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Le Covid-19 a fortement perturbé le secteur éducatif du Sénégal en entraînant des dysfonctionnements sur son déroulement. Etudier en pleine hivernage pour les élèves est un fait rarissime. L’hivernage était, pourtant, pour plusieurs élèves, l’aubaine pour préparer les rentrées prochaines. Notre publication dont l’ambition est de contribuer à une meilleure compréhension du phénomène, s’inscrit dans l’initiative d’alerte en faveur d’un soutien aux parents d’élèves pour l’année scolaire 2020/2021, afin de parer à un abandon massif des élèves faute de moyens financiers.
L’hivernage est pour la majorité des élèves issus du monde rural, l’unique opportunité de se faire de l’argent et préparer paisiblement la rentrée scolaire à venir (paiement de scolarité, achat de fournitures,…).
Si dans la Casamance, le Sine et le Saloum, particulièrement, les élèves garçons gagnent leur argent en s’adonnant aux travaux champêtres, en conduisant des motos Jakarta, les élèves filles quant à elles se ruent en masse vers Dakar pour être fille de ménage temporaire ou s’adonnent au petit commerce (vente de beignets…).
Ainsi, en trois mois, le tour est joué et tout est presque réglé, soulageant leurs parents de dépenses afférant à leur éducation.
Or, cette année, le Covid-19 impose des modes et méthodes de vie nouveaux qui ne leur permettent pas de tirer profit de cet hivernage. Les maisons recrutent moins des personnes étrangères pour se prémunir du danger, beaucoup n’utilisent pas les moyens de transports Jakarta pour éviter au plus la contamination, autant de faits qui ne concourent pas à rendre meilleure cette situation.
Ainsi, les élèves se voient privés de leur source première de revenus, ce qui expose plusieurs d’entre eux à un arrêt des études faute de moyens.
Cependant, 2020 impose de la pire des façons aux élèves une «trêve forcée» de leurs activités économiques génératrices de revenus les forçant au chômage.
Ce manque à gagner causera certainement des soucis aux parents pauvres et aux élèves pour ce qui est de leur prise en charge pour la rentrée prochaine 2020/2021. Si le gouvernement ne prend pas en charge cette question, nous allons directement vers un abandon massif des élèves au motif de contraintes financières.
A cet effet, c’est ici le moment pour les autorités gouvernantes (autorités locales et centrales) de mieux cerner le profil des élèves dans cette situation qui risqueraient de quitter l’école à cause de contraintes financières, pour déboucher sur des propositions de stratégies.
En utilisant les données du recensement général de la population, il montre que 47% des enfants, soit plus de 1 500 000, sont concernés. Sur ce, 60% des enfants sont en zone rurale, donc les plus exposés par ce phénomène.
A la lumière de tous ces indicateurs, le défi qui se pose à nos gouvernants, aujourd’hui, sera l’accès de tous à une éducation, sur un pied d’égalité et promouvoir les possibilités d’apprentissages à la prochaine rentrée 2020/2021.
Pour ce faire, il importera de définir des stratégies appropriées pour assurer une prise en charge éducative de tous les élèves et futurs bacheliers, notamment ceux d’entre eux issus des ménages pauvres, des zones rurales et ceux qui sont obligés de mener des activités économiques pour leur «survie  scolaire» et qui courent le risque d’être privés du droit à l’éducation pour la rentrée à venir faute de moyens financiers.
Tout de même, maîtriser ce phénomène potentiel des élèves en risque d’être hors école l’an prochain, permettrait certainement de trouver les meilleures réponses à ce défi.
Pour arriver à bout de ce risque «d’exclusion forcée» de certains élèves, une réponse concertée des acteurs et des partenaires du secteur éducatif est nécessaire.
Les recommandations issues de ces concertations alimenteront la réflexion stratégique pour permettre à l’Etat, de concert avec ses partenaires, d’apporter des réponses concrètes à cette urgence afin que tous les élèves aillent à l’école, y restent et apprennent pour améliorer leur sort. Dès lors, les concertations hic et nunc seront un premier pas. Il faut le faire car il est encore temps.
In fine, pour apporter une réponse à ce potentiel phénomène, il s’agira d’aller au-delà vers des actions concrètes pour aider les décideurs à formuler des offres éducatives pertinentes. Fort de ce nouveau défi et à la lumière des concertations de tous les acteurs, le gouvernement doit passer à l’action afin qu’aucun élève ne soit laissé en rade. C’est maintenant que tout doit se jouer. N’a-t-on pas dit «gouverner c’est prévoir» ?
Nicolas Silandibithe
BASSENE

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