie, Mouhamadou Makhtar Cissé a demandé à rencontrer son successeur qui est également son subordonné. Pour trouver un terrain d’entente ?

Le dimanche dernier, sur le plateau de la Rfm, le Dg d’Akilee a montré sa bonne volonté à renégocier le contrat qui lie sa société à la Senelec, comme le souhaite la société de distribution de l’électricité (voir Le Quotidien no 5177 du jeudi 28 mai 2020). Ce serait un début vers un dénouement sans trop de casse entre deux partenaires. Il faut croire que M. Amadou Ly a dû comprendre que la voie contentieuse n’était pas nécessairement la plus judicieuse pour régler ce dossier et s’en tirer sans trop de casse. D’autant plus qu’avec l’entrée en jeu des corps de contrôle que sont la Cour des comptes et l’Ofnac, rien ne garantit que l’issue des enquêtes ne soit pas de casser le contrat purement et simplement.
Outre le fait que le prédécesseur de Papa Mademba Bitèye a attendu quasiment la veille de son départ pour payer à Akilee 2,7 milliards d’avance sur prestations, ce contrat était déjà plombé par plusieurs faiblesses.
D’abord, le contrat a été enregistré aux Impôts et domaines par la Senelec, moyennant des droits de plus 1,8 milliard de francs Cfa, payés avec de l’argent public, alors que cela aurait dû être fait par son partenaire. De plus, à ce stade, tout le monde sait aujourd’hui qu’avec 34% des parts, Akilee est loin d’être la filiale que Mouhamadou Makhtar Cissé avait voulu vendre à l’opinion pour ne pas soumettre ce marché à un appel d’offres, ce qui est une illégalité.
D’autre part, lors de leur passage à la Senelec, les initiateurs d’Akilee avaient eu le loisir de s’informer sur un projet similaire qui devait lier la compagnie d’électricité à Huawei, l’entreprise chinoise. En plus de la fourniture et de l’installation de compteurs intelligents, le projet comprenait la mise en place d’un système d’information et de télécommunications. Le projet était estimé à un peu plus de 51 milliards 459 millions de francs Cfa. Huawei a nommé son système d’information «Ami». Un protocole d’accord avait même été signé en avril 2016 par les directeurs généraux des deux entreprises. Huawei s’était même engagée dans ce document à aider Senelec à trouver des financements concessionnels pour ce projet. Une équipe de Senelec s’était même rendue en Chine, dans les locaux de Huawei, pour étudier la réalisation dudit projet. Parmi ses membres se trouvait celui qui est devenu quelque temps après le Pca d’Akilee, Falilou Sèye.
Nonobstant ce protocole, la Senelec a trouvé le moyen de rejeter ce contrat pour passer un marché quasi similaire avec Akilee, et pour un montant 3 fois plus important. Les cadres de Senelec, qui ont parlé de délit d’initié, n’ont pas manqué d’ajouter «plagiat» à leurs critiques de ce contrat. Ils ont remarqué que la plateforme proposée par Akilee était presqu’en tous points conforme à celle de Huawei. Mieux, les deux systèmes pouvaient être confondus même par leurs noms. Celui d’Akilee se nommait tout bêtement «SenAmi»…
Ces éléments parmi bien d’autres, fortement répercutés dans les médias ces derniers temps, ont sans doute dû convaincre le ministre de tutelle qu’il avait intérêt à sortir de son mutisme. Mouhamadou Makhtar Cissé qui, au temps où il était directeur général de la Senelec, n’avait cure de l’opinion de son ministre de tutelle, au point de tenir Mansour Elimane Kane dans l’ignorance absolue du contrat avec Akilee, a demandé à rencontrer Papa Mademba Bitèye le jeudi prochain. On peut déjà subodorer que le dossier Akilee sera au centre de leurs échanges…

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