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L’Onu, née en 1945, est le produit de la deuxième Guerre mondiale. Le monde dans lequel l’Onu est né est mort en 1989, avec la chute du mur de Berlin. Avec celle-ci, la disparition de l’Urss, la fin de la guerre froide, la réunification allemande, l’Union européenne, les indépendances africaines, le réveil de l’Asie, nous sommes passés à un autre monde. La page ouverte en 1945 a été fermée dans les années 1990. Cette page qui s’est fermée ne marque pas la «fin de l’histoire», comme l’a naïvement pensé ou idéologiquement voulu le penser Francis Fukuyama. Ce n’est pas une fin de l’histoire, mais une nouvelle page de la grande histoire de l’humanité qui s’ouvre. L’Onu, en refusant de s’adapter au nouveau monde, avec le conservatisme égoïste de membres permanents, est devenue complètement anachronique.
L’Afrique, avec ses 54 membres, est le continent le mieux représenté. Et ce n’est pas très démocratique dans un monde post-soviétique de réduire les 54 membres du continent à du bétail électoral pour les grands enjeux, sans que le continent ne soit représenté au Conseil de sécurité, là où les décisions se prennent. Deuxièmement, comme l’a souligné le Président Macky Sall, lors de la réunion du C10, la plupart des problèmes inscrits à l’agenda de l’Onu concernent le continent. Aujourd’hui, l’anachronisme de l’Onu est devenu une évidence. Sa survie dépend de sa réforme qui n’est même plus un enjeu.
La réforme du Conseil étant devenue un déterminisme politique et géopolitique, l’enjeu aujourd’hui est dans les contours et le contenu de la réforme et surtout la représentation du continent. La réforme est devenue un déterminisme politique parce que nous sommes passés d’un monde où le moteur de l’histoire a été la raison d’Etat à celui où la démocratie et des droits de l’Homme sont en train de devenir le moteur de l’histoire, même s’il y a encore beaucoup de réminiscences politiques de l’ancien monde fondé sur la raison d’Etat. Le «Zeitgeist», l’air du temps en allemand, est à la démocratie, la liberté, à la tolérance religieuse et à l’Etat de droit. Bref, l’air du temps est à ces valeurs et symboles.
Et en ce qui concerne ces valeurs et symboles qui seront des critères déterminants, le Sénégal a un avantage absolu sur le continent. Le Sénégal a toujours été une puissance symbolique du continent (démocratie, libertés, société ouverte détribalisée, harmonie religieuse) face au Nigeria, la puissance démographique qui n’a jamais réussi à régler la question interne (Boko haram, tribalisme), à l’Afrique du Sud aussi, empêtrée dans la question raciale. L’Afrique du Sud, devenue xénophobe envers les autres Africains, pourra difficilement représenter l’Afrique. Naturellement, pour les deux permanents, un viendra de l’Afrique noire et l’autre de l’Afrique du Nord. Pour celle-ci, l’Egypte a toutes les chances, car elle est à la fois africaine et arabe. Un des plus grands pays de l’Afrique, mais aussi du monde arabe. Pour l’Afrique noire, le Sénégal a toutes ses chances parce que c’est une puissance symbolique, mais aussi et surtout l’un des pays les plus engagés pour la pacification du continent avec ses deux acteurs sur la scène internationale : le diplomate et le soldat. Nos diplomates et/ou nos soldats sont au Mali, en Centrafrique, au Soudan, en Gambie, en Guinée Bissau, au Congo et ont été en Namibie, en Somalie, au Liberia. Il y a aussi la «Pax romana». En Afrique, on n’est pas loin d’une «Pax senegalensis». Ce qui nous prédispose naturellement à représenter le continent au Conseil de sécurité.

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