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(Envoyé spécial en Chine) – Shanghai est le symbole d’une Chine qui avance et qui surpasse presque la démesure. Dans cette ville-pays, l’Empire du milieu étale sa puissance, sa richesse et son envie d’aller toujours plus loin et plus haut pour conquérir l’impossible.

Aéroport Shanghai Pudond. Il est 15h 30. Le thermomètre  affiche 24°. On est le jeudi 15 juin 2017 et une petite délégation sénégalaise vient d’atterrir sur le territoire chinois pour participer à la 20e édition du Festival international de films de Shanghai après 19 heures de vol entre Dakar-Bamako, Addis Abeba et Shanghai. Les formalités de douane et de police sont rapidement évacuées. Une fois dans le grand hall aéroportuaire, il fallait enfin  penser donner des nouvelles à la famille. L’achat de carte Sim s’impose. Après un change rapide du dollar en yuan (Ndlr, la devise chinoise), chacun débourse 350 yuans (environ 30 mille francs Cfa) pour obtenir un numéro local. Sur le coup, personne n’a réfléchi en Cfa. Puis soudain, un membre de la délégation attire l’attention sur la cherté de cette puce. «C’est quand même cher d’avoir une puce à 30 mille francs», relève-t-il. «Cela donne droit à la connexion wifi, aux appels sur l’international, à WhatsApp…», rétorque aussitôt en anglais l’agent commercial préposé au service de vente. Cette rapide conversion du yuan en Cfa pousse tout de même à faire plus attention dans un pays où la plupart de ceux qui viennent de débarquer tiennent pour la première fois ces nouveaux billets en main. Bref ! En tout cas, ce petit sésame est tout de même un mal nécessaire dont on ne peut s’en priver à l’étranger, au risque de rester coupé du monde durant tout le séjour à l’étranger.
Trêve d’hésitation ! Il faut acheter et partir. Le temps presse. Dehors, les guides (deux demoiselles chinoises), dépêchées à l’accueil de la délégation sénégalaise, attendent depuis plus de deux heures. Enfin, la délégation hume l’air frais de Shanghai. Et comme dans tous les pays du monde, une armée de Chinois attendent impatiemment des parents, amis ou touristes. Les regards de certains se font un peu plus fixant sur les Africains qui débarquent. Ils sont dévisagés. On s’interroge : «Que viennent-ils faire ?» Mais très vite, la réponse se livre toute seule lorsque la délégation s’approche des guides qui attendent. En effet, sur leur tee-shirt, il est bien marqué «20e Festival international de films de Shanghai». Quelques civilités s’échangent en anglais comme en français. Mais ici, on ne dit pas «Bienvenue en Chine». On dit «Vous êtes en Chine» ou  «Voici la Chine» ou plutôt «Vous voici en Chine». Une belle expression qui voudrait littéralement signifier à tout étranger que, maintenant qu’il est sur le sol chinois, il faudrait impérativement aller à la découverte d’une merveille.

Shanghai, la merveille chinoise
shangaiUne merveille, Shanghai l’est effectivement. En effet, lorsqu’on quitte l’aéroport Shanghai Pudong, situé à l’est de la ville, pour s’aventurer vers l’ouest du centre urbain où se situe l’hôtel devant accueillir les hôtes sénégalais, l’on est forcément en extase devant la beauté des routes, des édifices… Tout le monde regarde et admire les gratte-ciel. Comme des enfants devant un sapin de Noël, on est subjugué par autant de lumière et de démesure. On commente et compare. Shanghai n’a rien n’à voir avec Paris ou d’autres villes européennes. Shanghai c’est Shanghai. Elle est unique. Et ceux qui dans le groupe ont déjà voyagé aux Etats-Unis trouvent même que «Shanghai n’a rien à envier à Los Angeles ou New York». Ainsi, l’écrivain Alain Peyrefitte qui avait publié en 1973 chez Fayard, Quand la Chine s’éveillera… le monde tremblera, avait vu juste. Sa thèse dans cet ouvrage, c’était de démontrer que ce pays finira inexorablement par s’imposer au reste du monde dès qu’il maîtrisera sa technologie. Il n’a également pas eu tort lorsqu’il publiait à nouveau en 1996 aux éditions Peyrefitte La Chine s’est éveillée, en réplique à son premier ouvrage. Lorsqu’on sillonne Shanghai, on se rend effectivement à l’évidence que Alain Peyrefitte a eu une vision futuriste. La preuve, la Chine aujourd’hui est une puissance au vrai sens du mot et Shanghai est comme un miroir dans lequel les Chinois peuvent s’admirer et admirer la marche d’un Peuple, d’un pays aux nombreux atouts.
En réalité, à Shanghai, au fur et à mesure que l’on sillonne les rues, on se sent noyé au milieu des gratte-ciel du district de Pudong. Situé en face du Bund, cet immense quartier champignon, ultramoderne, dédié au business, symbolise l’aspect futuriste de la ville. Quelques jours plus tard, après avoir essayé le métro chinois, on décide d’aller au sommet de la tour Oriental Pearl. Et à 478 mètres d’altitude, on admire une vue splendide sur Shanghai et le fleuve Huangpu qui sépare ce quartier du reste de la ville. Parmi les remarquables gratte-ciel de Pudong, on retient également la tour Jinmao (un building de 88 étages et 420 mètres de haut abritant le luxueux hôtel Grand Hyatt), le Shanghai World Financial Center (aux dimensions encore plus impressionnantes : 492 mètres pour 101 étages), et surtout la Shanghai Tower. C’est tout simplement le plus grand gratte-ciel de la Chine et la deuxième plus haute tour du monde avec 630 mètres de haut. Le quartier de Pudong (littéralement à l’est du fleuve) abrite également l’un des ponts suspendus les plus longs du monde que l’on découvre quelques jours plus tard, en allant au World Expo Museum pour une soirée dédiée aux films documentaires. Outre les hôtels les plus hauts et les plus luxueux,  il y a aussi une place boursière, l’une des plus grandes du monde où s’est tenue en 2010 l’Exposition universelle qui a tant fait parler d’elle. En somme, Pudong est véritablement le symbole du développement économique de la Chine. Et la nuit, lorsque les tours s’illuminent, la ville devient un véritable paradis sur terre.

Les taxis chinois, un casse-tête noir
Les taxis de Shanghai sont très jolis, la plupart sont bien entretenus et bon marché. Le constat, c’est que les chauffeurs sont généralement honnêtes contrairement à certaines grandes villes et ils ont une connaissance impressionnante des nombreuses rues de la ville, sans carte, sans Gps. Il suffit de leur montrer l’adresse où l’on veut se rendre à défaut de bien prononcer le nom et ils vous y conduisent directement. «Il peut arriver que l’un d’eux ne connaisse pas une petite rue ou que l’un d’entre eux fasse un petit détour pour faire monter le compteur. Mais c’est assez rare», rassure-t-on dès les premiers jours à Shanghai. On apprend aussi qu’il y a dans cette ville plus de 50 mille taxis. Ils sont de différentes couleurs, soit vert-pale, soit  jaune doré (Ndlr, les 2 plus grandes compagnies, considérées comme les meilleures), soit en blanc ou en vert. Il en existe aussi en rouge ou en bleu (Ndlr, ce sont de petites compagnies avec des chauffeurs privés). «Si la 2e lettre de l’immatriculation est un «X», c’est un véhicule privé déguisé en taxi. Donc, les chauffeurs sont moins sûrs et les compteurs plus fantaisistes», prévient le guide préposé à la délégation sénégalaise. Elle déconseille surtout les «taxis rouges-bordeaux» sous prétexte qu’ils ne sont pas souvent conduits par d’honnêtes personnes.
Ces informations donnent des ailes pour se lancer à n’importe quelle heure dans la ville sans crainte de se perdre. Mais dans la pratique, l’on découvre le vrai visage des taximen chinois. Il est en effet assez difficile pour un Noir d’arrêter un taxi à Shanghai. Après une heure de courses en pleine ville, la délégation sénégalaise se met à la recherche de taxis pour se rendre à son hôtel. Mais à sa grande surprise et malgré qu’ils soient vides, les taxis refusent de s’arrêter. C’est à ne rien y comprendre pendant de longues heures. L’on s’échine à leur montrer l’adresse, à les coincer en plein bouchon pour faciliter le contact. Rien n’y fit. Un commerçant chinois, très disponible, vient même en rescousse et négocie durant de longues minutes plusieurs taxis. Mais à chaque fois que les taximen s’arrêtent et qu’ils découvrent que les clients à prendre sont des Africains, ils redémarrent sans crier gare. La stratégie est si choquante que l’on finit par prendre conscience que «c’est la peur de l’inconnu qui fait que les taxis ne veulent pas prendre des gens de couleur».
Mais comment faire dans ce cas pour avoir un taxi, alors qu’il fait déjà tard et que l’hôtel se trouve à plus de 30 minutes de route en voiture ? A Shanghai, on peut également réserver son taxi à partir d’une application. L’ennui c’est que cette application n’existe qu’en chinois et qu’un étranger qui vient d’arriver ne peut l’utiliser. Informée après de longues heures de recherche de taxis sans succès des difficultés rencontrées, la guide chinoise préposée à la délégation, à partir de son IPhone, fait recours à ce stratagème pour envoyer un taxi dans les minutes qui suivent. Celui-ci conduira finalement la délégation à son hôtel. Cette mésaventure est si dure qu’il faut chercher et comprendre pourquoi les taxis chinois servent-ils une pilule aussi amère aux Africains. Ont-ils eu dans le passé des difficultés avec des expatriés noirs au point de ne plus vouloir en transporter ? Quelles sont les vraies raisons du boycott des Noirs par les taxis chinois ? On n’aura pas la réponse avant la fin du séjour. Du moins, aucun Chinois ne semble comprendre les vraies raisons. Mais le témoignage d’un certain Moustapha Dieng, «président» de la communauté sénégalaise de Canton, dans le journal Libération du 27 octobre 2013, renseigne que cette pratique est assez courante en Chine. «Les taxis normaux nous prennent rarement parce qu’on est Noir. Mais il y a tout un commerce parallèle de taxis illégaux qui s’est constitué. Le problème, c’est que c’est généralement le double du prix normal», affirme-t-il dans ce journal. Il renseigne également qu’il connaît «un homme d’affaires togolais qui en a eu tellement marre de voir s’enfuir les taxis qu’il s’est acheté une voiture sur un coup de tête». «La Chine, c’est pas facile», conclut-il. Et pourtant…

Rencontre avec Jacky Chan : le must de la visite
En Chine, la délégation sénégalaise invitée à la 20e édition du Festival international de films de Shanghai a découvert en dix jours la vie et la culture locales. Mais ce voyage n’aurait pas été complet si les Sénégalais n’avaient pas rencontré l’une des légendes du pays. Après avoir enchaîné plusieurs audiences et déjeuners, des visites de sites culturels, la délégation conduite par Hugues Diaz, directeur de la Cinématographie, a exprimé et renouvelé son désir de voir la Chine parrainer les prochaines Rencontres cinématographiques de Dakar (Recidak). Au cours des rencontres, il a été fait mention de la volonté du Sénégal d’inviter un grand acteur chinois assez connu tel que Jacky Chan. Ce dernier devrait d’ailleurs tenir dans la soirée même l’édition 2017 du gala Jacky Chan action movie. L’organisation chinoise du Siff a donc fait des pieds et des mains pour que la délégation sénégalaise puisse rencontrer ce mythe du pays. Au préalable, il était juste question d’aller simplement assister à cette soirée où l’on donnera des prix dans les différentes catégories des films d’action chinois. Mais très vite, la donne change au détour des échanges au déjeuner offert par M. Cao Yin, Président-directeur de China movies channel. Plus tard dans la soirée, lorsqu’on arrive au Shanghai art center, on devine très vite qu’une surprise se prépare, car au lieu de conduire directement la petite délégation sénégalaise en salle de spectacle, on la fait attendre loin des invités (pourtant triés sur le volet) pour l’introduire dans un grand salon du Shanghai art center où des hôtesses sont aux petits soins, leur offrant à tour de rôle divers aromes de thé chinois.
Puis le moment venu,  sous la conduite de M. Cao Yin, l’on arpente plusieurs couloirs, traverse plusieurs loges où de jeunes enfants pratiquant le kung-fu, s’échauffent en attendant le début de la soirée. D’ailleurs à la vue de la petite communauté noire, ces mômes, surexcités, voulaient immortaliser le moment. Mais le temps presse. On ne peut attendre pour des pauses photos.  Soudain une porte s’ouvre, puis un des hommes les plus connus à travers le monde se fait voir. Jacky Chan était là, le sourire aux lèvres, les bras ouverts pour accueillir le Sénégal présent à Shanghai. Le moment était trop beau pour être vrai. La légende du cinéma chinois met à l’aise ses invités. Il est habillé d’une tenue traditionnelle chinoise, comme à son habitude. Quelques échanges de civilités suivent, puis l’acteur spécialiste des films d’action et de kung-fu pose à tour de rôle avec chacun, avant d’accorder volontiers une pause photo en groupe. Le tour est joué. La diplomatie de la cinématographie sénégalaise a payé. Mais au-delà de tout cela, la délégation découvre un Jacky Chan qui inspire la sympathie. C’est un personnage assez singulier, car même si on n’aime pas vraiment le genre de films qu’il fait, on est forcément admiratif pour tout ce qu’il incarne…
Plus tard durant la soirée de gala, Jacky Chan ne manquera également pas d’émouvoir tous ces invités venus des quatre coins du monde lorsqu’il chante un mot de remerciement pour ses co-acteurs. Ces derniers sur scène n’ont pu retenir leurs larmes. On découvre au-delà de l’acteur de cinéma qu’il est un artiste à la voix angélique qui réalise lui-même les musiques de certaines de ses productions. Au micro, Jacky n’a rien à envier aux chanteurs de la planète. Il chante si bien que même sans comprendre un mot des paroles qu’il débite, le spectateur repart heureux et fier d’avoir passé des moments uniques. En somme, cette rencontre avec Jacky Chan restera inoubliable pour chacune des parties.

insectes-chine«L’entomophagie», une facette de la gastronomie chinoise
Lorsqu’on est en Chine, on mange beaucoup. Tout le monde est unanime sur ce point. La gastronomie chinoise ne laisse aucun visiteur sur sa faim. Après avoir goûté ou mangé des différents mets des diverses provinces chinoises au fil des jours, on en vient à la conclusion que la cuisine chinoise est non seulement riche et diverse, mais elle est surtout spéciale. D’abord, les repas chinois sont toujours composés de plusieurs plats, dont au moins un uniquement de légumes : que ce soit des «brèdes» (feuilles comestibles), ou des légumes de saison (brocolis, haricots…) ou encore du navet. En tout cas, il y a toujours un légume à table et lorsqu’on prend un repas «simple», genre juste du riz accompagné de viande, ou juste du canard laqué (Ndlr, tellement connu en Chine et au-delà de ses frontières, ce plat témoigne d’une histoire multi-millénaire. On le considère comme un plat plus ou moins unique. En effet, il se doit d’être préparé à base de canard provenant d’une espèce spéciale de Pékin), cela paraît bizarre pour un Chinois. Pour eux, un bon repas est composé d’au moins 3 plats. La Chine fait désormais partie des pays dont la gastronomie est très courue.
Pourtant, des idées reçues avancent qu’en Chine on mange beaucoup d’insectes (araignées, scorpions, blattes…). Ce n’est pas tout à fait vrai. Et ce n’est pas faut non plus. En réalité, c’est très rare. Durant plusieurs jours et après avoir mangé dans divers hôtels et restaurants de Shan­ghai, il n’y avait aucune trace d’insectes sur les plateaux assez garnis à l’heure des repas. Mais lorsque par curiosité l’on arpente les rues des restaurants situés sur les avenues du côté de Hao Hotel, l’on découvre enfin plusieurs étals de scorpions, de grenouilles et de blattes qui feront des brochettes… C’est aussi l’une des rues commerçantes les plus touristiques et où la nourriture de rue est très prisée. Ici, les insectes, exposés dans des récipients à l’entrée des restaurants, sont une belle curiosité pour les étrangers. A Shanghai, on trouve donc des restaurants qui servent des insectes, mais aussi des grenouilles ou des reptiles de diverses sortes au choix du client. Dans ces restaurants, il est tout à fait possible de commander des plats à base de reptiles. On voit même parfois des serpents ou des tortues à l’entrée de ces restaurants, à côté des poissons. Et en interrogeant un serveur qui a du mal à pratiquer l’anglais, il fait savoir qu’il est possible d’acheter sur place des grosses grenouilles (les grenouilles taureau) qui sont préparées en ragoût ou les tortues qui sont généralement préparées en soupe.
La vérité, c’est que très peu de Chinois mangent des insectes de façon quotidienne. D’ailleurs, en se baladant au fil des jours devant ces restaurants situés aux alentours du 41 Guangxi S Rd, Huangpu Qu, Shanghai Shi, on se rend bien compte que les Chinois mangent plus dans les restaurants traditionnels qui servent des plats de toutes sortes que dans les restaurants qui vendent ces brochettes d’insectes. A Fa, le serveur renseigne que l’insecte le plus consommé à Shanghai serait la chrysalide de ver à soie, consommée frite en Chine ou dégustée en omelette, avec des oignons et de la sauce dans d’autres régions. Mais au sud-ouest du pays, note-t-il, certains habitants mangent régulièrement une espèce particulière de fourmis qui leur conféreraient leur longévité, d’après certains scientifiques chinois, et permettraient même de lutter contre certains rhumatismes ou autres troubles immunitaires. «Un thé vert est même confectionné avec des déjections de chenilles de papillons nocturnes», affirme-t-on. Lui, n’en a jamais entendu parler et les investigations quelques jours plus tard au marché du thé sont restées infructueuses. Une chose est certaine, la cuisine chinoise reste créative, intéressante et les habitudes culinaires, les ingrédients et les saveurs que l’on retrouve dans ce pays font de sa gastronomie une richesse dans le monde. La Chine, un pays à avoir comme ami !

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