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Dans le pays Bassari, le village d’Eganga se dresse fièrement dans l’arrondissement de Dar Salam, département de Salémata. Peuplée essentiellement de Bassari, la localité conserve son passé ancestral mais a accepté de s’ouvrir à la modernité. A travers le Prodac, il dispose de 35 hectares dédiés exclusivement à la production rizicole. Malgré cette touche moderne, le village historique conserve son patrimoine culturel aussi riche et varié, ses us et coutumes. Saisissant paysage !

C’est un nom presque difficile à prononcer mais il renferme beaucoup de secrets. Du nom bassari «Ekangar» qui veut dire littéralement le bas-fond est né le nom Eganga. D’après la légende contée dans cette localité, ce nom est issu de la transformation du premier nom Bassari Ekangar.  L’origine de ce nom est à trouver dans la République de Guinée Conakry. D’où seraient venues les premières populations Bassari autochtones qui ont fondé le village. Il y a de cela des centaines d’années. A en croire la légende, le peuple Bassari de la Guinée était en migration vers le Sénégal à la recherche de terres fertiles pour le travail de la terre. Cette prospection l’a conduit dans l’arrondissement de Dar Salam, situé dans le département de Salémata où il a découvert ce site. Qu’il a appelé Ekangar comme celui de la Guinée qu’il a quitté.  C’est désormais son fief !
Jean Boubane Eganga est un natif du pays Bassari. Pour lui, il est difficile d’établir la frontière du pays Bassari entre le Sénégal et la République de Guinée. «Le pays Bassari s’étend de la Guinée au sud-est du Sénégal», avance-t-il. Cependant, le peuple Bassari bien que vivant en retrait des regards et des autres, est une communauté qui tire l’essentiel de ses revenus ou moyens de subsistance de l’agriculture. Et à Eganga, les Bassari excellent dans la production rizicole. Ils disposent désormais de Do­maines agricoles communautaires(Prodac) d’une superficie de 35 hectares de terres emblavées qui les éloignent de l’agriculture traditionnelle. La population du village d’Eganga est estimée à 345 habitants, d’après le dernier recensement démographique et répartie dans 80 concessions. Comme les hommes, l’activité principale des femmes de cette localité est l’agriculture et le maraîchage. Les jeunes vont à l’école et pour ceux qui ont la malchance de quitter tôt les bancs, ils migrent vers les villes à la recherche d’emplois ou d’occupations pour aider la famille laissée au village.
Même si la communauté Bas­sari à Eganga travaillait la terre, le travail se faisait manuel­lement dans des conditions difficiles avec des moyens rudimentaires ne pouvant permettre au producteur que des productions familiales. «On faisait l’agriculture traditionnellement avec des moyens réduits. Même l’amen­dement du sol, on ne le maitrisait pas. Tout le travail se faisait avec la main et les jambes», renchérit Jean Boubane.
Aujourd’hui, la mécanisation de l’agriculture dans cette partie du département de Salémata n’a pas laissé indifférent le sous-préfet de l’arrondissement de Dar Salam. «C’est un sentiment de satisfaction qui nous anime quand on voit le travail qui a été abattu par les populations grâce à l’appui du Prodac», salue M. Mbengue. L’agriculture est en train d’être révolutionnée dans cette localité et ses environs. «Il y a une amélioration notoire avec l’arrivée du Prodac, qui nous a permis de faire nos labours avec des tracteurs. On a bénéficié également de l’engrais pour l’enrichissement du sol», ajoute M. Boubane.  Dans le cadre de la promotion de cette agriculture, le Prodac a «gratifié» le village d’une batteuse pour  augmenter les rendements. De l’avis de ce dernier, le village d’Eganga s’inscrit dans une politique d’accompagnement de l’Etat du Sénégal pour atteindre l’autosuffisance en riz. «Avec le Prodac, on a fini de démontrer que c’est possible de régler la question de l’autosuffisance car en plus de Eganga nous pouvons nourrir toutes les autres localités qui gravitent autour», ajoute Jean Boubane. Très enthousiaste. Cette année, le village a produit assez de riz pour satisfaire les besoins des populations et ravitailler le marché local.
Malgré les efforts fournis par l’Etat à travers le Prodac, des efforts restent à faire dans le cadre du désenclavement pour permettre la libre circulation des personnes et leurs biens et de permettre un écoulement des productions. «Tous nos produits sont bazardés au  niveau du marché hebdomadaire (louma) faute de routes», regrette M. Boubane. Dans le cadre de la mise en œuvre du Pudc, les populations nourrissent l’espoir de voir leur localité disposer de pistes de production. Galash Ndémi Banga est l’actuel et le quatrième chef de village d’Eganga depuis sa fondation. Il veille au respect des anciens, des rites, des us et coutumes laissés. Pour pérenniser le legs, il enseigne aux jeunes générations  l’histoire et le riche patrimoine qui leur ont été légués. Ainsi que les interdits pour éviter d’irriter les croyances occultes. A Eganga comme partout dans le pays Bassari, le legs se transmet de génération en génération.

Glorieux Passé
S’il y’a un frein au développement de l’agriculture à Eganga, c’est bien la question de la divagation des animaux qui hantent le sommeil des producteurs. Ces derniers ne savent plus où donner de la tête et voient leurs récoltes bouffées de jour en jour par des bêtes. Sans qu’une lueur d’espoir ne leur apparaisse. Très en verve, Kali Biesse, producteur à Eganga, s’offusque contre l’impunité des propriétaires des vaches, qui viennent dévorer leurs productions à longueur de journée sans qu’une voie ne s’élève. «On a un sérieux problème avec les animaux qui viennent manger nos récoltes», s’indigne-t-il. Qui explique que les éleveurs de la zone devraient faire plus attention pour éviter de causer du tort aux agriculteurs qui n’ont que leurs rendements pour vivre et subvenir à leurs besoins. Toujours se plaignant des dégâts causés par les vaches, M. Biesse fulmine : «Eganga a trop souffert. On vit essentiellement d’agriculture. Si les vaches viennent manger nos productions on ne sait pas où aller. Il faut que l’Etat trouve une solution à cette situation.»
Bien sûr, cet appel n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd, car le sous-préfet de Dar Salam, M. Mbengue tente de dissiper les craintes. Selon lui, des démarches ont été entreprises pour «faciliter» la cohabitation entre éleveurs et agriculteurs dans la zone en soutenant que des «arrêtés ont été pris» pour demander aux éleveurs de ne pas lâcher prématurément les animaux. «Les dispositions qui ont été prises ont amoindri ces problèmes qui nous posaient beaucoup de difficultés», rassure-t-il.

Modernisation de l’agriculture
Il a fallu un travail de longue haleine pour permettre au Prodac de réaliser des activités hors Dac à Salémata et participer à l’amélioration des moyens de subsistance des populations de cette localité de la région de Kédougou. Prêtre à la paroisse Saint Jean Batiste de Salémata, Abbé Florence est le canal par lequel le Programme des do­ma­i­nes agricoles communautaires est entré à Salémata avant d’aller à la conquête d’Eganga. Il dit : «C’est dans le but de développer le département de Salémata que j’ai engagé des discussions pour faire intervenir ledit programme dans cette zone.»
Poursuivant son intervention,  il fait constater que les populations cultivaient de petits lopins de terre avec des moyens archaïques. «Cela  ne permettait pas à ces populations de s’auto-suffire en matière alimentaire. c’est pourquoi,  dit-il je me suis dit qu’il fallait les aider. Et n’ayant pas les moyens de le faire tout seul, je me suis ouvert au Prodac».  Par rapport à la pertinence du projet et à son apport dans l’autonomisation des ménages, l’Abbé Flo­ren­ce rassure : «Les populations n’auront pas de problème de nourriture. D’ici l’année pro­chaine, elles auront de quoi manger». Même si elles décident de vendre leurs productions, elles ne pourront pas épuiser leur stock.
Le chemin parcouru a été long, il a fallu vaincre certaines réticences dans cette zone où les croyances ancestrales ne sont pas faciles à gommer. «Il y’avait quelques incompréhensions qui ont été vite dissipées parce qu’on a été confrontés au refus de certains éleveurs qui ne voulaient pas de la présence du projet», rappelle le paroissien de Salé­mata, qui a su compter sur l’implication des autorités admi­nistratives, locales pour désa­morcer la tension. Désormais, les populations récoltent les fruits de leur labeur.

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