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Le président de la République a décidé de réquisitionner tous les travailleurs de la Sde jusqu’à la fin du contrat d’affermage pour arrêter la grève des agents de la société qui l’avaient prorogée hier jusqu’à lundi.

Le Président Sall a décidé de se jeter à l’eau. Il a signé hier un décret portant réquisition du personnel de la Sénégalaise des eaux jusqu’au 31 décembre à 00h pour «assurer la continuité du service public de l’eau dans le périmètre affermé» confié à la société qui devra céder la gestion à Suez le même jour. Une façon de mettre fin de manière spontanée à la grève des travailleurs. Cette décision présidentielle montre l’exaspération du pouvoir qui ne mâche pas ses mots pour qualifier le mouvement d’humeur. Le porte-parole du gouvernement a rappelé «le caractère illégal et illégitime de la grève parce que des travailleurs ne peuvent déclencher une grève pour exiger une participation au capital d’une société privée». Hier, les négociations se sont poursuivies entre Serigne Mbaye Thiam et les syndicalistes sans parvenir à un accord. «Aussi, en application des dispositions de la Constitution et de l’article L.276 précité qui précise que l’autorité compétente peut à tout moment procéder à la réquisition des travailleurs du secteur privé qui occupent des postes indispensables à la sécurité des populations et des biens, au maintien de l’ordre public, à la continuité des services publics et à la satisfaction des besoins essentiels de la Nation, M. le président de la République a pris le décret pour la réquisition des personnels de la Sde. L’eau est vitale. Elle conditionne le bien-être et la santé des populations. Elle est un droit humain fondamental», précise Ndèye Tické Ndiaye Diop. Elle menace : «Le gouvernement appelle donc, encore une fois, les représentants syndicaux de la Sde au sens des responsabilités afin qu’il soit mis fin à cette grève et se doit de rappeler que tout manquement à cette réquisition sera puni conformément à la loi.»

Nouveau mot d’ordre de grève
En tout cas, l’Etat n’a pas cédé pour satisfaire les revendications des travailleurs de la Sde en restant ferme sur ses propositions initiales. «Dans le cadre de la mise en place de la société qui sera chargée, à compter du 1er janvier 2020, de la gestion du service public de la production et de la distribution d’eau potable en zone urbaine et périurbaine, et à la suite d’une demande des travailleurs du secteur de l’eau et de l’assainissement, le gouvernement a décidé de porter la part des travailleurs dans le capital de 5 à 10%, tout en précisant dans un souci d’équité pour tenir compte de l’unicité du secteur que ces 10% seraient répartis entre tous les travailleurs de l’hydraulique urbaine et périurbaine, c’est-à-dire, outre ceux de la Sde, ceux de l’Onas, de la Sones dans ce contexte, la dernière répartition proposée par le gouvernement a été la suivante : Sde 7%, Onas et Sones 3%», rappelle Mme Diop. Alors que le schéma retenu en 1996 : 3,5% pour les travailleurs de la Sde et 1,5% à partager entre ceux de la Sones et de l’Onas. Au final, la Sde réussira à souscrire la totalité des 5%, car les travailleurs des deux autres soicétés publiques n’ayant pas réussi à mobiliser à temps leur quote-part de 1,5%. Mme Diop s’étonne que «cette proposition ait été rejetée par les travailleurs de la Sde qui exigent que l’intégralité des 10% leur soit réservée, au détriment des deux autres composantes, et ont en conséquence entamé un mouvement de grève qui dure depuis le 2 décembre 2019, avec des actes de sabotage inacceptables».
Après cette décision, va-t-on continuer à voir les populations trimballant des bidons vides à la recherche du liquide au moins jusqu’à lundi ? Car les travailleurs de la Sde avaient décidé en début de journée d’hier de poursuivre leur mouvement de grève entamé depuis lundi dernier. Une éternité pour les ménages. Ils sont toujours dans leur réclamation d’obtenir des actions dans la nouvelle société de gestion de l’eau à hauteur de 10% en plus d’intégrer les parts d’actions de la Sones.
Dans un communiqué, l’Union des cadres de la Sénégalaise des eaux (Udc) a regretté ces derniers jours, à travers les médias, des sorties virulentes et d’une coïncidence troublante de représentants d’organisations syndicales de la Sones et de l’Onas, donnant l’impression d’une mission commanditée dont le seul but semble être de jeter le discrédit sur les travailleurs de la Sde. Elle rappelle que les vaillants travailleurs de la Sde «ont trouvé en 1996 un secteur agonisant et ont réussi au prix de grands efforts et de lourds sacrifices à redresser tous les indicateurs de performance de la société d’exploitation, contribuant ainsi à assurer l’équilibre du sous-secteur et à restaurer la confiance des consommateurs et des partenaires financiers». Néan­moins, l’Udc «souhaite un dénouement heureux de cette crise dont les populations sont malheureusement les victimes innocentes, en vue de favoriser le démarrage du nouveau contrat d’affermage le 1er janvier 2020 dans un climat social apaisé».

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