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Abdoulaye Daouda Diallo répond à l’opposition qui exige son départ. Il qualifie le Livre-blanc de la Coalition gagnante/Wattu senegaal plutôt de «tissu de contre-vérités». Dans un document intitulé «Eléments de réponse au Livre-blanc de la Coalition de partis de l’opposition Wattu senegaal sur les élections législatives du 30 juillet 2017», le ministre de l’Intérieur se lave à grande eau. «Calomnie», «opposition sonnée par sa cuisante défaite», élections de 1996 «plus catastrophiques» avec le Code Kéba Mbaye, «actes de vandalisme» à Touba…, tout y va.

«Une campagne de dénigrement d’une opposition visiblement sonnée»
«Les nombreux observateurs internationaux présents sur le territoire national, à l’occasion du scrutin du 30 juillet 2017, ont été unanimes pour témoigner que les dernières élections législatives organisées dans notre pays ont été transparentes, sincères et démocratiques, en dépit des couacs relevés et liés au contexte particulier d’organisation de ces élections : intempéries la veille, 47 listes en compétition. Lesdits manquements particulièrement liés à des retards au démarrage des opérations électorales, en raison des intempéries notées la veille du scrutin, et au demeurant, vite corrigés pour l’essentiel par les autorités administratives, ne sauraient justifier la peu honorable campagne de dénigrement entreprise par une opposition visiblement sonnée par la cuisante défaite que lui a fait subir le Peuple souverain du Sénégal. En effet, après avoir clamé urbi et orbi une victoire acquise avant même d’avoir été à la compétition du 30 juillet 2017, au point d’avoir écumé les média nationaux et internationaux pour théoriser une «cohabitation» à l’Assemblée nationale, l’opposition encore groggy des seuls faits de sa désunion, de sa turpitude et de sa méconnaissance du comportement de l’électeur sénégalais trouve courageusement en l’Administration un bouc émissaire qu’elle accuse de tous les maux ainsi que de ses propres péchés. Les éléments dits «objectifs» détaillés dans le prétendu livre blanc de l’opposition sont, à la vérité, un condensé d’accusations gratuites étayées par aucun fait tangible et lourdes d’incohérences qui n’ont d’égales que le manque de conséquence d’acteurs politiques déboussolés, se targuant pourtant fièrement d’avoir remporté de prestigieuses victoires au cours des mêmes élections qualifiées de «non élections», organisées par la même Administration dépeinte comme «conditionnée et (dont les fonctionnaires) sont formatés pour être de véritables responsables politiques du parti du président de la République». Les témoignages des observateurs indépendants du scrutin du 30 juillet 2017, la confirmation par la justice des résultats sortis des urnes et dont la presse s’était immédiatement faite l’écho, ainsi que le temps de la vérité auraient certainement suffi à faire mourir les accusations de l’opposition de leur plus belle mort. Toutefois, il est pour nous un insigne devoir d’édifier l’opinion publique sénégalaise et internationale sur l’organisation des élections législatives passées et sur le processus électoral sénégalais.

«Les élections de 1996, les plus catastrophiques jamais enregistrées dans l’histoire de notre pays»
A juste titre, l’opposition rappelle que le processus électoral sénégalais a, depuis le Code électoral consensuel de 1992, été bâti sur le roc de la concertation et du dialogue politique. Elle tait cependant, à dessein, le fait qu’en dépit des mérites du feu juge Kéba Mbaye et de ses collaborateurs, dont les travaux ont abouti au Code de 1992, les premières élections organisées sous le sceau de cette nouvelle réglementation électorale, en 1996, furent les plus catastrophiques jamais enregistrées dans l’histoire de notre pays en raison, notamment, des comportements anti républicains d’acteurs politiques ayant sciemment orchestré leur sabotage. C’est-dire, dès lors, que la réussite du processus électoral est fondamentalement tributaire de l’attitude responsable et républicaine de la classe politique. La voie empruntée par l’opposition d’aujourd’hui, encline à la bouderie et à la critique facile, aboutira inexorablement à la contestation. (…)

De la hausse constatée du nombre d’ordres de mission
(…) Ce vote hors bureau originel est permis pour les membres du bureau de vote désignés par l’Administration, les représentants des listes dans les bureaux de vote, les contrôleurs et superviseurs de la Cena, les délégués de la Cour d’appel, les gouverneurs, préfets et sous-préfets ainsi que leurs adjoints, les chauffeurs requis pour le transport du matériel électoral, les journalistes en mission de reportage le jour du scrutin, tout comme les militaires et paramilitaires en opération sur le territoire national et ceux préposés à la sécurisation du scrutin. S’agissant des militaires et paramilitaires et ceux préposés à la sécurisation des bureaux de vote, ils ont été munis, à l’instar des journalistes en mission de reportage le jour du scrutin, d’un ordre de mission spécial, certes délivré par le ministère chargé des Elections, mais devant comporter impérativement trois (3) signatures et cachets pour donner droit à voter. Il s’agit de la signature et du cachet du chef de service du concerné, de ceux de l’autorité administrative de destination et de ceux du démembrement de la Cena. L’utilisation des ordres de mission spéciaux est donc tout à fait régulière et prévue par la loi électorale. Tous les plénipotentiaires des listes de candidats ont, à l’occasion des sessions de formation organisées par la Dge à leur profit du 17 au 23 juillet 2017 dans les 14 régions du pays, sur l’organisation et le fonctionnement des bureaux de vote, été informés et sensibilisés sur cette réalité de notre législation électorale qui n’est point une nouveauté. Les représentants des listes dans les bureaux de vote ont été formés à faire consigner dans le procès-verbal des opérations électorales de leur bureau de vote toutes observations ou irrégularités. Il faut rappeler que contrairement à ce qui se faisait jusqu’à présent, les militaires et paramilitaires ont voté le même jour que les électeurs civils à l’occasion des élections législatives du 30 juillet 2017 (article R.60 du Code électoral). Pour cette raison, beaucoup d’entre eux avaient besoin d’un ordre de mission pour voter parce qu’en déplacement. Auparavant, quand ils votaient une semaine avant le jour des scrutins, et sur deux jours, ils n’avaient pratiquement pas, pour l’essentiel, besoin d’un ordre de mission parce que votant dans les bureaux où ils étaient régulièrement inscrits. Il s’y ajoute qu’il y a eu, en raison des menaces ouvertement proférées, un renforcement en personnel du dispositif de sécurisation du scrutin avec l’augmentation des effectifs particulièrement à Dakar où la présence des Forces de l’ordre dans certaines zones a fait insinuer à des hommes politiques que «c’est comme s’ils étaient dans des zones de guerre». Ainsi, il est aisé de comprendre la hausse constatée du nombre d’ordres de mission des militaires et paramilitaires qui vient d’ailleurs s’ajouter aux ordres de mission des journalistes en reportage et des chauffeurs requis pour le transport du matériel électoral. Par ailleurs, la loi ne limite pas le nombre d’ordres de mission prévus le jour du scrutin ; il dépend du personnel déployé et qui en a droit. L’Administration électorale met au défi toute personne pouvant apporter une preuve qu’un seul Sénégalais a pu voter plusieurs fois, quand bien même il s’agirait de récépissés ou d’ordres de mission spéciaux. (…) L’Admi­nistration ne saurait dès lors pré fabriquer des procès-verbaux, tout comme elle n’a eu aucun intérêt à fabriquer des bulletins et enveloppes non réglementaires qui, au regard de l’article L.84, «n’entrent pas en compte dans les résultats des dépouillements et considérés comme nuls».

Cas de Touba : «Actes de vandalisme qu’aucun retard
dans l’organisation ne saurait justifier»
Les «graves incidents ayant émaillé le vote à Touba» ne sont ni plus ni moins que des actes de vandalisme qu’aucun retard et aucun impair dans l’organisation du scrutin ne sauraient justifier, surtout qu’à Touba, les 548 bureaux de vote sont presque tous des abris provisoires détruits la veille par un orage. Ne pas les condamner et chercher à les justifier aussi longuement est un aveu de taille et relève d’une irresponsabilité inouïe. La particularité de Touba réside, au-delà de ses spécificités liées à son statut de ville religieuse, dans son poids démographique et électoral et en l’absence notable d’infrastructures, notamment d’édifices publics tels que des écoles pour abriter le vote. L’ensemble de ces facteurs conjugués a amené l’Administration à engager des spécialistes de pose de tentes pour servir d’abris provisoires à l’occasion de chaque élection. Cette disposition a été bel et bien reconduite cette année et la pose des tentes avait été achevée dès le samedi 29 juillet 2017. C’est au cours de la nuit du samedi qu’un violent orage a tout détruit. Ce cas de force majeure n’a pourtant pas empêché une remise en l’état des abris. N’eussent été les actes de saccage perpétrés par des individus qu’on a cherché de façon irresponsable et de manière inadmissible à laver, prétextant de leur impatience à voter, le vote allait bien avoir lieu, même si c’est avec un retard. Les abris provisoires détruits ont pu être refaits ; 147 d’entre eux n’ont pas résisté à la furie des vandales. Si les auteurs du fameux livre blanc affirment sans détour que «les incidents liés au saccage de certains bureaux de vote sont nés du mécontentement des populations qui, las d’attendre près de cinq heures d’horloge sans rien voir de concret, ont fini de se défouler sur le matériel électoral en saccageant les bureaux fermés et que rien ne pouvait justifier à leurs yeux», ils reconnaissent en même temps, sans peut-être sans rendre compte, que le matériel électoral était déjà bien en place et que le saccage a concerné des bureaux qu’eux-mêmes disent fermés ; donc qui étaient aptes à recevoir des votes. Il faut savoir raison garder surtout dans des zones à spécificités et réalités connues de tous et ce, particulièrement pendant des périodes électorales. Ce comportement de retenue est encore plus attendu chez des personnes qui prétendent présider aux destinées de notre pays. La justice, saisie de ce dossier, saura mieux que quiconque édifier l’opinion publique sur ces événements malheureux.

«Un tissu de contre-vérités et non un livre blanc»
Un livre blanc a souvent pour vocation de condenser des preuves destinées à battre en brèche les fondements d’une accusation ou de mettre en exergue des faits irréfutables. Dans le cas qui nous concerne ici, en lieu et place d’un livre blanc, nous sommes en présence d’un tissu de contre-vérités enchevêtré dans des affirmations gratuites dont la platitude le dispute à la mauvaise foi des auteurs. En de pareilles circonstances, le mieux aurait été de faire comme l’un des leurs, et pas des moindres, qui a reconnu à travers les ondes que leur défaite relève plutôt de leur désunion. Enfin, s’agissant de la prétendue «planification programmée d’une mascarade électorale», il faut souligner que l’attitude qui consistait à rejeter systématiquement toute proposition de cadre de concertation relevait d’une planification en amont d’actions explicatives d’un échec dont on était sûr du caractère éclatant. (…) Il faut savoir perdre dans la grandeur et la dignité, telle est notre conviction. En tout état de cause, il est du plus grand bien de notre processus électoral que le fil du dialogue ne soit point interrompu et que les concertations nécessaires soient poursuivies en vue de l’améliorer continuellement ; la démocratie n’étant jamais une œuvre achevée.»
hamath@lequotidien.sn

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