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Les artistes Erika Nimis, Daouda Ndiaye, Louis Bassène, Feu Ismaïla Manga, Romain Morizzo et Touré Mandemory ont parlé, chacun à sa manière, de l’arbre dans toutes ses facettes lors de l’exposition intitulée «Vernissage ndogou», organisée au village des arts dans le cadre d’une résidence artistique, un échange entre le Sénégal et le Québec.

C’est Erika Nimis, historienne et photographe, basée à Montréal au Canada, qui a eu l’idée de travailler sur la thématique de l’arbre. Elle est intervenue au village des arts dans le cadre d’une résidence artistique, un échange entre le Sénégal et le Québec. Pour montrer l’interaction entre l’humain et l’arbre, l’artiste photographe a du voyager du Nord (Saint-Louis) au Sud du Sénégal (Casamance) en passant par Dakar. Pour Erika, parler de l’arbre, c’est aussi de nous rappeler qu’il est parmi nous. Elle a posé son regard dans les détails de l’arbre. «L’arbre aussi à des traces, des marques d’âge, des marques de l’humain. Il ne parle pas, mais finalement, quand on s’approche de lui, on voit plein de détails. L’arbre a des aspects différents. On peut le voir en détail comme on le peut voir en général. Et moi, ce qui m’intéresse, ce sont les détails que l’on ne voit pas. Ce n’est pas l’arbre pour sa beauté, l’arbre comme objet, c’est plus pour ce qu’il y a derrière. C’est de voir, comment l’humain interagit avec l’arbre», explique-t-elle avec passion. Elle aide chaque groupe de visiteurs à comprendre les tableaux d’elle et des quatre autres exposants. Certains visiteurs arrivent avec les membres de leur famille, ou en compagnie de leurs amis. La photographe a déployé tous ses talents d’artiste pour voir de plus près, tel avec un microscope, les détails qui nous échappent. C’est l’exemple de la série de photos où elle a eu une vision un peu écologique.  Nous apercevons sur une de ces photos, une poubelle supportée par un arbre. Dans une autre série de photos qui a trait à la vie scolaire, les spectateurs peuvent apprécier la photo d’un étudiant qui révise ses cours dans l’espace vert de l’université cheikh Anta Diop de Dakar communément appelé «bois sacré». Un peu plus loin, se  trouve encore une autre série qu’elle a faite sur la cueillette de la mangue. Un des aspects de l’arbre qu’elle a découvert en Casamance.
Au milieu de la salle d’exposition, est exposée une calebasse. «Une sorte de calebasse 3.0», selon Romain Morizzo, l’auteur. Cette œuvre représente la connexion qu’on pourrait avoir avec les arbres si on s’y attardait davantage. Parce que, selon les explications de ce dernier, ça renvoie à nous-mêmes. «Nous sommes tellement connectés qu’on ne regarde plus autour de nous. Et on oublie qu’on est normalement connecté d’abord à notre environnement et en particulier aux  arbres qui nous ressemblent», explique-t-il. Et Erika de paraphraser Ismaïla Manga qui l’a inspirée dans ses œuvres : «Nous sommes les arbres. Sans les arbres on n’existe pas, c’est l’essence même de la vie.»
Daouda Ndiaye a exposé deux de ses œuvres. Il a, lui aussi, pensé travailler sur la thématique de l’arbre. «J’ai déjà des préoccupations par rapport à la thématique sur laquelle Erika a travaillé. Parce que je développe depuis un certain temps l’environnement. Donc, il y avait déjà une amorce d’installation de bouteilles en plastique. Et tout de suite, autour des échanges qu’on a eus, l’idée de continuer ce travail est venue. Il se trouve qu’il y a l’intervention d’un autre artiste français aussi qui était en résidence au village des arts, qui a une formation d’ingénieur, qui a bien voulu s’impliquer dans ce travail. Ce qui nous a amenés à l’installation de plastiques autour d’un arbre qui se trouve dans la cour. Pour dire que tout ça c’est fait dans une certaine intervention  spontanée. Il y a une dernière intervention de Djibril André Diop qui a voulu travailler sur ce reflet de l’art. En définitive, ça a donné un résultat très cohérent. Parce qu’à côté de l’arbre, on a l’intervention de l’humain, les plastiques. Et l’humain qui se préoccupe par le rêve, par cette représentation figurée de protéger la nature. Donc, voilà le sens qu’il faut donner à mon intervention.»

Dialogue avec les arbres
L’autre œuvre de Daouda Ndiaye qui donne une sensation assez particulière, est un tableau de photos en mosaïque qui a laissé sans voix les visiteurs.  Il s’agit, selon les explications de Erika, des papiers et des chutes de papiers voilés où Daouda Ndiaye a demandé à ses élèves de gratter, de dessiner des arbres. «Moi, je suis prof d’art plastique et j’ai des préoccupations. Souvent, j’essaie de trouver des ouvertures, des prolongements pédagogiques. J’ai demandé à mes élèves d’intervenir afin de travailler autour de la nature, autour de l’arbre.  Et ça c’est aussi un lien avec la présence d’un arbre qui a une forme très particulière dans la cour de l’école», a martelé Daouda Ndiaye. Touré Mandemory, qui vient d’ouvrir sa galerie au village des arts, a exposé un magnifique et somptueux baobab couché dans l’atelier de résidence de Erika Nimis. En définitive, les artistes ont permis aux visiteurs d’avoir les yeux ouverts et la tête à la fois éclairée et agitée.
Stagiaire  

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