PARTAGER
Diana Senghor, directrice de l’Institut Panos

«Femmes : occupez les médias !». Ce n’est pas une injonction mais une invite. Une invite faite aux femmes pour accroître leur représentation dans l’espace politique. C’est aussi une invite faite aux femmes pour occuper les médias et améliorer la perception, de ces femmes dans les contenus rédactionnels.
Ce n’est pas gagné d’avance, reconnaît Diana Senghor, directrice de l’Institut Panos pour l’Afrique de L’ouest qui va dérouler ce projet durant 5 ans, dans les 4 pays cibles : le Niger, la Côte d’Ivoire, le Mali et le Sénégal. Dans ces pays, la représentation des femmes dans la vie politique est à la traîne. Le pourcentage de femmes représenté au sein du gouvernement est de 21% en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Il reste faible au Niger (16%) et au Mali (10%).
Cette faible représentation des femmes dans la vie politique est accompagnée par une faible présence des femmes dans les médias en termes de surface rédactionnelle. Mais ce n’est pas le pire, souligne Diane Senghor. Le pire, pour elle, réside dans la manière dont on parle des femmes dans ces médias. «Elles sont caricaturées, stéréotypées, et réduites à leur condition de femme», dénonce-t-elle. A cela, il faut y ajouter les violences basées sur le genre. Au Sénégal, la violence domestique atteint des proportions inquiétantes. Diourbel enregistre, à elle seule, 72%, suivie de Ziguinchor avec 67,5%, Fatick 67%. Et, 64% de ces femmes ont entre 20 et 40 ans, selon le directeur du projet
Alors maintenant que faut-il faire pour changer la condition des femmes ? Le projet «Fem­mes : occupez les médias !» se propose ainsi de regarder de près cette position des femmes et d’essayer de changer la donne. Pour les responsables du projet, il faut se battre pour changer les opinions et les perceptions. Et d’après Diane Senghor, ce sont les médias qui changent et façonnent les opinions. Seulement, regrette la directrice de l’institut Panos, le problème est que très souvent on se retrouve qu’avec des médias qui ne façonnent pas, qui ne construisent pas mais qui suivent l’opinion. Les initiateurs du projet sont donc conscients de cette difficulté et c’est pourquoi ils ont ciblé les médias et comptent travailler avec eux dans le cadre de ce projet.
Le projet «Femmes : occupez les médias !» va s’appuyer sur des études de contenus. Il promet un renforcement des capacités des médias et la mise en place d’observateurs. Les filles sont également une cible dans ce projet qui souhaite une autre utilisation des réseaux sociaux beaucoup plus utiles sur la condition de la femme afin de doter la jeune fille d’outils nécessaire pour revendiquer ses droits.
L’objectif étant de promouvoir les droits des femmes en améliorant la participation des femmes dans la sphère politique. Mais aussi en créant un environnement médiatique favorable pouvant accompagner ces femmes. Le projet travaille aussi à doter les femmes de stratégies de communication efficaces pour mieux faire passer leurs opinions.
Au Sénégal, témoigne Diatou Cissé, journaliste, la représentation des femmes dans les instances des partis politiques est encore faible. Mais estime-t-elle, on peut se réjouir des femmes de la trempe d’Aïssata Tall Sall qui, malgré toute la difficulté, parviennent quand même à défendre ses idées au sein de son parti, le Parti socialiste. Il en est de même ainsi pour Aïda Mbodj et Elène Tine, qui se battent pour exprimer leurs idées.
Le projet «Femmes : occupez les médias !» est financé par le ministère des Affaires étrangères des Pays-Bas. Il cible les professionnels et institutions des médias, les organisations de femmes et les jeunes filles. Les décideurs politiques et les leaders religieux sont aussi concernés par ce projet.
ndieng@lequotidien.sn

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here