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Le premier président de la Cour suprême a profité hier de la rentrée solennelle des Cours et tribunaux pour recadrer, sans la citer, l’Union des magistrats du Sénégal. Appelant Maguette Diop et Cie à l’orthodoxie, Mamadou Badio Camara rappelle que les magistrats demeurent des «régulateurs» et non des «perturbateurs».

En portant le sempiternel débat sur l’indépendance de la justice, l’Union des magistrats du Sénégal (Ums) violerait parfois son devoir de réserve. En octobre dernier, l’organisation dirigée par Maguette Diop n’a pas mis de gants pour jeter à la poubelle le projet de loi sur la réforme de la Magistrature et qui prévoyait entre autres, le rallongement de l’âge de la retraire du 1er président de la Cour suprême ainsi que d’autres hauts magistrats à 68 ans. Ce dernier a semblé déplorer cet état de fait, hier lors de la rentrée solennelle 2016-2017 des Cours et tribunaux. «L’indépendance de la justice, qui nous est si chère, ne peut être assimilée à une autorisation de faire ce que l’on veut. Elle est définie dans la Cons­titution qui proclame que les juges ne sont soumis qu’à l’autorité de la loi : l’indépendance du juge, c’est donc la soumission à la loi, rien que la loi et toute la loi», a recadré d’emblée Mama­dou Badio Camara. D’après lui, «l’indépendance n’est pas un privilège ou une faveur accordée aux juges dans leur intérêt personnel ou pour leur confort» mais plutôt «une garantie de respect de la loi et des droits de l’Homme, par une application impartiale du droit».
Au-delà de la réforme sur la magistrature, on se rappelle ce communiqué de l’Ums demandant au président de la Répu­blique de ne plus présider le Conseil supérieur de la magistrature. «Le fait d’adopter des comportements contraires à la loi pourrait nuire à la crédibilité de la justice, à sa capacité à faire face à ses missions, en toute indépendance, c’est-à-dire con­for­mément à la loi. Il importe aussi de souligner que, face au principe d’indépendance, il y a le principe de la responsabilité qui commande qu’au fur et à mesure que s’accroit l’importance du Pouvoir judiciaire en démocratie, grandit également la nécessité pour les magistrats de répondre de leurs comportements», avertit M. Camara, assis juste à côté du Président Macky Sall. Avant de menacer : «En matière disciplinaire notamment, la responsabilité du ma­gistrat peut être engagée pour manquement à l’honneur, à la délicatesse, à la dignité et, en défi­nitive, à l’obligation de ré­ser­ve qu’imposent les fonctions.»

«Les régulateurs ne doivent pas se muer en perturbateurs»
Pour le président de la Cour suprême, «la Justice ne doit pas céder à la tentation du corporatisme et elle n’a aucune vocation à entretenir le vedettariat dans les médias». Par conséquent, le juge rejette l’affirmation selon laquelle les magistrats sont «les enfants gâtés de la République», mais, souligne qu’«il ne faut pas en rajouter en donnant l’impression d’agiter le chiffon rouge d’un gouvernement des juges, qui ne saurait prospérer dans une démocratie : l’Exécutif a l’initiative des projets de loi, le Législatif a l’initiative des propositions de loi et du vote des lois, le Judiciaire applique les lois. En clair, les régulateurs ne sauraient se muer en perturbateurs».
badiallo@lequotidien.sn

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