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Petersen, au cœur du centre-ville, est le baromètre parfait du désordre ambiant dans la capitale. Des marchands de produits alimentaires suspects aux transporteurs véreux, la gare Petersen expose à ciel ouvert, toutes les tares d’une société sans contrôle.

Il est difficile de se frayer un chemin à l’entrée de la Gare Petersen, conquise par des vendeurs véreux qui ont mis la main sur tous les espaces libres de la capitale. Il faut slalomer entre les fils de véhicule, les étals anarchiques, jouer des coudes pour contourner le contingent d’humains qui montent à l’assaut du centre-ville. Assise à l’entrée du marché Petersen, une dame d’une quarantaine d’années fait partie des actrices de ce désordre quotidien constaté dans ce coin niché dans le ventre-mou du centre-ville. Elle dit pour se disculper : «Comme vous le savez, je suis une nouvelle, je n’ai  pas encore duré sur le marché, raison de plus je ne pourrais pas vous dire grand-chose. Mais, tout ce que je peux vous dire est qu’actuellement, en cette période de ramadan, il y a beaucoup de vendeurs, c’est ce qui ralentit le bénéfice et on est obligé de vendre le pot de Bissap à 500 F au lieu de 600 F. Je vends également le sachet à 100 F.»
Aujourd’hui, le Ramadan rajoute une couche supplémentaire de désordre dans ce souk à ciel ouvert. Sans se soucier de la qualité et de la propreté, des acheteurs s’arrachent les produits à l’origine douteuse. Trentenaire épanoui, Mountaga Fall, vêtu d’un tee-shirt bleu, chapelet à la main, fait l’inventaire de son étal : «Je vends du lait, des jus de fruits, des dattes et beaucoup d’autres choses. Actuellement, les clients achètent très rarement. Cela s’explique tout simplement par la conjoncture qui sévit dans ce pays. A une certaine époque, le Ramadan était très couru. On faisait beaucoup de bénéfices. Cette année, on vend nos produits à n’importe quel prix pour avoir de l’argent.»
Quid de la sécurité des produits alimentaires ? «Moi je reçois les produits venant de grands magasins et je vérifie leurs dates de fabrication et d’expiration avant de les étaler sur ma table. D’ailleurs, les agents des économies et des policiers sont à l’affût, ils contrôlent nos marchandises tout le temps. Et nous  savons bien quels sont les risques à courir pour une vente de produits avariés. C’est une très grosse somme d’amende  ou la prison. En plus, on est responsable de famille donc il est bon de vendre de bonnes choses parce que ta famille peut se retrouver victime de cela», précise M. Fall.

«Produits contrôlés»
En écho, un autre marchand essaie de s’adapter à la nouvelle situation. Agé de 30 ans, il soutient : «Je vends des habits, c’est ça mon domaine. Mais, en cette période de Ramadan, je ne vends que des produits alimentaires (rires) car la société sénégalaise vit selon les périodes. C’est une question de mode.» En cette matinée légèrement ensoleillée, il est difficile de croiser des acheteurs. Même s’ils ont l’embarras du choix. Ndèye Marème Sy trouve une explication à cette situation : «Les médias font fuir les clients en diffusant de fausses informations sur nos marchandises en disant qu’il  y a des produits avariés sur nos tables.» Fatou Ndiaye préfère fructifier son business malgré les aboiements de la meute. «Je vends  des jus de fruits en dehors même du mois de Ramadan et si  je parvenais à avoir des dattes après le Ramadan, je les vendrais», insiste-t-elle. Il faut tendre l’oreille pour entendre les mots. Tellement Petersen grouille de monde. Les vrombissements des véhicules se mêlent aux pas des passants et aux cris des marchands qui hèlent les potentiels clients. C’est une scène qui se rejoue chaque jour dans ce coin miteux et achalandé.

Stagiaire

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