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A la suite de la lettre ouverte de Karim Wade, candidat déclaré du Pds à la Présidentielle 2019, le ministre de l’Economie, des finances et du plan a rendu publique, en marge de la fin hier du Groupe consultatif de Paris, une réponse au texte de Wade-fils qui invitait les bailleurs de fonds à un audit immédiat de la gestion des finances publiques par le régime du Président Macky Sall.
Dans son document, Amadou Ba dénonce les errements de Karim Wade dans sa gestion du secteur de l’énergie et les nombreux privilèges dont ce dernier a joui sous le règne de son père de Président. Il met à nu la «gabegie» ayant caractérisé, à ses yeux, le règne de Me Abdoulaye Wade, explique les performances économiques du gouvernement et démontre comment le régime du Président Macky Sall est parvenu, «à la satisfaction des Sénégalaises et Sénégalais», à corriger la «mauvaise gouvernance Wade», mais également à hisser le pays au rang des principales économies de la sous-région, suscitant ainsi la confiance renouvelée des Partenaires techniques et financiers.

Dans une lettre ouverte publiée le 16 décembre 2018, M. Karim Wade a cru bon d’inviter la communauté des Partenaires techniques et financiers à faire un audit des finances publiques et un état des lieux de la situation économique et financière du Sénégal. S’il s’en était arrêté à cela, il n’y aurait probablement rien à dire. Son propos serait classé dans le chapitre de ses délires épisodiques indiquant certainement un mal être d’un enfant gâté depuis son exil doré au Qatar. Mais son discours malintentionné et truffé de contrevérités décrivant une «situation alarmante de l’économie sénégalaise» ne peut rester sans réponse dans le seul souci de rétablir la vérité sur les faits évoqués. Il n’est pas superflu de revenir tout d’abord sur l’héritage du régime Pds en quelques chiffres avec :
– une croissance économique atone de 3,5% en moyenne sur les 10 dernières années de 2002 à 2012 ;
– un déficit budgétaire de plus 6,7% du Pib en 2011 ;
– un solde négatif du compte courant de la balance des paiements qui atteint 10% du Pib, reflétant la prépondérance des importations de biens et services par rapport aux exportations ;
– des tensions budgétaires caractérisées par un besoin net de trésorerie de 302,572 milliards de F Cfa ;
– une Position nette du gouvernement (Png) caractérisée par un excédent de dettes de 166 milliards de F Cfa ;
– une hausse généralisée des prix de 3,4% en 2011 ;
– une baisse des productions céréalières de plus de 61% en 2011 ;
– un secteur industriel en déliquescence, avec la crise des Ics et de la Sonacos, parmi les fleurons de notre industrie ;
– une forte demande sociale non satisfaite, avec un coût élevé de la vie ;
– une crise énergétique sans précédent avec un déficit de production, occasionnant plus 911 heures de coupure par an ;
Oui, M. Karim Wade a cru devoir encore parler d’énergie, évoquant, dit-il, de «graves erreurs de gestion dans le secteur». Il a peut-être oublié les épreuves auxquelles les Sénégalais ont été soumis, eux qui restaient dans le noir des journées et nuits entières entre 2008 et 2011. Les Sénégalais se rappellent encore les locations onéreuses de générateurs électriques avec le Pan Takkal et les compensations tarifaires pesantes pour les finances publiques (105 milliards en 2011), sans parler des conséquences désastreuses sur toutes les activités économiques qui se sont traduites par une croissance économique de seulement 1,7% et un déficit budgétaire de 6,7% en 2011.
Le Peuple meurtri par tant de souffrances avait alors exprimé sa colère dans des émeutes mémorables en juin 2011. Où étiez-vous alors, M. le ministre du Ciel et de la Terre ?
Jamais, de mémoire de Sénégalais, les Pme/Pmi n’ont autant souffert que durant cette période.
Les Sénégalais se rappellent encore les errements, l’arrogance et l’insouciance dans la gestion des deniers publics durant cette période. Ils découvriront tôt ou tard les sommes faramineuses qui ont transité sur vos comptes à Monaco, qui ont atterri à Beyrouth. Demain, il fera jour.
Les Sénégalais se rappellent encore les fonds dilapidés dans un festival de danse qui a englouti plus de 100 milliards de F Cfa dont 15 milliards de F Cfa délestés du Fonds de soutien de l’énergie et 25 milliards des programmes spéciaux de Touba et Tivaouane. Les dépenses extrabudgétaires occasionnées par l’organisation du sommet de l’Oci résultaient de la signature par le père de plus de cent décrets d’avance d’un montant de 425,9 milliards F Cfa pris entre 2007 et mars 2012 dont quarante-quatre (44) décrets d’avance pris entre 2011 et mars 2012 pour un montant de 289,7 milliards F Cfa. Est-il besoin de rappeler la mallette d’argent remise à un fonctionnaire du Fmi en fin de mission au Sénégal ?
M. Karim Wade connaît bien les lettres de confort dont le volume entre 2011 et mars 2012 dépasse 153,9 milliards F Cfa.
Les Sénégalais se remémorent encore, avec beaucoup de peine et d’amertume, le bradage de la Sonacos et des terres de l’aéroport Léopold Sédar Senghor pour la construction d’un monument, avec un montage financier scandaleux au détriment des ressources de l’Ipres, et partant de nos vaillants retraités.
Outré par la gestion patrimoniale des ressources et par tant de gabegie, les Sénégalais ont décidé le 25 mars 2012, en toute souveraineté, de tourner le dos au régime prédateur que vous avez incarné.
M. Wade, nous sommes très à l’aise pour faire un état des lieux. Le président de la République M. Macky Sall qui a bénéficié de la confiance des Sénégalais et de celle de la communauté des Partenaires techniques et financiers a pris la mesure de vos errements et y a apporté des actions correctives dès les premières heures de son mandat, à travers notamment :
– la baisse des prix des denrées de première nécessité (riz, sucre, huile) dès avril 2012 ;
– la mise en place d’une couverture budgétaire pour la campagne agricole et la prise de mesures de sauvegarde du bétail en 2012 ;
– la baisse de l’impôt sur les salaires qui s’est traduite par un transfert au profit des travailleurs de 40 milliards et donc une amélioration de leur pouvoir d’achat.
– une revalorisation de la masse salariale moyenne annuelle qui est passée de 4 millions 682 mille 662 F Cfa à 5 millions 059 mille 259 F Cfa par agent de l’Etat.
– la baisse du loyer d’habitation ;
– la rationalisation des dépenses publiques, permettant de concentrer les efforts sur les investissements ;
– l’élaboration du Plan Sénégal émergent : une nouvelle vision du développement, porteuse d’une plus grande ambition pour accélérer la croissance, lutter contre les inégalités, renforcer la gouvernance et consolider l’Etat de droit ;
– les programmes de modernisation de l’agriculture qui ont permis de multiplier par deux, voire trois, les productions pour toutes les spéculations en cinq ans, avec un prix au producteur de l’arachide de 210 F Cfa (inédit dans notre histoire) et la suppression totale des bons impayés ;
– les programmes de correction des disparités spatiales (Pudc, Promovilles, Puma) et d’inclusion sociale (gratuité des soins, Couverture maladie universelle, Bourses de sécurité familiale, etc.).
Vous le savez sans doute M. Wade, le parc de production énergétique de 571 mégawatts en 2011 que vous avez laissé est passé aujourd’hui à plus de 1 100 Mw en 2017, avec un coût de production réduit à 55 F Cfa le kilowatt/heure (contre 110 F Cfa en 2011), grâce à un mix énergétique, ce qui a permis une baisse récente des tarifs de l’électricité de 10%.
Vous prédisez le chaos pour un pays dont les productions rizicoles, arachidières, horticoles ont été multipliées, chacune, par plus de trois entre 2012 et 2017.
Il ne vous a pas échappé que le Sénégal se positionne aujourd’hui comme l’une des économies les plus diversifiées et performantes de la région, et l’un des moteurs de la zone Uemoa avec une croissance moyenne supérieure à 6% sur les cinq dernières années.
Il est peut-être bon de vous rappeler qu’en 2006, le taux d’endettement du Sénégal avait drastiquement baissé pour passer de 78% à 21% du Pib à la faveur de l’éligibilité de notre pays aux initiatives de réduction de dettes Ppte et Iadm. Mais cette dette s’est reconstituée à un niveau record entre 2006 et 2011, avec un taux d’endettement public qui est remonté jusqu’à 40%, soit 19 points d’augmentation en 5 ans. L’analyse de l’encours au 31 décembre 2017 montre aussi que notre dette est constituée à 53% de prêts contractés entre 2000 et mars 2012, pour une valeur de 2 198,8 milliards de F Cfa.
Malgré tout, le Sénégal a toujours un ratio d’endettement de 47,5%, largement inférieur à la norme communautaire de l’Uemoa fixée à 70%. Il reste encore à ce jour un pays à risque de surendettement faible, notamment grâce au faible coût de sa dette, à dominante concessionnelle, avec une maturité moyenne élevée. Les récentes notations des Agences Moody’s et Standard & Poor confirment l’excellente qualité de la signature du Sénégal.
M. Wade, vous devez savoir qu’entre 2000 et avril 2012, soit sur douze (12) ans, l’appui de la communauté internationale à notre pays a porté sur une enveloppe de 3 790 milliards de F Cfa.
De 2012 à nos jours, soit en sept (7) ans, cette même communauté internationale a consenti un appui financier de 7 690 milliards de F Cfa pour accompagner la mise en œuvre des stratégies de développement du Sénégal, sous le mandat du Président Macky Sall.
C’est une preuve évidente de leur confiance dans la qualité de nos politiques et dans la rigueur de notre gouvernance.
Notez également bien M. Wade que le Sénégal n’a jamais connu de défaut de paiement aussi bien pour sa dette intérieure qu’extérieure.
Voilà la réalité. Les faits sont têtus.
Le Sénégal, c’est aujourd’hui une économie qui progresse à un rythme bien supérieur à la moyenne des pays d’Afrique subsaharienne (2,6% en 2017) et des économies émergentes en général (4,6% en 2017).
Pour finir, il est important de vous inviter à mieux vous imprégner des réalités de votre pays, un pays qui s’est inscrit de manière irréversible dans une nouvelle trajectoire de développement avec le Plan Sénégal émergent.
Le Sénégal est un pays qui se transforme au quotidien à travers un mouvement d’ensemble qui insuffle une nouvelle dynamique dans tous les secteurs d’activités.
Nous sommes bien conscients de l’ampleur des défis qui se posent à notre pays et de leur complexité.
Mais notre motivation vient de la satisfaction des Sénégalaises et des Sénégalais qui nous témoignent de leur satisfaction quand ils empruntent chaque jour de nouvelles routes et autoroutes, quand ils fréquentent des infrastructures de dernière génération dans tous les secteurs, en milieu urbain comme rural, parce que justement nous aspirons à ce qu’il y ait de meilleur dans le monde pour eux.
La satisfaction de ces milliers de Sénégalais anonymes, paysans, pêcheurs, éleveurs, ouvriers, commerçants, entrepreneurs, j’en passe, est notre source quotidienne de motivation.
Notre motivation, c’est aussi la confiance que la communauté des partenaires techniques et financiers, qui connaissent le Sénégal mieux que vous, nous témoignent tous les jours en apportant un appui soutenu, à chaque fois que de besoin, à nos politiques.
Le ministre de l’Economie, des Finances et du Plan

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